Diplomatie : avalanche de frissons à Yaoundé

Ces derniers temps, d’aucuns seraient en train de se féliciter de voir Lejeune Mbella Mbella et René Emmanuel Sadi transformer leurs ministères respectifs en décorum d’une diplomatie de plus en plus active au Cameroun.

Confrontés à la tonalité critique de l’actualité dans le pays, le Minrex et le Mincom se ressourcent dans l’ingénierie diplomatique pour des ajustements de circonstance. Le 7 février dernier par exemple, René Emmanuel Sadi a reçu en audience l’ambassadeur des États-Unis au Cameroun. Au terme de la rencontre avec Peter Henry Barlerin, tout est resté cambré dans la domestication des informations relatives à la suspension de l’aide américaine.

Sur le coup, les propos du plénipotentiaire du pays de l’Oncle Sam ancrent une posture diplomatique construite depuis des mois par Washington, vis-à-vis de Yaoundé. «En procédant à un décryptage des différents ressorts langagiers de l’hôte de René Emmanuel Sadi sur le sujet, l’on constate qu’il a juste usé de deux choses : des formules nobles et un serment vibrant qui n’ont pas démenti le froid entre les deux parties. Tout ça, c’est pour servir d’antidote au harcèlement médiatique», affirme Marc-Robert Kankeu. De l’avis de ce ministre plénipotentiaire à la retraite, le maillage linguistique de Peter Henry Barlerin inaugure moins une ère de la franchise et du parler-vrai. «Il y a une vérité connue et qui donne des frissons», conclut-il.

Lignes de crête
Quelques jours auparavant (le 4 février 2019), le successeur d’Issa Tchiroma Bakary a choisi d’affronter le vent gonflé par la colère de l’ambassade d’Israël au Cameroun. Avant que ne s’élargissent les failles d’une éventuelle tectonique diplomatique avec le peuple juif, le membre du gouvernement a présenté les excuses officielles de Yaoundé, au lendemain des déclarations controversées de Jean de Dieu Momo (ministre délégué à la Justice) sur les antennes de la télévision nationale camerounaise (CRTV).

«Sur le plan diplomatique, soutient François Minyem, tout laisse à croire qu’au cœur de cette affaire tout est à prendre tel que présenté aux médias. Mais aux marges du communiqué, le gouvernement frissonne». L’internationaliste va plus loin: «Le Mincom a juste redit une doxa dont il est tout autant le produit que le messager. Mais il est évident qu’on tremble. Vu sous cet angle, Yaoundé se cherche une double ligne de crête. La première : diluer la peur qu’il ne soit plus soutenu par ses alliés occidentaux, suite au choix porté sur les puissances asiatiques en début d’année. En ce sens, Paris et Berlin pourraient être soupçonnées de laisser-faire, eu égard au saccage des ambassades camerounaises dans ces villes. La seconde : réinvestir de sa capacité à maîtriser le cours des événements».

Jean-René Meva’a Amougou

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