France-Rwanda : la reconnexion francophone

Près de sept ans après sa dernière visite à l’Élysée, Paul Kagame, président du Rwanda, vient de déjeuner en travaillant à nouveau avec un président français. Un séjour qui sonne comme une reconnexion entre Kigali et Paris.


Les premiers signes de brouille entre les deux capitales apparaissent pendant la vague de commémoration des cinquantenaires d’indépendance sur le continent. Le président Kagame critique vertement plusieurs fois le comportement néocolonial de certaines anciennes puissances tutélaires et coloniales. Le torchon s’enflamme entre les deux pays en 2014. Lors des commémorations du 20ème anniversaire du génocide rwandais, Paul Kagamé pointe la responsabilité du gouvernement de François Mitterrand dans le génocide.

La France de Hollande ne digère pas cette accusation. L’hexagone boude les cérémonies et se fait représenter par son ambassadeur à Kigali. Depuis lors, le crédo de Kigali ne s’étiole pas. La conviction de la participation française s’affermie. Une visite de l’ancien président Sarkozy à Kigali ne parvient pas à faire «entendre raison» à l’exécutif rwandais. En juillet 2017, Kigali refuse même le visa à une délégation diplomatique française. Un sérieux précédent !

Nouvelle donne

Dans sa volonté de rénovation, Emmanuel Macron entend aplanir ses relations avec «un pays qui n’est plus le même qu’en 1994». Le Rwanda est présenté comme une locomotive en matière de gouvernance, un pilier et un leader dans la dynamisation de l’intégration régionale sur le continent. Le président Kagame est le leader qui correspond à la «nouvelle Afrique» de Macron. Celle qui n’a pas de complexe et fait du business. Il fait partie des rares chefs d’Etat trainant peu de casseroles. C’est par là que passe la nouvelle politique africaine de la France qu’ambitionne Emmanuel Macron.

Avec Kigali comme allié, la France se doterait d’un solide tremplin en Afrique de l’est et en Afrique centrale. Bref, sur la région des grands lacs, jadis dénommée le heartland africain. Là sommeille l’essentiel de la puissance énergétique africaine. Là se trouve le bassin du Congo qui est le second poumon de la planète. Pas loin, le golfe de Guinée voit son trafic augmenté au fur et à mesure que les économies de la région croissent. Surtout en pleine conjoncture de frémissements positifs sur le pétrole.

Le Rwanda est aussi un acteur pour la stabilité de cette vaste région. Le Burundi, la RDC et l’Ouganda son limitrophes du pays de Kagame. Ces pays font face à des tensions politiques et sécuritaires. L’insécurité sanitaire est une autre pesanteur dans une région où la bataille pour le contrôle des ressources en eau fait rage

Francophonie

Le Rwanda est resté une simple coquille francophone. Paul Kagame et son gouvernement s’expriment rarement dans la langue de Molière. Depuis 2010, le système administratif dans son entièreté et la globalité du système éducatif sont en anglais. A l’époque, la décision jugée radicale est qualifiée de «défrancisation» du Rwanda. Depuis le sommet de Trinidad et Tobago de 2009, le Rwanda a profondément renforcé ses relations avec le Commonwealth.

Sans acte de candidature formelle ou informelle du Rwanda, la proposition française de soutenir la ministre rwandaise des Affaires étrangères au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie apparait comme un calumet de la paix. Mais pas que ! Un gage d’alliance certainement.

Pour s’en faire à l’idée, il faut cerner les déclarations de la conférence de presse Macron – Kagame à l’Elysée. Pour Emmanuel Macron, «l’essentiel, c’est de reprendre notre coopération. Il faut avancer de manière pragmatique sans rien enlever à la complexité des histoires du passé». Le président français évite toutefois de se prononcer sur le retour d’un ambassadeur français à Kigali, poste vacant depuis 2015.

Pour le président Kagame, «le Rwanda a toujours été membre de la francophonie. Et ce malgré quelques confusions. Le Président Macron a une nouvelle approche qui correspond à une nouvelle époque. Les attentes sont également celle d’une nouvelle époque».

Zacharie Roger Mbarga

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