Dr Antoine Tchoubia: «La vente illicite des médicaments vétérinaires est une réalité au Cameroun»

A Yaoundé, le 11 mai 2018, des discussions de haut niveau portant sur la santé publique animale ont eu lieu sous l’égide de la Cellule d’appui à l’ordonnateur national du Fonds européen de développement (Caon-Fed) et du ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales du Cameroun. L’occasion a permis au président de l’Ordre national des vétérinaires du Cameroun de se prononcer sur la question de la réglementation du marché du médicament vétérinaire.

Tout au long de vos discussions avec les officiels de la santé animale de l’Union européenne et du ministère en charge de ce secteur, vous insistiez sur le problème de la disponibilité du médicament vétérinaire au Cameroun. Ce problème, comment le déclinez-vous concrètement ?

Une solution au problème de la disponibilité des médicaments vétérinaires ne pourra être trouvée que si un dispositif cohérent est mis en place prenant en compte les différents aspects du problème, à savoir réglementaire, scientifique, économique. Il s’agit d’un ensemble qui, de du point de vue de l’ONMVC met à mal le marché. Il n’y a pas un cadre législatif actualisé régissant les médicaments vétérinaires et les aliments médicamenteux pour animaux, adaptés aux spécificités du secteur de la santé animale.

A ce jour, comment se présente le marché du médicament vétérinaire au Cameroun ?

Ce marché est divisé en deux secteurs à savoir: un circuit officiel dit formel et un circuit parallèle dit informel. Le volume de vente des médicaments vétérinaires présente une variation en fonction des zones et espèces animales. Cependant, le marché du médicament vétérinaire au Cameroun est lourdement entravé par la présence de marchés parallèles.

C’est un sujet de fortes préoccupations tant pour les pouvoirs publics que pour les entreprises. Au Cameroun, le marché des médicaments vétérinaires est estimé à environ 20 milliards de FCFA. Selon nos enquêtes, les opérateurs officiellement reconnus couvrent à peine la moitié de ce chiffre d’affaire montrant ainsi l’importance du marché parallèle des médicaments vétérinaires le plus souvent tenu par les non professionnels.

Comment s’approvisionne le marché dit parallèle ?

Tout comme les autres pays au Sud du Sahara, la vente illicite des médicaments vétérinaires est une réalité au Cameroun. En effet, les études menées révèlent l’existence de marchés parallèles de installés au Nigéria, en Egypte, en Inde, au Soudan, au Pakistan et en Chine. L’entrée de ces médicaments dans le pays est en général frauduleuse, elle est effectuée par des réseaux de contrebandes.

C’est un trafic très lucratif qui rapporte autant que le trafic de drogue alors que les risques pénaux encourus sont très faibles. Il y a aussi que le marché parallèle mobilise les médicaments vétérinaires issus des laboratoires dont les coûts de production sont moins élevés, notamment les laboratoires

Que faut-il faire ?
Aux pouvoirs publics et à toute la communauté sanitaire, nous recommandons : l’élaboration et l’application des textes portant réglementation de la pharmacie vétérinaire complétant la loi n°2000/018 du 19 décembre 2000 relative à la pharmacie vétérinaire au Cameroun ; la fermeture des points de vente de médicaments vétérinaires détenus par des non-professionnels notamment des commerçants, des vendeurs d’aliments de bétail, des provendiers ; l’établissement d’une étroite collaboration avec les institutions étatiques concernées tels que les ministères du commerce et de la santé, les services de la police et de la douane pour établir une réglementation assurant une lisibilité de tous les acteurs intervenants dans la chaîne de distribution et de dispensation du médicament vétérinaire ; la création d’un laboratoire de contrôle de la qualité des médicaments vétérinaires au Cameroun pour contrôler la qualité des médicaments vétérinaires entrant dans le pays.

Propos recueillis par Jean-René Meva’a Amougou

 

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