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Flux financiers illicites: HEVECAM SA, pêcheur en eaux troubles

La filiale camerounaise de la multinationale Singapourienne GMG GLOGAL LTD, leader mondial de la production et de la transformation de l’hévéa, brille par la discrétion lorsqu’il s’agit de dissimuler ses résultats. Pas suffisant pour dribbler la douane et les impôts qui ont découvert des curiosités.

Ramer à contre-courant semble être l’option de HEVECAM SA, la filiale camerounaise de la multinationale singapourienne GMG GLOBAL LTD, leader mondial de la production et de la transformation de l’hévéa. A l’heure du triomphe tous azimuts des technologies de l’information et de la communication, HEVECAM SA semble choisir l’adage populaire au Cameroun: «pour vivre heureux, il faut vivre caché». Le site internet de HEVECAM SA (www.hevecam.com), vitrine par excellence de l’entreprise, brille par des omissions suspectes. Vous aurez beau chercher les simples communiqués des conseils d’administration, l’organigramme de l’entreprise, les membres du conseil d’administration, les résultats de l’entreprise, etc. que vous seriez déçus.

Les demandes d’informations adressées -comme recommandé à l’administrateur du site- demeurent sans réponse. Nous l’avons douloureusement appris à nos dépens. Par contre, ce qui est présenté comme responsabilité sociale de l’entreprise, est en vedette sur www.hevecam.com Visiblement, HEVECAM SA a du cœur. On apprend pelle – mêle que pour les besoins de 35 000 âmes (dont près de 6000 employés) qui habitent les 40 000 hectares de plantation, l’entreprise a construit «un hôpital, 17 dispensaires, des écoles maternelles et primaires, un lycée bilingue et un lycée technique, 3400 logements, un forage et des aires de jeu». Mais, l’on oublie de préciser que la charge de ces investissements est partagée à parts égales avec l’Etat. Du moins au regard de la convention d’établissement de 1975, liant HEVECAM SA (appelée alors Sud Cameroun hévéa) au Cameroun.

Que cache donc HEVECAM SA ?
Pourquoi refuse-elle de faire savoir son savoir-faire ? Les bons résultats de la filiale camerounaise de la multinationale singapourienne GMG GLOBAL LTD, tels que présentés officiellement, feraient pâlir de jalousie n’importe quel manager sérieux, par ces temps de morosité économique. Ils mériteraient d’être montrés à une plus grande audience. «Des scores de production de 120 % réalisés en 2017», présente HEVECAM SA, dans Hévéa – news, numéro 017 de janvier 2018. Un exploit comme celui-là, dans un l’anonymat d’un journal d’entreprise ! Comme si le secret de la bonne nouvelle devrait demeurer entre initiés, à défaut de mériter une publicité conséquente. C’est un choix!

Les impôts et la douane pas du tout impressionnés
Les impôts et la douane du Cameroun semblent avoir rapidement flairé la manœuvre à distance. Ils ont refusé de se laisser endormir par le somnifère de l’humilité et de la discrétion de HEVECAM SA. Pourtant, à la direction générale des impôts du Cameroun, la discrétion et la méfiance sont de mise lorsqu’il faut se renseigner sur HEVECAM SA. D’aucuns, surpris- disent apprendre la nouvelle d’un éventuel redressement fiscal de cette agro-industrie à partir de nos sollicitations. Ce ne sont pas les «ne me met pas dans les problèmes» de ce fonctionnaire méfiant, en réponse à notre quête d’information qui nous découragerons. Même si ce dernier dit soupçonner «des pratiques déloyales de HEVECAM SA», sans autre précision.

Le secret semble bien gardé, autant à la douane qu’aux impôts. Du reste, un passage de la convention liant HEVECAM SA au Cameroun souligne que «tout différent entre le gouvernement et l’investisseur devra être résolu à l’amiable. Dans le cas contraire, c’est la Cour d’arbitrage de Paris qui est compétente». Soulignons que notre demande d’informations adressée à la filiale camerounaise de GMG GLOBAL LTD, pour éclairer notre lanterne sur les relations orageuses entre HEVECAM SA et les régies financières du ministère des finances attend toujours. Pour combien de temps ?

