Frontière Cameroun-Guinée Équatoriale : Kye Ossi paye le prix de la fermeture des «tuyaux»

Le démantèlement de tous les schémas frauduleux de circulation des hommes et des biens érigés au gré des stratégies des passeurs met à mal les activités commerciales dans la ville.

Une vue de la frontière Cameroun-Guinée Équatoriale

Un sale temps en perspective pour les intrépides qui réussissent à passer la frontière illégalement en crapahutant dans les marécages et l’épaisse végétation de la frontière entre le Cameroun et la Guinée Équatoriale. Sur la foi du récit de Cameroon Tribune (livraison du mardi 4 août 2020), les membres du Comité technique de suivi de l’accord de coopération en matière de défense et de sécurité signé le 21 juillet 2020 à Sipopo ont écumé les pistes des contrebandiers et autres passeurs illégaux résidant dans les deux pays. Selon le quotidien gouvernemental, la randonnée le long du tracé frontalier a permis à ces experts de décrire et d’analyser leurs pratiques et les réseaux qui soutiennent les juteux trafics des produits (vins, cosmétiques, voitures, denrées agricoles). Cameroon Tribune (CT) relate qu’ils ont pu appréhender leurs modes opératoires, les facteurs et facilitateurs sociologiques de leur existence, et comprendre les logiques qui les sous-tendent.

Dur, dur
Pour Malabo et Yaoundé, l’ombre de propositions repose sur le contrôle strict des schémas frauduleux de circulation des personnes et des biens. Tant il est vrai que, fortes de leur logistique basée à la fois au Cameroun et en Guinée Équatoriale, des mafias se sont emparées de la frontière depuis de longues années. «Et le moment est venu d’annihiler toutes activités irrégulières», avise (au téléphone) Mballa, commissaire de sécurité publique de Kye Ossi. Et parce que cette localité camerounaise, enfouie dans le département de la Vallée du Ntem (région du Sud), constitue le grand réceptacle des fruits de la contrebande, les opportunités d’affaires (à tous les sens) commencent à se raréfier. «L’effervescence aux allures sonnantes et trébuchantes s’est quelque peu évanouie», constate Jean-Marie Zue Zue, maire de Kye Ossi, joint au téléphone.

À en croire l’édile, les schémas de circulation de l’argent propre ou sale accusent le coup du durcissement des contrôles en amont comme en aval. D’autres sources anonymes évoquent l’augmentation des effectifs de police et douane du côté équato-guinéen. Dans la ville frontalière, la situation dévoile trois séries d’indicateurs: le taux de chômage, l’inflation sur le marché des spiritueux et des cosmétiques et l’abondance des produits agricoles. «Depuis quelques jours, le démantèlement des pistes de contrebande se répercute sur l’activité économique de Kye Ossi», reconnaît Simon Belinga, opérateur économique local. Dans son analyse confirmée par la délégation départementale du ministère du Commerce (Mincommerce), l’homme d’affaires fait la part belle aux prix définis à la fois comme indicateurs de rareté, aux signaux sur la situation du marché, aux mécanismes incitatifs ou processus de rationnement. «À la date d’aujourd’hui, Kye Osi est le théâtre de convergence de tout cela», ponctue-t-il. C’est à cette aune que Mahama Nfouapon déchiffre les misères des commerçants. Pour rentrer dans leurs marges, ce grossiste de vivres frais dit que ses homologues et lui-même sont «obligés de liquider» (comprendre brader à vil prix). Et pour fructifier leur capital dans un tel contexte, notre interlocuteur raconte que «c’est difficile, comme au lendemain du coup d’État manqué à Malabo en 2017».

Jean-René Meva’a Amougou

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