Ethiopie-Erythrée : le mariage de raison !

La reconnexion est consommée entre les «deux frères ennemis» de la corne de l’Afrique ! En réciprocité au séjour du Premier ministre éthiopien à Asmara (Erythrée), le président érythréen vient d’effectuer une visite officielle de trois jours à Addis-Abeba. Ce lundi 16 juillet, Issayas Afeworki conclut son voyage par la réouverture de l’ambassade érythréenne à Addis-Abeba. Ce réchauffement des relations, après plus de deux décennies de froid, est une bonne nouvelle pour deux économies en manque d’oxygène.

 

Aujourd’hui, l’économie éthiopienne souffre toujours de la perte de sa souveraineté maritime consécutive à l’indépendance de l’Erythrée. En effet, ses activités maritimes, à la fois commerciales et militaires, étaient devenues plus coûteuses. La dépendance envers le port de Djibouti s’est accrue au fur et à mesure que la dynamique économique se consolidait. La question maritime figure d’ailleurs parmi les projets prioritaires de reconnexion. Sans plus d’explication, on sait que les deux pays se dirigent vers un corridor commercial permettant à l’Ethiopie de se faire une embouchure sur la mer rouge à travers le territoire de l’Erythrée.

Autant cette mesure pourrait réduire les coûts et faciliter le transit pour Addis-Abeba, autant elle impactera significativement l’économie de l’Erythrée. Une économie dirigiste que soutiennent un secteur agricole très étroit et une industrie extractive crépusculaire. Le secteur agricole emploie 80% de la population active, mais la production est insuffisante pour subvenir aux besoins de toute la population. Pour alimenter les caisses de l’État, le pays compte sur le secteur minier. L’Érythrée produit de l’or, du cuivre et du zinc à Bisha. Mais ce site, qui fournit 40 % des revenus de l’État, devrait fermer dans trois ans. Avec des mines d’argent et de potasse, le secteur minier est le seul qui draine les investissements étrangers, particulièrement chinois.
Une autre valeur ajoutée du tournant diplomatique en cours entre Addis-Abeba et Asmara est la réaffectation des dépenses publiques érythréennes. Jusqu’ici, 25% du budget de l’Etat est consacré aux dépenses militaires. La nouvelle dynamique économie et la démilitarisation effective des frontières pourraient ainsi avoir un effet d’entrainement positif sur l’économie du pays.

Fragilités à gommer

Au milieu des accolades, des étreintes, du courage des déplacements historiques et des déclarations de bonnes intentions, il reste des inconnues et imprécisions sur la normalisation des relations entre les deux pays. Aucun agenda matérialisant la volonté affirmée de reconnexion n’est jusqu’ici proposé. De l’ensemble des projets évoqués, aucun n’a une date d’implémentation connue. Pis encore, aucun des dossiers fâcheux du contentieux historique n’a connu une inflexion déterminante. Il en est ainsi de la militarisation des frontières ou encore de l’occupation et de la fortification de la ville de Badme par l’Ethiopie. Une ville qui, selon la démarcation onusienne de la frontière, devrait revenir à l’Erythrée. Si l’Ethiopie a dit reconnaitre cette démarcation, il reste que le retrait des troupes militaires se fait toujours attendre.

De l’avis de Gérard Prunier, spécialiste de la Corne de l’Afrique et chercheur indépendant, le président Erythréen a conçu sa légitimité sur le conflit avec le voisin éthiopien. «Je suis le gendarme qui vous protège de l’agression éthiopienne», affirmait-il il y a quelques années. Il est devenu en outre un allié de premier plan des pays comme les Etats-Unis et les Emirats Arabe – Unis. Il y a à cet effet une interaction immédiate avec la péninsule arabique et la guerre du Yémen. Les avions qui bombardent le Yémen ne décollent pas seulement d’Arabie saoudite, mais aussi d’Erythrée. Des imbrications qui devraient également influencer le processus de réconciliation actuel.

Zacharie Roger Mbarga

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