Dr Arnaud-Jorest Ngaba : «Aller faire des sacrifices au cimetière, quel gâchis !»

Le psychologue interprète les pratiques magico-culturelles dans les nécropoles comme l’expression de «la peur de perdre».

Comment expliquez-vous la ruée des gens vers les cimetières ?
Vous m’amenez là à m’étendre sur les mécanismes intrapsychiques qui agissent en l’individu désireux d’atteindre un but à tout prix, et de son choix de la meilleure façon de canaliser sa détresse ou son chagrin. Brièvement dit, les données psychologiques en la matière, ainsi que leurs analyses sont avant tout restées centrées sur les morts et sur ce que ces derniers font faire aux vivants. Sur la base de cela, j’estime que les pratiques occultes culturelles qui ont cours dans nos cimetières ne doivent pas être saisies comme une unité d’analyse indépendante ni comme un système de rituels ordonné et clos sur lui-même. Ces pratiques doivent, au contraire, être comprises en fonction des chroniques sociales et interpersonnelles à côté desquelles elles viennent s’inscrire.

Les façons d’exprimer un désir et de percevoir soi-même les affects conditionnent la mise en place d’un dispositif rituel. En d’autres termes, l’interprétation faite par les différents acteurs de la souffrance oblige à se comporter de cette manière, plus ou moins conforme, plus ou moins convenue ; à suivre, adapter, négocier ou inventer des pratiques rituelles. Plus simplement, si les gens vont dans les cimetières, il faut s’interroger sur leurs postures quand un avantage tend à les échapper. Et généralement, c’est l’enchaînement des réactions psychiques à la peur de perdre qui structure la ruée des esprits mal préparés vers les cimetières. Et parmi eux, il y en a qui ont peur d’être limogés ; d’autres ont peur de ne pas être promus ; d’autres encore veulent avoir le contrôle sur tout…

Doit-on comprendre qu’il est inutile de s’y rendre pour exposer ses désirs ?
Absolument ! Je vous ai dit que les réactions humaines par rapport à la peur de perdre sont fédérées dans une approche qui met globalement en avant la nécessité de préserver le lien d’attachement à l’objet par une reconstruction du sens de cet objet. Aller faire des sacrifices au cimetière, quel gâchis ! C’est dans la tête que tout se joue. N’a-t-on pas vu des sportifs perdre un match après avoir passé la nuit au cimetière ? Bien plus, celui qui prétend vous aider, en a-t-il la capacité ? C’est dire combien les incantations et bien d’autres pratiques dans les cimetières constituent un gros bluff.

Jean René Meva’a Amougou 

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