Foire: Le bâton de manioc en vedette à Sa’a

Véritable rendez-vous du donner et du recevoir, la troisième édition de l’évènement dédié à la promotion de ce produit et ses dérivés a rassemblé du beau monde dans la petite ville rose de la Lékié.

Il y avait que pour du bâton de manioc ces deux premiers jours du mois d’août à Sa’a. Cet arrondissement du département de la Lékié (région du Centre) a vibré au rythme de la foire du «bon bâton de manioc» et ses dérivés. Pour sa troisième édition, cet évènement organisé par l’association Afrique et nouvelle interdépendance (ANI) vise à valoriser et développer la filière manioc et à promouvoir des solutions idoines pour sa commercialisation.

Les femmes venues de toute l’Afrique centrale (voir colonne) ont rivalisé d’ingéniosité et de créativité, offrant ainsi au public le manioc sous toutes ses formes. Madeleine Mvogo, originaire d’Elig Mfomo, a pour la circonstance, confectionné un bâton de manioc de 17 mètres de long. Cette variété hors du commun, appelé «bâton boa», a attiré des curieux. Regroupées en réseaux d’associations, ces femmes ont ainsi exposé aux yeux du monde, les fruits de leur savoir-faire en matière de transformation de ce tubercule.

Opportunités

Originaire d’Amérique du Sud, le manioc est le tubercule d’un arbrisseau aux feuilles palmées. Il pousse dans les régions tropicales. En tant que deuxième culture vivrière du pays des Lions Indomptables, il occupe une place de choix dans l’alimentation d’une bonne tranche de ses habitants. Communément appelé «bobolo», «le bâton de manioc est au Cameroun un met fédérateur consommé par toutes les couches, grands et petits, riches et pauvres sans distinction d’appartenance ethnique», commente le maire de Sa’a.

Pour ses producteurs, il s’agit d’un véritable «or blanc». «Nous mangeons et vendons le bâton de manioc. Ce qui nous permet de prendre en charge nos familles. Je suis veuve. C’est grâce à la vente du bâton de manioc que j’envoie mes enfants à l’école», explique Thérèse Atangana, présidente de l’association Solidarité Crat de Sa’a. Elle n’est pas seule dans cette situation. «Faire du bobolo est tout un art. Parce que un bon bâton de manioc doit être clair, par trop élastique, souple», ponctue Henriette Ndzie, présidente de l’association «Essayons Voir» de Batchenga. Selon ses dires, du fait de son savoir-faire, son bâton est connu au-delà des frontières. Grâce à l’argent issu de la vente de ce produit, elle participe aux charges familiales.

Difficultés

Mais, «du fait d’un manque d’équipements de seconde génération, les difficultés d’accès aux engrais et la mauvaise qualité de ses dérivés, notamment le bâton de manioc très prisé à travers le monde, la filière tarde à décoller», diagnostique Patrick Sumo Kamsu, le préfet de la Lekié. Les acteurs de la filière manioc, en l’occurrence les agricultrices, se heurtent également au manque de moyen de transport, pour acheminer leurs produits.

Mélanie Bilo’o, stagiaire

Couleurs et saveurs d’ailleurs

Certains pays de la sous- région Afrique centrale ont brillé par leur présence au grand rendez-vous des acteurs de la filière manioc.

Dans la foule des agriculteurs venus faire étalage de leur savoir-faire, la forte présence étrangère donne un éclat particulier à l’événement. En parcourant la place des fêtes de la ville rose, le public en a pour le plaisir des yeux et des papilles. Dans les stands des participants venus des pays d’Afrique centrale, on découvre les galettes (pâte de manioc salé grillé) du Tchad, saka-saka (feuilles manioc en sauce) de la République démocratique Congo, le chikwangue (gâteau à base de farine de manioc) de la République du Congo, le Ngoutigoko (pain de guerre) de Centrafrique et le ragoût du Rwanda.

