Forme de l’Etat: Christian Tumi éternue, le gouvernement s’enrhume

Le cardinal projette d’organiser une conférence générale des anglophones en préparation à un dialogue national «franc, inclusif et complet». L’establishment crie au loup.

Le cardinal propose, le gouvernement veut disposer

Bien malin qui peut dire aujourd’hui que la Conférence générale des anglophones (AGC) aura lieu les 29 et 30 août prochain à Buea, la capitale régionale du Sud-ouest, l’une des deux régions anglophones du pays. Le doute vient notamment du fait que l’initiative portée par le cardinal Christian Tumi et trois autres religieux (l’imam de la mosquée centrale de Bamenda, l’imam de la mosquée centrale de Buea et le rapporteur de l’assemblée presbytérienne du Cameroun) est en fait un préalable à un dialogue national «franc, inclusif et complet»: «Avant d’aller à ce dialogue national, il est important que les populations des deux régions anglophones se retrouvent ensemble, d’abord pour se mettre d’accord sur les principaux problèmes à aborder lors de la tenue de ce dialogue national, mais aussi pour désigner des représentants des deux régions qui participeront à ce dialogue», déclare Simon Munzu, assistant du secrétaire général des Nations unies, nommé porte-parole de l’AGC par les quatre religieux.

Le complément de l’adjectif «complet» suppose qu’aucun sujet ne devra être éludé au cours de cette «consultation nationale», même pas la forme de l’Etat. Problème: de ce dialogue-là, Paul Biya n’en veut pas. Il l’a lui-même clairement dit lors de son discours à la nation le 31 décembre 2016: «Nous devons rester ouverts aux idées mélioratives, à l’exclusion toutefois, de celles qui viendraient à toucher à la forme de notre Etat».

Pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), cette question sera tranchée lors de l’élection présidentielle du 07 octobre. «Si le SDF [Social Democratic Front] propose le fédéralisme et est élu, soit. Mais, au RDPC, nous estimons que l’Etat unitaire et décentralisé n’est pas négociable», soutient le ministre Jacques Fame Ndongo. Le membre du bureau politique et secrétaire à la communication du RDPC répond à la question de Jeune Afrique, édition du 15 au 21 juillet 2018 sur la problématique de «plus de régionalisme ou passer au fédéralisme», afin résoudre la crise anglophone.

Autre hypothèque, les leaders religieux demandent à Yaoundé la libération des anglophones détenus dans le cadre de la crise et la facilitation du retour des exilés et des réfugiés. Ils appellent également les séparatistes armés et les forces de l’ordre camerounaises à cesser les hostilités. Objectif: favoriser la tenue de cette conférence en présence de tous. A cette doléance, le gouvernement dit niet. «On ne peut pas se permettre de placer sur un même piédestal l’armée républicaine, qui aujourd’hui se déploie et se bat pour la protection de l’intégrité territoriale de notre nation et des bandes armées, des terroristes qui tuent, égorgent, décapitent, brûlent les écoles…», indique Issa Tchiroma Bakary. Le ministre de la Communication, dans sa casquette de porte-parole du gouvernement ajoute: «on ne peut pas non plus demander à un Etat de droit, comme le nôtre, de libérer ceux qui ont tué, massacré… Quoi qu’il arrive, parce que nous sommes dans un Etat de droit, ils seront donc traduits devant les tribunaux pour répondre de leurs forfaits». Du grabuge en perspective ?

Aboudi Ottou

 

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