Double scrutin législatif et municipal du 9 février 2020 au Cameroun : déclaration préliminaire du 10 février 2020

Un travail énorme pour le gouvernement et  la classe politique camerounaise

 

Le double scrutin législatif et municipal du dimanche 9 février 2020 au Cameroun s’est déroulé dans une ambiance globalement calme.  Les policiers et soldats déployés sur l’étendue du territoire national et dans quasiment toutes les circonscriptions électorales voire l’ensemble des bureaux de vote ont ainsi assuré une sécurité optimale et dissuadé les potentiels fauteurs de troubles. Quelle que soit l’issue des deux scrutins et des débats qui en suivront, la victoire du parti au pouvoir sera sans appel, annonçant des sons de cloche qu’il faudra bien décrypter du coté des partis d’opposition.

Accréditée par le Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT), Dynamique Mondiale a déployé une soixantaine de jeunes observateurs dans les 7 Communes du Mfoundi, à Soa et à Maroua 3e, associés aux membres de ses équipes opérationnelles de l’Adamaoua et de l’Extrême Nord, pour une observation citoyenne qui consiste davantage en une stratégie d’engagement des jeunes dans le monitoring des processus électoraux et la participation raisonnée au suivi des affaires publiques locales à l’effet d’accroitre la redevabilité des élus locaux. L’observation qui a commencé avec l’investiture des candidats par les partis politiques et s’est étendue jusqu’au dépouillement des bulletins de vote à la clôture du scrutin, va se poursuivre durablement pour que les élus qui en sortiront accomplissement fidèlement leur mission dans l’intérêt des populations en général et des jeunes en particulier.

Dans le cadre de cette activité, la campagne électorale a été couverte y compris à travers les médias, ainsi que quelques 1 260 bureaux de vote le jour du scrutin. En avance de la centralisation des données recueillies pour la production d’un rapport final plus exhaustif de l’observation électorale,  Dynamique Mondiale des Jeunes livre la présente déclaration pour indiquer sa perception des phases pré électorale et du jour du scrutin. Son contenu repose essentiellement sur les données de l’observation participative et directe de la campagne et du scrutin.

  1. Constatations et observations

– Le double scrutin municipal et législatif du 9 février 2020 se tient dans un contexte politique marqué par un retour des attaques sporadiques de Boko Haram dans la Région de l’Extrême Nord, et une croissance des homicides et de nouveaux déplacements involontaires dans les régions du Nord Ouest et du Sud Ouest sous la menace des séparatistes depuis trois années.  Malgré les reports consécutifs de ces élections, la classe politique ne s’est pas accordée sur les modalités et les règles de leur organisation, entrainant le boycott de certains partis politiques parmi lesquels le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) dont le candidat est sorti deuxième à l’élection présidentielle d’octobre 2018.

– Un faible nombre de partis politiques s’est engagé à investir des candidats tant pour les législatives que pour les municipales, laissant ainsi un libre champ au Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), seul capable jusqu’à présent de présenter dans listes dans toutes les circonscriptions électorales.

– A quelques différences prêtes, cas du Social Democratic Front (SDF) qui a fait ressortir les propositions de lois que le parti portera à l’Assemblée Nationale, les offres politiques n’étaient pas perceptibles.

– La liste des partis politiques en lice pour l’une et l’autre élection est restée méconnue jusqu’à quelques jours des élections tandis que les bureaux de vote et les listes des électeurs ont été rendus disponibles soit dans la nuit, soit le jour du scrutin.

– Il faut néanmoins relever les efforts consentis par ELECAM qui a envoyé des messages téléphoniques (SMS) pour donner des orientations aux électeurs sur leur bureau de vote.

– La campagne électorale s’est déroulé dans une timidité inhabituelle, drainant moins de foule dans les artères des principales villes du pays. Au delà de ce climat, l’omniprésence des affiches publicitaires du RDPC a noyé celles des partis concurrents.

– Des partis politiques ont mis en avant sur des supports visuels, l’effigie de leur Président qu’il ait été candidat ou pas.

– Des bureaux de vote ont été délocalisés sans aucune information préalables des électeurs peu avertis qui se sont mis à fouiller leur lieu de vote dans tous les sens. cas du bureau de vote Ecole de Police II – G à Yaoundé.

– D’importants stocks de cartes d’électeurs sont encore disponibles auprès des antennes locales d’Elecam qui les ont transportées dans les bureaux de vote dans l’espoir de les restituer aux impétrants. Parallèlement, de nombreux électeurs se sont présentés devant des bureaux de vote sans cartes y compris cartes d’identité.

