Election présidentielle: Le coup de force de Paul Biya

L’élection présidentielle de cette année au Cameroun aura lieu le 07 octobre prochain. Et Paul Biya est candidat à sa succession, pour un autre bail de sept années à la tête du pays. Voilà la quintessence de l’actualité politique récente au Cameroun.

President of Cameroon Paul Biya and Chinese President Xi Jinping (not pictured) attend a signing ceremony at the Great Hall of the People in Beijing on March 22, 2018. / AFP PHOTO / POOL / Lintao Zhang

Le président sortant, âgé de 85 ans, cumule déjà 35 années de magistrature suprême. Un record inédit, qui n’apaise pas pour autant son appétit insatiable du pouvoir. L’octogénaire Biya est sans état d’âme dans sa quête de conservation du fauteuil présidentiel. Sourd aux conseils avisés des pays amis (en l’occurrence les Etats-Unis d’Amérique) à passer la main, Paul Biya dans un tweet vendredi dernier répond favorablement aux «appels» à briguer une fois de plus la magistrature suprême.

Une déclaration de candidature urbi et orbi, amplifiée fort opportunément par la visite officielle à Yaoundé du patron de la commission de l’Union africaine et le matraquage médiatique de la CRTV. Le média audiovisuel à capitaux publics, prenant fait et cause en faveur du président – candidat, au mépris des normes recommandées en période pré-électorale ou électorale, a naturellement mis sous le boisseau les violations de l’article 86 du code électoral par Paul Biya.

En effet, selon Jean Marc Bikoko de Dynamique Citoyenne (coalition des acteurs et des organisations de la société civile camerounaise), le président de la République n’a pas respecté les délais de la loi électorale sur la convocation du corps électoral pour les municipales et les législatives. «Il avait jusqu’au 21 juin 2018 pour les législatives et jusqu’au 27 juin 2018 pour les municipales. Il ne l’a pas fait, pour proroger les mandats plusieurs jours plus tard», dénonce Dynamique Citoyenne.

Jean Marc Bikoko poursuit la dénonciation: «Le président de la République justifie le report des législatives et des municipales par le chevauchement des élections. Or, seul le motif de «crise grave» est reconnu par la loi pour justifier l’ajournement des élections». Le réseau des organisations de la société civile suspecte également la priorité accordée à l’élection présidentielle par l’establishment. «Paul Biya veut être le seul à avoir la légitimité du suffrage.

Il préfère que les autres, notamment les magistrats municipaux, tiennent leur légitimité de lui». Calcul politique du prince qui remet au goût du jour l’éternelle revendication de publication (au moins un an à l’avance) du calendrier électoral du pays. Cette revendication et bien d’autres sont contenues dans le code électoral alternatif proposé depuis janvier 2017 aux autorités camerounaises par la société civile.

Selon des sources crédibles, d’autres propositions de réforme du code électoral, respectivement formulées par Elections Cameroon (Elecam) et le ministère de l’administration territoriale, dorment depuis plusieurs années dans des tiroirs et placards de la présidence de la République. Paul Biya, attendu pour adresser la problématique de la réforme du système électoral camerounais, n’a pas levé le petit doigt.

Il opte d’organiser l’élection présidentielle d’octobre prochain avec le système électoral ô combien décrié par toutes les parties prenantes, et qualifié par Dynamique Citoyenne de «machine de fabrication des victoires du parti au pouvoir». Vous avez dit verrouillage électoral !

Universalité du suffrage

Comment le scrutin du 07 octobre prochain va-t-il se dérouler dans les régions anglophones du pays, en proie à une crise sécuritaire sans précédent ? La question est sur toutes les bouches au vu du durcissement des revendications séparatistes et des affrontements armés grandissants sur le terrain. «L’universalité du suffrage ne sera pas respectée sur l’ensemble du territoire, précisément dans le Sud-ouest et le Nord-ouest du pays», prédit d’emblée Dynamique Citoyenne.

L’élu du 07 octobre prochain sera-t-il auréolé de toute la légalité et de toute la légitimité pour diriger le pays ? A l’observation, les standards internationaux pour «une élection libre, crédible et transparente» seront mis à mal le 07 octobre prochain au Cameroun. Paul Biya le sait certainement. Mais, il choisit le passage en force. Comme il l’a fait dans son parti politique, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).

Où l’investiture classique du champion à l’élection présidentielle n’a pas eu lieu. Le président national du RDPC a royalement snobé sa machine électorale dans le processus de préparation et déclaration de sa candidature à la présidentielle d’octobre prochain. Paul Biya a opté pour le «cavalier seul», qui ne lésine sur aucun moyen pour conserver le strapontin présidentiel. Les méthodes d’un autre âge. Son âge.

Thierry Ndong Owona

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