Faux-semblant ukrainien

Que Dmytro Ivanovytch Kouleba soit venu en Afrique, cela n’a rien de très étonnant. Seulement, dire que le séjour africain d’un ministre ukrainien des Affaires étrangères était anodin, il faut craindre de connaître la réponse.

 

 

Prise simultanément selon les dynamiques géopolitiques actuelles, cette tournée donnait bien l’impression d’une séquence ornée de plusieurs enjeux. Pour pléthoriques qu’ils soient, lesdits enjeux ont permis de s’étaler sur trois orientations fortes. La première: c’est la première tournée dans les pays africains de l’histoire de la diplomatie ukrainienne. La seconde: la tournée africaine de Dmytro Ivanovytch Kouleba a été certainement liée à la tentative de Kiev de renforcer son cercle d’amis et de soutiens sur le continent. Et la dernière: des modalités particulières ont été convoquées pour la mise en musique de l’agenda africain du chef de la diplomatie ukrainienne. Dans ce package, l’engagement et les efforts de Kiev visant à sensibiliser l’opinion publique africaine à adopter une posture plus systématiquement tournée contre la Russie méritent d’être relevés.

Dans ce cadre, Dmytro Ivanovytch Kouleba n’a pas hésité à faire valoir des positions favorables aux intérêts des premiers pays qu’il a visités. «Porteur d’un message du Président Volodymyr Zelensky au Président ivoirien Alassane Ouattara, Dmytro Ivanovytch Kouleba a évoqué, selon une note de la présidence ivoirienne, «le renforcement de la coopération entre la Côte d’Ivoire et l’Ukraine, notamment dans les secteurs de l’éducation et de la sécurité», écrit abidjan.net.

Le même média rapporte que le ministre ukrainien des Affaires étrangères a dit «tout simplement merci». «Merci pour tout ce que la Côte d’Ivoire a fait en faveur de l’Ukraine depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’Ukraine est reconnaissante pour le vote que la Côte d’Ivoire lui a apporté pour la résolution présentée par le Président Volodymyr Zelensky. Nous sommes au début d’une relation de fraternité renforcée. Il est très important que l’Ukraine et la Côte d’Ivoire se soutiennent mutuellement. Nous avons un environnement sécuritaire quasi similaire. Nous sommes heureux de pouvoir aider la Côte d’Ivoire dans la résolution de ses problèmes sécuritaires (…) Aujourd’hui, je peux dire que ma visite ici est un début de partenariat stratégique entre la Côte d’Ivoire et l’Ukraine».

Dmytro Ivanovytch Kouleba qui, à son arrivée à Dakar le 3 octobre dernier, avait vite voulu délester sa visite de toute ambiguïté en déclarant n’être pas venu «en Afrique contre qui que ce soit», a vite tombé son masque. «Nous savons à quel point la propagande russe est forte», a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse dans la capitale sénégalaise. On l’a vite compris aussi: l’agenda, le calendrier et les rythmes ukrainiens en Afrique restent indirectement ou non fixés par Moscou.

Nos amis ukrainiens ne contesteraient pas forcément ces analyses. Ils ne nourrissent pas d’illusions sur la forte présence russe sur le continent, mais veulent dire que la responsabilité est d’abord du côté des États africains, appelés à concevoir eux-mêmes leur dispositif délibératif. De là à comprendre que Kiev n’entend pas rayer les «acquis russes» en Afrique d’un trait de plume. Mais Dmytro Ivanovytch Kouleba espère bien que sa visite africaine pourrait bien rouvrir des espaces de réappropriation de la réflexion sur l’invasion de son pays et les modalités de mise en œuvre d’une coopération.

Jean-René Meva’a Amougou

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