‘’La foire sera l’occasion d’inaugurer la première de ces unités de transformation’’

Romuald Dzomo

Le manioc est la deuxième culture vivrière du pays et représente un aliment de base pour tous les habitants, toute classe sociale confondue. C’est ce produit que nous avons souhaité valoriser 

La 3ème édition de la foire du bon bâton de manioc et ses dérivés se tient du 1er et 2 août 2018 à Sa’a. Son promoteur explique les contours et les ressorts de cet évènement.

 

Monsieur Romuald Dzomo, pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre association?
Je m’appelle Romuald Dzomo, délégué général et fondateur de l’association Afrique et Nouvelles Interdépendances (Ani). Diplômé de science po Paris, et titulaire d’un master en politique locale et développement de l’université de Rouen. L’association Ani-international est engagée sur différentes thématiques.

Nous abordons les enjeux d’inclusion sociale en France et en Europe ainsi que les enjeux d’accompagnement social et d’insertion socio-économique au Cameroun ou nous nous investissons entre autres auprès des femmes rurales par le biais de la structuration en réseau de coopératives et associations agricoles et la dynamisation de la filière manioc. Une de nos activités est l’organisation d’¬événements tels que «La foire du bon bâton de manioc et ses dérivés».

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet de développement agricole dans lequel s’inscrit la foire du bon bâton de manioc ?
Le manioc est la deuxième culture vivrière du pays et représente un aliment de base pour tous les habitants, toute classe sociale confondue. C’est ce produit que nous avons souhaité valoriser. L’association Ani-international intervient depuis plus de 10 ans au Cameroun. Notre projet de développement agricole s’étend dans les 9 arrondissements de la Lékié. Nous accompagnons un réseau de plus de 30 coopératives, groupements d’intérêts communs (Gic) et associations, nommé le Reptramal (Réseau des producteurs et transformateurs de manioc de la Lékié).

Les membres, majoritairement des femmes, produisent et transforment le manioc en plusieurs sous-produits. Notre objectif est de réduire la pauvreté des femmes rurales du département de la Lékié au Cameroun et d’améliorer leur condition de vie par la création d’activités génératrices de revenus. Ce réseau a ainsi été créé et légalisé avec notre appui afin de regrouper ces agriculteurs et d’en faire une force et un levier d’action.

Votre association œuvre sur des projets agricoles à long terme. Dans ce cadre, comment et pourquoi avez-vous créé cette foire du bon bâton de manioc?
Ayant la volonté de promouvoir les activités des femmes, d’accroitre la visibilité du projet, et de structurer un nouveau réseau nous avons créé et organisé cet évènement sous la forme du concours du bon bâton de manioc. La première édition, organisée par Ani-international et son antenne locale, Cameroun et nouvelles interdépendances, s’est inscrite dans un contexte particulier puisque le réseau Reptramal n’était pas encore créé et légalisé.

Ces deux premières éditions ont donc permis de renforcer la cohésion entre les membres des zones, de créer un nouveau réseau et de le faire connaitre. L’idée était d’exposer les produits et, grâce au système de concours, de récompenser et valoriser le savoir-faire des femmes et des hommes. Ces deux éditions ont également servi à obtenir le soutien et la confiance d’un certain nombre de partenaires privés et publics dans le but de pérenniser notre projet.

Comment se sont déroulées les deux premières éditions ?
En avril 2016, nous organisions la 1ère édition du concours du bon bâton de manioc. Cet évènement a été l’aboutissement d’une longue dynamique et a permis de mobiliser pendant 6 mois les coopératives manioc de la Lékié. En 2017, la deuxième édition du concours a fait l’objet d’une couverture médiatique importante au sein de la Lékié et à Yaoundé et a mobilisé un millier de visiteurs. Le concours 2017 était basé sur des critères de sélection très précis en collaboration avec l’Institut de recherche agricole pour le développement.

Depuis la création du réseau, nous avons régulièrement reçu les boutures améliorées du programme manioc. Par ailleurs, pour les deux années successives, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural s’est manifesté en faisant don de micro matériel à nos bénéficiaires. Nous le remercions d’ailleurs pour ses dons réguliers.

Cette activité est bien identifiée et s’installe dans la durée grâce notamment à la bonne entente avec les autorités locales : le maire de Sa’a (Jean Blaise Messina) mobilise tout son conseil municipal et reçoit Ani, CNI et le Reptramal pour soutenir le projet, le sous-prefet de Sa’a (BengouinHoumtcheForeman) est accueillant et le préfet de la Lékié (Patrick SimouKamsuest) nous soutient et encourage l’initiative. Mais la nouvelle édition en 2018 sera différente !

Justement, en quelques mots, décrivez-nous cette troisième édition à venir.
Grâce à la mobilisation des médias, cet événement prend de l’ampleur et le réseau s’agrandit. Pour cette 3ème édition, nous souhaitons en faire un événement à plus grande échelle en organisant la foire du bon bâton de manioc et ses dérives. La foire se tiendra cette année sur 2 jours, le 1er et 2 août prochain, à Sa’a (place des fêtes).