– Certains bureaux de vote donnent l’impression de cachots (cas des deux bureaux de la Fecafoot à Tsinga) tant leur accès est méandreux. D’autres sont situés à des étages sans aménagement des facilités d’accès pour des personnes âgées et à handicap (Institut Supérieur de Matamfem)

– Absence des représentants des partis politiques de l’opposition en lice dans de nombreux bureaux de vote. Dans les 9 bureaux de vote de l’Ecole catholique Sacré coeur de Mokolo, à peine les représentants de trois partis politiques sur les 7 en compétition étaient présents)

– Des électeurs se permettent d’arriver en grand nombre en soirée du dans les bureaux de vote, ce qui suscite  des incompréhensions s’agissant de la clôture et de la fermeture du bureau de vote et favoriser des pratiques de fraudes.

– Le taux de participation à ces élections est assez faible

 

  1. Des cas de bonnes pratiques sont à relever

– Elecam a fait un effort d’indiquer l’essentiel des bureaux de vote à travers des auto collants postés sur les portes

– A l’initiative de certains membres des bureaux de vote ou des électeurs, un pointage systématique s’est fait sur les noms de chaque électeurs repéré avant qu’il entre dans son bureau de vote pour exercer son droit de vote.

– Les responsables de certains bureaux de vote ont matérialisé au sol l’itinéraire à suivre par l’électeur à son entrée dans le bureau de vote.

– Elecam a constitué des équipes d’interprètes et traducteurs de signes et langues pour accueillir et orienter les électeurs (Lycée de Tsinga et Ecole maternelle des sources)

– Des personnes à handicap physique ont été désignées comme présidents de bureaux de vote (Lycée de Tsinga)

– Les bulletins de vote en braille sont produits et mis à la disposition des bureau de vote à la demande; même si on leur les a retrouvés disposés que quelques bureaux de vote seulement (un bureau de vote sur les 14 de l’école primaire des sources).

  1. Des cas pour le moins insolites

Un électeur qui est allé dans l’isoloir, est sorti pour s’en aller, puisqu’il avait pris soin de mettre dans ses poches bulletins et enveloppes reçues des membres du bureau de vote. C’est lorsqu’il a été rappelé qu’il est retourné voter comme il se doit.

Une situation apparentée a de la fraude a été enregistrée dans deux bureaux de vote. A l’école des sources, un représentant de l’administration a détourné l’attention des autres membres du bureau de vote pour introduire des bulletins du RDPC dans les enveloppes qui seront par la suite remises aux électeurs.

Une dame est sortie de l’isoloir avec trois enveloppes contenant des bulletins et a forcé pour toutes les introduire dans l’urne (Ecoles Primaires Ekoudou 3-C), ce qui a eu pour conséquence un nombre d’enveloppes supérieur au nombre d’électeur ayant voté dans ce bureau de vote.

Au terme du dépouillement et décompte des bulletins de vote, on a vu des représentants de partis politique voulant partir sans signer les PV, ni avoir leur copie. C’est avec insistance que ces dernières ont compris la nécessité d’attendre que toutes les opérations se terminent.

A l’Ecole publique de Messa, des électeurs ont refusé de voter dans un bureau de vote en raison de l’absence de leur parti en lice pour les municipales, créant ainsi pour le  même bureau de vote des chiffres différents d’électeurs ayant voté respectivement pour les législatives et les municipales. La police sur place est rapidement intervenu pour éviter de graves incidents.

 

Conclusion et recommandations

L’engouement politique que l’on avait cru observer au lendemain de l’élection présidentielle d’Octobre 2018 s’est évanoui, certainement avec le mot d’ordre de boycott des présentes élections municipales et législatives. A cet effet, les membres des bureaux de vote n’ont pas eu assez de travail en matière d’accueil, d’orientation et de dépouillement et décompte des voix. L’issue des élections sera lourdes de conséquences. La redistribution des cartes politiques présentera une configuration monopartite en vertu de la razzia qui s’annonce du coté du RDPC. Cette situation suggère de notre point de vue,

– l’urgence d’un dialogue entre les principales forces politiques pour décider de l’avenir de ce pays…afin de le libérer car il est devenu l’otage des hommes politiques qui s’étripent sans que le peuple ne comprenne le sens de leur lutte, ni ne profite des fruits;

– un travail de proximité de tous les partis politiques pour restaurer le gout à la chose politique; un tel travail pour être réussi va nécessiter que les élus de la présente cuvée de Députés et de Conseiller municipaux se montrent véritablement proches des populations;

– une amélioration de l’organisation matérielle des élections afin que les faiblesses actuelles liées à la communication tardive des candidatures, des listes et bureaux de vote soient résorbées;

– un renforcement des cadres de culture politique des populations y compris à travers les médias en vu de la vulgarisation du droit et des pratiques électorales.

Dupleix Kuenzob

Secrétaire Exécutif

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