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Données statistiques: l’autre dépendance de l’Afrique !

De toutes les dépendances des pays africains envers leurs partenaires extérieurs, les statistiques à elles seules incarnent le serment d’allégeance du continent à l’Occident.

Les financements, la technologie (et très souvent), la méthode de collecte et d’interprétation sont occidentaux. L’infrastructure statistique africaine souffre ainsi du clash des priorités conflictuelles: production des instituts dépendants d’un ordre politique, adoption des méthodologies et réalités occidentales, instituts et enquêtes financés par certaines organisations non africaines. Ce qui donne généralement lieu à des données peu fiables, incapables d’inspirer des politiques économiques, sociales et culturelles. La situation conduit à une remise en cause de la statistique en Afrique et à l’émergence de nouveaux acteurs. Mais l’Afrique ne se porte toujours pas mieux.

L’aide publique au développement
Avec le passage des plans d’ajustement structurel, l’Afrique a perdu sa souveraineté statistique. Les instituts nationaux de statistiques ont sombré dans la vétusté. Ils ont perdu leurs moyens humains et financiers. Comment espérer une gouvernance éclairée ? C’est autour des années 2000 que l’aide publique au développement a apporté du réconfort. Depuis lors, rien n’a bougé. La Banque mondiale et les agences de développement en ont fait leur domaine réservé.

Ces bailleurs de fonds à la notoriété et la compétence discutables laissent peu de doute. Ils produisent parfois un effet déstructurant dans ce domaine. Face à la singularité des sociétés africaines, les partenaires réussissent très peu à adapter une méthodologie de collecte de données. L’Afrique a son propre rythme et ses motivations de reproduction, ses facteurs et ses structures de dynamisation économique. Les théories explicatives enseignées dans les plus grandes universités n’ont pas pris en compte ces dynamiques africaines. Ce qui, somme toute, pose le problème de la qualité des données et de leur capacité à nourrir les politiques publiques inclusives et transformatrices. Voilà pourquoi il est difficile de suivre les indicateurs des OMD et des ODD en Afrique. Voilà pourquoi, il est difficile d’évaluer l’Afrique sur l’atteinte ou non de ces agendas planétaires du développement.

Le nouvel acteur de la statistique
Dans ce contexte d’insatisfaction, le monopole de l’infrastructure statistique en Afrique est attaqué. Ceci est dû à l’indisponibilité, de la désuétude ou parfois du caractère invraisemblable des statistiques publiques démographiques, commerciales et financières. Cette contestation plus indirecte, mais tout aussi déstabilisante est une voie royale à la prolifération des bases de données dans les domaines les plus divers.
Les nouvelles statistiques produites hors de la sphère publique nationale s’étendent maintenant à des enquêtes auprès des ménages ou des entreprises, périmètre autrefois réservé aux instituts nationaux de la statistique. Ces privés nous bousculent à l’aide de protocoles d’enquêtes, sondages d’opinion, demandes d’informations jusque dans les réseaux sociaux. Le big data pourrait être le dernier avatar de ce mouvement de marginalisation et de privatisation partielle de la statistique publique.

Cette déstabilisation de la statistique publique en Afrique depuis le Nord (qu’elle soit vécue comme une attaque en règle contre la crédibilité des instituts de statistique africains, ou considérée comme une conquête progressive de parts du marché florissant de l’information statistique) permet tout simplement de résoudre une communauté d’intérêts (opérateurs économiques, médias, universitaires, États). Toutefois, l’Afrique demeure toujours subordonnée à des évolutions exogènes.

Zacharie Roger Mbarga

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