Football business et fierté africaine: un choix cornélien!

Le rapport du football africain à l’immigration technique est ombilical. L’industrie footballistique du continent africain demeure portée par les firmes internationales: le football européen et la Fifa.

C’est ce qui a fait dire à Alidovitch, chercheur, spécialiste du football mondial, que «le football africain est esclave de la mondialisation». Les valeurs du football moderne sont plébiscitées ailleurs qu’en Afrique. Que ce soit les mécanismes de financements, l’architecture du management, le sponsoring du football, les techniques de récompenses, les stratégies de jeu… le football africain est resté à l’école des évolutions du football occidental. Un positionnement qui ne lui permet pas d’institutionnaliser le sentiment de fierté nationale à travers la présence des sélectionneurs africains et des joueurs issus des championnats locaux.

Dans un environnement international marqué par le sponsoring et la communication à outrance, le football est devenu l’apanage des grandes firmes du sponsoring et de la communication. Aujourd’hui, le seuil des droits télé, le potentiel d’audimat, les gains à la publicité et la capacité à remplir les stades conditionnent la négociation des matchs amicaux. Mieux encore, selon des indiscrétions ou des enquêtes, ces critères président lors des tirages au sort des évènements sportifs de très haut niveau. Le football mondial n’est plus un simple jeu. C’est désormais un construit dans lequel l’extra sportif pèse pour 80%. Dans leur article intitulé «Le football africain entre immobilisme et extraversion», Raphaelle Poli et Paul Dietschy, deux universitaires experts en sport international, estiment que «l’Afrique ne représente plus que 5% des grandes affiches du football mondial». Le gain d’un match amical n’étant pas que sur le terrain.

Appât du Gain

Avoir des expatriés sur un banc de touche est toujours sujet à polémique. Surtout lorsqu’il n’est pas auréolé d’un palmarès ayant valeur de passeport. Encore moins dans une conjoncture économique et financière comme celle que traverse plusieurs pays africains. Mais le fait est que l’attractivité technique et marketing des sélections africaines est quasi nulle. Le nombre de sélections africaines non qualifiées au mondial 2018 ayant servi de sparring spartner est révélateur. Plus grave, depuis 2010, les services de sports des grandes chaines sportives ont réduit de 80% leur traitement des équipes nationales africaines rapporte l’article Raphaelle Poli et Paul Dietschy.

Avec la nouvelle programmation de la Caf, la prochaine édition de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) se déroulera au même moment que la Copa America sud-américaine. C’est-à-dire en juin 2019. Si l’Afrique a l’avantage des horaires de diffusion, les sud-américains partent favoris pour les droits télé, la publicité et la présence des recruteurs. Non seulement, la constellation des stars sud-américaines évoluant en occident est très importante mais aussi la compétition prévoit de recevoir des nations étrangères (d’Amérique du nord, d’Europe, d’Asie voire d’Afrique).

Avoir des stars internationales retraitées sur les bancs de touche africains est un investissement. Le Cameroun qui organise la Can 2019 a deux fois plus intérêt à accentuer la communication sur lui. Clarence Seedorf et Patrick Kluivert sont de très bonnes égéries pour le Cameroun !

Déconnexion

Sur 55 sélections africaines membres de la Confédération africaine de football (Caf), 22 seulement ont un sélectionneur national ou africain. Mais aucune équipe africaine ne figure dans le top 25 du classement Fifa. Le débat est-il plus la nationalité des sélectionneurs ou la dépendance du football africain au monopole occidental sur le football mondial ? Ou alors, l’organisation du football sur le continent de Salif Keita et de Roger Milla ?

La première génération des africains issus du football business est bien celle des années 2000. Samuel Eto’o, Didier Drogba, Yaya Touré sont animés par la fibre patriotique. Ils ont surtout contribué à la notoriété de ce football industriel. Ils incarnent le profil rêvé des bancs de touche de la nouvelle génération. Où la fierté africaine rencontre l’intérêt des barons de la grande communication. Scénario dans lequel la France de Zidane serait enchantée de rencontrer le Cameroun de Samuel Eto’o. Pas sûr en revanche que les vedettes africaines, dont la nostalgie demeure grande, soient très enchantées à l’idée de s’asseoir sur un banc de touche en l’état actuel du football sur le continent noir.

Zacharie Roger Mbarga

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