Dr Oumarou Gnigninanjouena : «On a des raisons d’être optimistes»

Le médecin, en service au Centre de coordination des opérations d’urgence de santé publique à Yaoundé, fait des projections sur le devenir des hôpitaux de campagne au Cameroun.

À ce stade de la gestion de la pandémie du coronavirus, comment jugez-vous la capacité d’accueil des malades du Covid-19 dans les centres agréés du pays?
La capacité d’accueil dans les centres qui ont été agréés est acceptable. Au vu du taux d’occupation des lits, nous pensons qu’il n’y a pas encore saturation et que cette capacité d’accueil peut encore, pour le moment, répondre aux besoins. Et avec l’ouverture d’autres centres de traitement dans toutes les régions, je pense qu’en termes de préparation, même si on n’est pas encore optimal, on peut faire face à un éventuel afflux des patients.

Le Cameroun compte à ce jour 11 281 cas positifs, mais certains hôpitaux de campagne n’ont toujours pas accueilli de malades, notamment celui du stade militaire de Yaoundé. Nous vous posons la question qui a constitué la une de la dernière édition de notre journal: sont-ils des éléphants blancs?
Pour ce qui est d’Orca, il a ouvert depuis une semaine et reçoit déjà des malades. Il est donc fonctionnel. Dire que l’hôpital de campagne logé au stade militaire est un «éléphant blanc», je ne pense pas. Le Ministère de la Santé a investi beaucoup de moyens, et toutes les infrastructures sont déjà sur place, que ce soit les lits, les équipements pour la prise en charge… Tout est sur place. Il y a juste quelques petits réajustements à faire en termes d’assainissement.

Avant d’accueillir des patients dans un site comme celui-là, il faut se rassurer que les toilettes et la gestion des déchets sont conformes aux normes. Je pense donc que le site du stade militaire n’est pas un éléphant blanc. Il y a des dispositions qui sont prises en ce moment dans le sens de la prévention et du contrôle des infections, pour que l’hôpital ne devienne pas lui-même un centre de dissémination du virus. C’est sur cet aspect que le ministre de la Santé travaille en ce moment. Sur les autres plans, toutes les prévisions ont été faites, les ressources humaines sont disponibles, les formations sont en cours, les équipements sont là.

Pensez-vous qu’il faudrait élargir la capacité nationale d’accueil des malades du coronavirus, en prévision d’une croissance exponentielle du nombre de contaminés?
L’État du Cameroun a opté pour la décentralisation et c’est tout à fait normal. Nous sommes à une phase où l’épidémie est en train d’évoluer de manière exponentielle et on ne peut pas prédire ce qui va se passer. Ce que nous conseille le règlement sanitaire international (RSI), c’est de se préparer. Ça veut dire que si on a des moyens pour ouvrir dans toutes les régions des centres de prise en charge, nous devons le faire. Il faut donc continuer à aménager les sites prévus dans toutes les régions.

Y a-t-il matière à être optimiste, au vu de la forte pression qui s’est abattue sur le corps médical camerounais, engagé sur plusieurs fronts sanitaires?
Après évaluation, le ministre de la Santé publique a mis en place une nouvelle stratégie baptisée Track, Testing and Treat. Track: détecter précocement tous les cas. Test: multiplier les capacités des laboratoires pour le diagnostic précoce. Treat: assurer la prise en charge clinique et psychologique de tous les cas. Avec cette stratégie, nous voulons contrôler la Covid 19 au Cameroun. On a des raisons d’être optimistes que le pays pourra vaincre cette épidémie.

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