Galim, adresse intime et méconnue

La localité cache un charme intemporel dans le département des Bamboutos (région de l’Ouest) malgré les vicissitudes les plus récentes (Covid-19, attaques terroristes).

Scène de vie à Talla, un quartier de Galim

Tous à Galim ! D’après un palmarès réalisé en novembre 2019 par l’association Villes et Villages de la région de l’Ouest-Cameroun, Galim dans les Bamboutos est la ville de plus de 2000 habitants où il est le plus agréable de vivre. Et Élie Saker Tshouongang, maire de la commune de 5000 habitants, de le dire autrement: «Vous rêvez de vous remettre de votre attaque de coronavirus? Ou vous avez la nostalgie d’un confinement sans entraves? Vous avez renoncé à vos vacances au bout du monde? Vous rêvez simplement d’un luxe sans effort, d’un décor qui anticipe vos désirs, d’un service qui connaît vos sensibilités par cœur… Galim vous offre tout cela, juste à quelques kilomètres de Bafoussam».

«Galim, la belle»
Ce 1er juillet 2020, nous sommes au centre-ville. On y retrouve la force d’une localité à taille humaine où il y a à la fois des espaces verts, mais aussi des services publics de proximité. Comme élément déclaratif du ressenti des habitants, l’on retient surtout «Galim, la belle». Auréolée de ce label, le quotidien de la ville se conjugue avec un mode de vie qui convient à beaucoup de Camerounais. «On a toutes les ethnies du pays ici parce qu’il y a une certaine tranquillité, une proximité avec un environnement rural», confie l’édile. Ce dernier suggère qu’il faut aller plus loin dans les quartiers et comprendre que «la richesse de la ville ne se limite pas au centre-ville».

On peut bien sûr découvrir une ville en pleine autonomie, en déambulant, en flânant, en discutant avec ses habitants. Passionnés d’histoire et de leur ville, certains autochtones se donnent pour mission de raconter de manière ludique l’histoire de Galim, sa transformation au fil du temps et son identité à travers de nombreuses anecdotes insolites et de détours dans des lieux peu visités. Le tout toujours agrémenté d’explications enrichissantes sur l’origine et la saisonnalité des produits, l’histoire des traditions du coin.

À résumer ce qui se dit, Galim a longtemps été le théâtre de conflits répétitifs entre trois des quatre villages qui le composent. D’une part, Bagam s’est régulièrement opposé à Bamenyam et d’autre part, Bagam s’est affronté à Bamendjing. Ce conflit qui remonterait au début du siècle courant resurgit parfois à la faveur d’affrontements entre agriculteurs et éleveurs. Le plus récent épisode de ce conflit, apprend-on, date de mars 2001. Certaines sources parlent d’un vieux conflit entre deux peuples pourtant liés par «la géographie, le sang et l’histoire». «En tout cas, c’est fini. On a arrangé cette affaire», renseigne le maire.

Joie de vivre
Si l’emblématique cathédrale (construite par un certain Victor Fotso) émerveille les visiteurs, il en est autrement pour les bicoques bâties à la périphérie. «On a tout ça ici», chuchote Élie Saker Tshouongang. Selon lui, Galim mérite mieux que des citations à double sens comme «ville riche et pauvre». Bref, c’est Galim. À en croire quelques habitants, la ville a vécu la pandémie de la Covid-19 différemment. «L’inquiétude est là pour tout le monde, c’est juste de mettre en place des mesures qui vont rassurer les gens», explique le maire, rappelant douloureusement l’attaque terroriste du 7 mars 2020, laquelle avait fait 8 morts.

En tout cas, l’ouverture d’esprit qui règne dans le «Galim gai» en fait une zone vitale du paysage de l’Ouest-Cameroun. À Talla par exemple, c’est le secteur commerçant et le terrain de jeu des noctambules. L’ambiance y est du tonnerre. Avec ses boutiques tape-à-l’œil et ses gîtes touristiques à l’architecture moderne ; avec son unique boîte de nuit et d’autres «clubs», la joie de vivre et la tolérance qui jour et nuit caractérise Talla en font un des quartiers les plus vivants et accueillants de Galim. Quelque part, un bistrot chic régale les yeux d’une décoration inspirée, entre confort de la maison de campagne et atelier d’artisan.

Deux cuisiniers s’activent d’ailleurs derrière une large natte tandis que défilent des plats aussi aériens les uns que les autres. C’est le champignon qui fait ici sa loi. Depuis le tronc d’arbre sur lequel on peut l’observer pousser, il parcourt les assiettes, et notamment celle où l’on déguste un surprenant «dashi» (ragout de poissons fumés). Ne pas manquer non plus les moules de gombo au rat, un vrai voyage initiatique pour les papilles ! Côté musique, la programmation est faite avec un griot local.

Jean-René Meva’a Amougou à Galim

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