Ferdinand Ngoh Ngoh : Un couteau suisse à Etoudi

Dans sa livraison de mi-septembre 2019, la Lettre du continent fait du secrétaire général de la présidence de la République «le cœur du pays». 

On fronce déjà les sourcils à entendre, une fois encore, cette question. On se console toutefois lorsque, dans sa parution du 13 septembre 2019, la Lettre du continent (LDC) y apporte une réponse différente de celles entendues autrefois. Pour le bimensuel confidentiel français, ce n’est autre que Ferdinand Ngoh Ngoh. L’intéressé, on le sait, occupe depuis fin 2011 le fauteuil de secrétaire général de la présidence de la République «(SG/PR)». D’après LDC, à elle seule, cette abréviation fait frémir chaque cabinet ministériel. Dans la même publication, il est révélé que Ferdinand Ngoh Ngoh tient une exceptionnelle procuration délivrée par Paul Biya, son unique boss. «Adressées indifféremment aux ministres ou directeurs d’administration, les lettres du SG/PR, qui invoquent systématiquement les hautes instructions du chef de l’État, rythment l’activité du gouvernement camerounais», lit-on, en référence au décret n°2019/043 du 5 février 2019, accordant une délégation permanente de signature au diplomate.

«Couteau suisse»

Il sait des choses qui font qu’il a un statut réel auprès du président, bien supérieur à son statut sur le papier. En homme de réseau qui incarne mieux que personne le pouvoir de l’ombre des hauts fonctionnaires, Ferdinand Ngoh Ngoh est présenté surtout comme un proche parmi les proches. Un véritable couteau suisse. L’homme à tout faire, qui gère parfois un peu tout. Souvent dédié aux missions délicates, il a négocié avec l’ennemi. Ce fut le cas avec Boko Haram, peu avant la libération de la famille Fournier en avril 2013.

Sur cette base, LDC conclut que Ferdinand Ngoh Ngoh a la main sur toute la machinerie juridique du gouvernement; il est la gare de triage de la République. Qu’il juge un texte «juridiquement fragile» et celui-ci a de fortes chances de jaunir pour toujours au fond d’un tiroir. Sans son feu vert, rien n’est possible. Il relit tout, décide de tout, bloque ce qui le dérange, s’immisce partout. À en croire la publication française, celui qui, depuis le 4 janvier 2019, est engoncé dans le costume de ministre d’État, est associé à tous les projets. «Le 13 août 2019, écrit LDC, il a écrit au Premier ministre, Joseph Dion Ngute, qui s’apprêtait à nommer un nouveau responsable à l’Agence de régulation de l’électricité, que la nomination des responsables des entreprises publiques relevait de la compétence exclusive du chef de l’État». Quelques jours plus tard (le 31 août 2019), précise la même source, le SG/PR a exigé l’accélération du processus de désignation d’un nouveau concessionnaire au terminal à conteneurs du Port autonome de Douala.

En février 2019, l’hebdomadaire Jeune Afrique avait déjà attribué à ce haut fonctionnaire de 58 ans, le sobriquet de «président bis». Si «Cameroun: qui gouverne?», paru en mai 2000 chez l’Harmattan, l’ouvrage de 352 pages, écrit par Pierre-Flambeau Ngayap, ignore cet homme, c’est qu’il n’avait pas encore été coopté par Paul Biya. Avec sa dernière livraison, LDC livre une autre chronique trépidante du sérail.

Ongoung Zong Bella

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