Des indices
Quoi qu’il en soit, le compte rendu du 27ème conseil d’administration de HEVECAM SA, tenu le 4 décembre 2017 à Yaoundé, reconnait explicitement les deux «redressements fiscaux et douaniers» infligés à HEVECAM SA en 2017. «La direction générale a largement entretenu le conseil d’administration (dirigé par Jean Kueté, le secrétaire général du comité central du RDPC, le parti au pouvoir, ndlr) des problèmes fiscaux auxquels elle fait face et sollicité l’appui et l’orientation de celui-ci afin de trouver des solutions idoines», peut-on lire à la page 6 de Hévéa news numéro 17 de janvier 2018, le journal de HEVECAM SA, grâce à la plume de Mpouma Ekong.

L’entreprise de production d’hévéa reconnait explicitement avoir commis des «erreurs, omissions ou manquement dans ses déclarations aux impôts et à la douane» relève, ironique un fin connaisseur des méthodes de cette entreprise qui, pour notre malheur, a catégoriquement refusé d’en dire davantage.

Quand le bourreau se prend pour la victime
Offensif et téméraire, HEVECAM SA semble vouloir rebondir sur le terrain de la communication, en se faisant passer pour une victime. L’entreprise revendique ainsi à l’Etat du Cameroun «le remboursement des crédits TVA» et se positionne ainsi en victime devant un Etat bourreau qui ne respecte pas ses engagements.

Compensation de créance
Visiblement, le redressement fiscal et douanier infligé à HEVECAM SA pour ses trous de mémoire a dû «peser» sur sa trésorerie, puisque «le conseil d’administration (du 4 décembre 2017, ndlr) a autorisé une compensation de créance entre GMG GLOBAL LTD, la maison-mère et HEVECAM SA» précise hévéa-news qui demeure muet sur les modalités de cette transaction. L’on est en droit de se poser une question. Ne s’agit-il pas d’une stratégie destinée à noyer le bénéfice de l’entreprise pour minimiser le payement de l’impôt ? Allergique aux chiffres – peut-être par pudeur et humilité, HEVECAM SA ne précisera pas combien de dollars ont exactement transité entre le Cameroun et Singapour, pour irriguer GMG GLOBAL LTD.

Le commissaire aux comptes de l’entreprise – ce magicien des chiffres, préposé à la certification des résultats en rapport avec la législation en vigueur au Cameroun, a été vite remercié. Sans explication officielle ! Tout au plus, le 27ème conseil d’administration du 4 décembre 2017 à Yaoundé, se contente de plaider pour «la nomination d’un nouveau commissaire aux comptes». Qu’à cela ne tienne, globalement HEVECAM SA revendique en 2017, des résultats de 120%. Avec 14 756 tonnes d’hévéa, les plantations ont atteint 92,23 % des objectifs de production. L’usine de caoutchouc s’est aussi distinguée avec une production de 17908 tonnes, soit 94,15 % des objectifs souligne hévéa – news.

De quoi donner un large sourire aux actionnaires de GMG GLOBAL LTD, du fait des dividendes conséquents. Tout le contraire des employés qui, de leur côté, semblent broyer du noir au quotidien. Les agronomes camerounais Fon Dorothy et Mbondji Ntombé de l’université de Dschang (Ouest) s’expliquent, dans une étude parue en 2015 dans la revue scientifique «agricultural soil sciences» d’octobre 2015. Ils soutiennent que le mauvais traitement des ouvriers agricoles (avec des salaires compris entre 30 000 F et 70 000 F) entraîne, outre des épidémies, des grèves, l’absentéisme maladif au travail (14% du personnel), et des cascades de démissions -de l’ordre de 80%- dès les six premiers mois d’embauche.

Une performance qui grippe la productivité de l’entreprise. Celle-ci perd par an près de 8231 tonnes de latex, évalués par les auteurs de l’étude à plus de 103 millions de F CFA. Pourtant, comme reconnaissent les administrateurs de GMG GLOBAL LTD dans leur rapport annuel de 2017, l’hévéa produit par le «holding du Cameroun est très apprécié sur le marché pour sa qualité». Mais où sont les hommes ? Où sont les travailleurs ? Après avoir échoué à chasser des plantations d’hévéa les grands maux tels: «le mal, l’ennui et le besoin», le travail chasse-il déjà… les hommes à HEVECAM SA ?

Jean David MIHAMLE
Dans le cadre du programme 2017 « La richesse des Nations »,

un programme panafricain de développement des compétences

medias dirigé par la Fondation Thomson Reuters en partenariat avec

Trust Africa. Plus d’informations sur http://wealth-of-nations.org/fr/

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