Plus de 250 exposants du réseau présenteront leurs produits aux 2500 visiteurs attendus. Nous invitons tous les acteurs publics et privés à venir exposer à Sa’a ; des stands permettront de mutualiser les savoirs faires. Vous êtes les bienvenu-e-s. A long terme nous voulons faire de cette foire un événement incontournable chaque année au sein de la Lekie.

Cette année, notre objectif est d’exposer aux visiteurs et aux partenaires nos solutions pour favoriser et optimiser la commercialisation des produits issus du manioc. Nous pensons que la vente de ces produits se trouvera améliorée grâce à une transformation normée et de qualité qui respecte les règles d’hygiène. Pour ce faire nous sommes en train d’implanter 5 unités de transformation au sein de la Lékié.

Vous avez donc dans l’optique de mettre sur pied des unités de transformation. Quel est l’intérêt pour les membres du réseau ?
Le projet entourant la foire vise effectivement à doter le Reptramal de cinq unités de transformation. La foire sera l’occasion d’inaugurer la première de ces unités en présence notamment des personnalités politiques et publiques de la Lékié ainsi que de nos partenaires qui nous ont accompagnés pour rendre ce projet possible.

Ces unités de transformation seront dotées de matériel agricole et permettront de limiter les tâches manuelles. L’an passé nous avons obtenu, en plus de dons réguliers, un conséquent don du Pidma (Projet d’investissement et de développement des marchés agricoles), fournissant au réseau du matériel de transformation d’une valeur de 50 000 euros : moulins, séchoirs, pressoirs, bacs, marmites, etc.

Elles permettront également aux membres d’avoir des espaces de travail stables et sécurisés dans lesquels les techniques de transformation seront uniformisées, dans le respect des normes d’hygiène, de sécurité et d’environnement. Nous voulons créer une dynamique qui puisse réunir tous ceux qui souhaitent cultiver et c’est pour cela que nous allons ouvrir ces unités à des gens extérieurs au réseau.

Depuis 4 ans nous avons mobilisé le programme Afop (Appui à la formation professionnelle agropastorale) qui appuie le renforcement des capacités à travers des formations. Afin de gérer ces unités de manière optimale nous sommes en train de créer des comités de gestion et de mettre en place, avec ce partenaire, des formations à destination des membres du réseau.

Vous avez plusieurs fois fait mention d’une « transformation normée, uniformisée et de qualité ». Qu’entendez-vous par là ?
Nous avons réfléchi à la mise en place d’un processus de transformation spécifique permettant d’obtenir un bâton de manioc jugé de qualité. Pour se faire nous avons travaillé avec l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad). Madame Eliane Eyenga, chercheur à l’Irad, a élaboré une fiche technique décrivant le processus de transformation à adopter pour l’obtention de bâtons de manioc qualitatifs et répondant aux attentes des consommateurs (goût, odeur, texture etc).
Plus globalement nous mettons un point d’honneur à former les femmes et à faire respecter les règles d’hygiène, de sécurité, et d’environnement.

Un manuel complet, sous formes de fiches techniques explicatives, est actuellement créé et servira de guide au sein des unités. Il contiendra par exemple des fiches sur la gestion de la consommation d’eau, le port d’uniforme de travail, l’hygiène du matériel, la gestion des déchets de l’unité etc. Prendre conscience de ces aspects et des normes à respecter permettra aussi aux producteurs et transformateurs d’optimiser les ventes auprès de professionnels, supermarchés, voire même d’exporter.

Revenons à la foire. Nous comprenons bien que plusieurs thématiques seront à l’honneur lors de cet évènement. Pouvez-vous nous faire part du programme dans ses grandes lignes ?
Le premier jour les visiteurs pourront sillonner la foire dès 10H00 en découvrant les produits exposés et assister, à 14H00, à l’inauguration officielle en présence des autorités locales, représentées par le Maire, le Sous-préfet de Sa’a et le Préfet de la Lékié. Après la visite de la foire par les autorités et l’inauguration de l’unité de transformation, la journée sera rythmée par différentes prestations d’artistes locaux et par des animations de nos partenaires privés. La fin d’après-midi laissera place aux premières épreuves du concours de miss manioc dans lequel chaque arrondissement sera représenté. Les animations se poursuivront jusqu’en soirée.

Le deuxième jour de la foire sera rythmé par des animations, des causeries, la dégustation des bâtons de manioc par un jury d’experts, la suite du concours de miss manioc et la révélation des résultats avec remise de lots… Nous remercions notre partenaire privé Jaco SA, entreprise spécialisée en quincaillerie, agriculture et biomédical, qui nous a soutenu en nous fournissant des lots de matériel agricole. De nombreuses autres activités sont prévues, mais pour les découvrir, nous vous attendons à Sa’a le 1er et 2 août !

Propos recueillis par
Remy Biniou

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