Ces spécialités culinaires faites à base de manioc ont attiré du monde. Et le choix n’est pas aisé. Les exposants prompts à satisfaire les visiteurs ne tarissent pas d’arguments convaincants. «Ce ragoût est délicieux, essayez et vous ne serez pas déçus», martèle Véronique Spomana, de nationalité rwandaise. «C’est une plateforme qui nous permet de valoriser le manioc à travers notre culture, et d’apprendre des autres. C’est vraiment enrichissant», insiste Mathurine NgbangboIdo, présidente de l’Organisation des femmes centrafricaines.

La Tchadienne Affo Alphonsine, qui n’est pas à sa première expérience, dit être là «pour mieux découvrir des réalités de mon pays d’accueil, et faire connaître la façon de manger le manioc de chez moi».
Bien que satisfaits d’avoir été partie prenante de ce grand bal, ces femmes déplorent que la foire se déroule juste pendant deux jours, et une fois l’an. Elles souhaitent avoir suffisamment de temps pour mieux exprimer leur talent. «Les organisateurs doivent nous mettre en contact avec certains natifs du coin, pour faciliter la communication entre les autres exposants et nous. En plus nous nous sentirons plus à notre aise à parlant la langue locale», relève pour sa part Gabrielle Kitambala.

MB

Développement de la filière manioc 

Sa’a  sa première unité de transformation

L’usine a été inaugurée le 1er août dernier, lors de l’ouverture solennelle de la troisième édition de la foire du «bon bâton de manioc».

Quelques unes des machines qui meublent l’usine de transformation

Après avoir effectué le tour des stands du village de la foire, sise en face de l’hôtel de ville de Sa’a, Patrick Simu Kamsu, préfet de Monatélé, a procédé à la coupure symbolique du ruban, marquant le lancement officiel des activités de la première unité de transformation du manioc du département de la Lékié. Le local abritant l’usine, situé à un jet de pierre de la résidence du sous-préfet de Sa’a, est accessible par des routes praticables. L’unité de transformation comprend, entre autres des fûts de trempage pour le ramollissement du manioc, des pressoirs servant à retirer l’eau du manioc une fois ramolli, des moulins à écraser, des râpeuses pour racler le manioc devant servir à la confection du tapioca, d’un séchoir divisé en deux compartiments et des groupes électrogènes. Cette unité de transformation, initiative de l’association Afrique et Nouvelle Interdépendance (ANI) et du Réseau des producteurs et transformateur du manioc de la Lékié (Reptramal). Elle a été mise sur pied avec l’appui du Projet d’investissement et de développement des marchés agricoles (Pidma), un programme de la Banque mondiale.

Pendant la visite de l’usine, le préfet n’a pas manqué de s’informer dans les détails du fonctionnement des machines, posant souvent des questions pour plus d’éclairages. Au sujet des fûts de trempage, voici son souhait: «j’espère que ces fûts seront bien nettoyés avant usage». Les bénévoles de l’Ani ont rassuré l’autorité, quant au respect des conditions d’hygiène, en lui expliquant les mesures prises dans ce sens. Sur la question relative au fonctionnement du pressoir, le chargé technique de communication du Pidma répond: «le manioc est mis dans le sacs qui sont ensuite introduit dans la machine».

A la fin de la cérémonie d’inauguration, le promoteur de l’événement, Romuald Ndzomo, témoigne sa gratitude à l’endroit de tous les partenaires au projet. «Notre projet accompagne les coopératives et GIC de la Lekié, regroupés au sein du Reptramal, pour qu’ils cultivent mieux l’or blanc, le manioc ; qu’ils le transforment sans pénibilité en plusieurs dérivés, dont le bâton de manioc. Et qu’ils vendent mieux ici et ailleurs, en bonne intelligence avec tous les acteurs… C’est possible, on peut être de la diaspora et construire des projets structurant avec nos familles ici, si elles le souhaitent», conclut-il.

MB

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *