Expertise-comptable : Un diplôme fait planter la machine

Deux courants s’affrontent sur la validation des acquis de l’expérience pour accéder à ce corps de métier au Cameroun.

 

Michel Aaron Feugueng (gauche) et Léonard Ambassa

Entre Maaron Training et ONECCA (Ordre national des experts-comptables du Cameroun), ça turbine en roue libre vers une totale inconnue. La fièvre est montée et elle ne descend plus. Dans l’épreuve de force entre Michel Aaron Feugueng et Léonard Ambassa, les pronostiqueurs les plus prudents évitent toute mise. Ils ne savent pas qui du promoteur du centre de formation professionnelle et du président de l’ONECCA tiendra le plus longtemps possible pour faire lâcher l’autre, dans cette bataille autour de la reconnaissance d’une offre de formation en expertise-comptable au Cameroun.

«L’affaire fermente. Nul ne sait s’il va en sortir du vin, ou du vinaigre». Formule imagée d’un expert-comptable camerounais (ayant fortement requis l’anonymat) certes, mais surtout actuelle. C’est désormais une course en avant entre les deux camps. À force de brûler en sourdine, le torchon est en cendres sur la place publique. Cantonnée aux coulisses, l’affaire s’affiche dans la presse. Ce 29 avril 2019, elle s’engonce dans les pages 12 et 31 du quotidien Cameroon Tribune (CT). Ici et là, accusations et démentis s’enchaînent. «Un cas inouï d’emballement médiatique autour d’un projet académique», persifle Thomas Mbong, communicateur d’entreprise, basé à Yaoundé. Il soupçonne que Maaron Training et l’ONECCA aient choisi de monter sur le ring de CT au même moment «pour amener le ministère de l’Enseignement supérieur à réagir».

Si cela fait figure d’hypothèse, ce qui est évident c’est que la rancœur, l’envie d’être entendus, de se sentir pleinement dans le droit courent de part et d’autre. La première preuve, c’est le communiqué de Maaron Training qui la sert. «Afin d’ôter tout doute sur la qualité du processus de VAE (Valorisation des acquis de l’expérience) aboutissant au Diplôme, il convient de faire des précisions suivantes à l’attention de l’opinion nationale et internationale», écrit Michel Aaron Feugueng dans CT du 29 avril 2019.

Dans le même journal, Léonard Ambassa sollicite la même «opinion». La trame de son communiqué est directe. Rien d’autre que de dire «l’établissement Maaron/ISTAG-AC publie depuis un certain temps, des annonces selon lesquelles, il décernerait le diplôme d’Expert-comptable CPA en 6 mois par validation d’acquis». «En l’état, poursuit-il, l’ONECCA ne reconnait pas Maaron/ISTAG-AC comme organisation affiliée à l’IFAC».

« Désobéir est légal »
Dans cette bataille feutrée, le lecteur de CT retient dans un premier temps que «Maaron Training avait, par courrier daté du 10 septembre 2014, informé officiellement l’ONECCA de son intention d’accompagner les Camerounais qui en auraient les qualités à l’obtention des diplômes d’expertise comptable par VAE».

En parcourant la réplique de l’ONECCA dans un second temps, le même lecteur remarque qu’aucune ligne ne dément cet argument. Tout au plus, Léonard Ambassa, auréolé de sa casquette de président du Conseil supérieur des Ordres nationaux des experts-comptables de la Cemac (CSONEC), rappelle le règlement sous-régional portant révision du statut des professionnels libéraux de la comptabilité. Il évoque aussi la loi camerounaise. L’esprit et la lettre de l’un et l’autre texte portent sur les dispositions qui encadrent l’accès au titre d’expert-comptable.

Un acte d’accusation qui reste en travers de la gorge de Maaron Training. « Au sens de la loi, bondit Michel Aaron Feugueng, votre diplôme d’expertise comptable peut vous donner droit à l’obtention de l’agrément Cemac pour autant qu’il est reconnu comme tel dans un pays dont il relève». Le promoteur fait part des débouchés de son programme: «une fois l’inscription faite, les candidats reçoivent le diplôme et le titre d’expert-comptable, tels que reconnus par tous les ordres professionnels membres de la Fédération internationale des comptables (IFAC)».

Du côté du ministère de l’Enseignement supérieur, on reste prudent, ne préférant pas communiquer sur ces points de blocage. On indique simplement que “rien n’est arrêté à ce jour”, qu’il s’agit d’une “période de concertation”. On reste tout de même silencieux quant à l’opportunité d’une telle réforme. Contactées par nos soins, les deux parties restent muettes.

Le diplôme d’expertise comptable (DEC) au Cameroun

Le DEC est un diplôme d’excellence reconnu sur le plan international. Il permet l’inscription au tableau de l’ordre pour l’exercice libéral de la profession d’expert-comptable ou de commissaire aux comptes.

C’est une profession qui a beaucoup d’avenir dans notre pays, dans la mesure où l’âge moyen des experts comptables inscrits au tableau de l’ONECCA est de 55 ans. Outre l’exercice de la profession libérale (cabinet), le titulaire du DEC peut faire le choix de l’exercice en entreprise publique ou privée.

L’obtention du DEC exige une formation longue qui est constituée en trois étapes que le postulant doit franchir. Chaque étape est sanctionnée par un diplôme, DGC ou DCG, DSGC ou DSCG et puis le DEC ; c’est un système métro qui permet au postulant de sortir à une station et attendre le prochain métro. D’autres voies d’accès au cursus existent (Dispenses et VES). Au Cameroun l’ONECCA a signé une convention avec l’intec-cnam pour préparer le diplôme français.

Textes régissant l’exercice de la profession comptable libérale

• Règlement N° 11/01 — UEAC-027-CM-0T du 5 décembre 2001 portant révision du statut des professionnels libéraux de la comptabilité.

• Loi N° 2011/009 du 6 mai 2011 relative à l’exercice de la profession comptable libérale et au fonctionnement de l’Ordre national des experts-comptables du Cameroun (ONECCA)

• Arrêté N° 00000120/MINFI du 16 juillet 2012 portant approbation du Règlement intérieur de l’Ordre national des experts-comptables du Cameroun (ONECCA)

Source : ONECCA

Comprendre la validation des acquis de l’expérience (VAE)

La validation des acquis de l’expérience est une mesure permettant à toute personne, en dépit de son âge, son niveau d’études ou son statut, de faire valider les acquis de son expérience pour obtenir une certification professionnelle. Un an au moins d’expérience, en rapport avec le contenu de la certification visée, est nécessaire.

La VAE permet d’obtenir, en totalité ou en partie, un diplôme, un titre ou un certificat de qualification professionnelle inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

Le candidat doit remplir un dossier dans lequel il décrit les activités principales qu’il exerce ou a exercées, leurs contextes d’exercice et les ressources mobilisées. L’évaluation de ce dossier est suivie d’un entretien avec le jury. Le jury décide de valider tout ou partie du diplôme visé. En cas de validation partielle, des préconisations sont faites au candidat en vue d’obtenir la totalité du diplôme.

Tout le monde a droit à la reconnaissance de son expérience (salariés, non-salariés, demandeurs d’emploi indemnisés ou non, personnes ayant exercé des activités sociales, bénévoles, etc.) La seule condition requise est d’avoir exercé une activité d’une durée d’un an au minimum en rapport avec le contenu du diplôme visé.

Source Minesup

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