Dévaluation du FCFA : La BEAC répond à la BEAC

Dans un communiqué de presse, le gouverneur de la banque centrale des pays de la Cemac remet en cause la menace de dévaluation élaborée par ses équipes dans le rapport de politique monétaire publié par l’institution qu’il dirige.

Le gouverneur de la BEAC, Abbas Mahamat Tolli

Serait-ce un grand monologue de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur la place publique? Dans un communiqué publié le 12 mai dernier, l’institution sous-régionale tente de repeindre son rapport de politique monétaire, édition de mars 2020. Ledit document est l’œuvre des experts de la banque centrale et disponible depuis le mois d’avril sur le site internet de la BEAC. Au passage, le gouverneur Abbas Mahamat Tolli pointe un doigt accusateur sur des médias qui, selon lui, diffusent des «informations(…) laissant croire à une possible dévaluation du Franc CFA». Une belle esquive qui nous permet de plonger davantage dans les écrits de l’institution sous-régionale en charge de la politique monétaire des 6 pays de la CEMAC.

Désaveu
La BEAC a été la première à tirer la sonnette d’alarme sur le risque de dévaluation. La banque centrale a fait des projections pour prédire un scénario de crise de grande ampleur ayant des répercussions sévères sur les économies des pays de la CEMAC. Ainsi, à la page 47 de l’édition de mars 2020 du rapport de politique monétaire publiée en avril 2020, elle alerte qu’en cas de propagation rapide du Covid-19, «le taux de couverture extérieure de la monnaie reviendrait de 71,6% projeté dans le scénario de base initial à 52,7% dans le scénario pessimiste. Une telle évolution se traduirait par une réelle menace pour la stabilité extérieure de la monnaie, soulignant ainsi le fait qu’en l’absence d’ajustement budgétaire et de mobilisation conséquentes des financements extérieurs, la BEAC serait de nouveau soumise aux mêmes risques sur la parité de sa monnaie qu’en fin 2016».

La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) est d’autant plus dans une situation inconfortable, car elle est limitée dans l’appui aux États à faire face à cette situation qui se rapproche davantage. Au bas de la page 47, elle avoue ainsi que ses «marges de manœuvre, en matière de soutien à l’économie par des injections massives de liquidité, sont limitées par le niveau encore insatisfaisant de ses avoirs de réserve (3,27 mois d’importations de biens et services en fin 2019), qui devrait par ailleurs se réduire du fait des pressions qui seraient exercées sur la position extérieure».

Approximations
Le communiqué du gouverneur est d’une gênante étrangeté. Dans sa volonté de rassurer l’opinion (investisseurs et quidams), la BEAC se laisse à contrario aller à des imprécisions curieuses sur la solidité des réserves de change de la communauté. Elle indique qu’en date du 10 mai 2020, les réserves de change représentent «près de 5 mois d’importation de biens et services pour un taux de couverture extérieure de 74,16%».

En avril 2020, la BEAC indique souverainement à la page 47 de son rapport de politique monétaire qu’au 31 décembre 2019, ses avoirs de réserve s’élevaient à «3,27 mois d’importations de biens et services».
Au 10 mai, les économies de la CEMAC ont traversé 4 mois d’activité et 9 jours.

Durant cette période, les pays de la CEMAC ont subi des mesures restrictives de lutte contre la propagation du coronavirus, et ce, pendant 54 à 60 jours. Il serait intéressant de connaitre la marge d’évolution des réserves de change sur ces premiers mois de l’année 2020. Rappelons juste qu’en 3 ans (fin 2016-fin 2019), elles sont passées de 2,2 à 3,27 mois. Soit une moyenne d’évolution de 0,35 mois par an.

Dans une note d’analyse publiée le 28 avril 2020 et intitulée «Fitch Ratings: Oil Price Slump Raises Pressure on CEMAC’s Currency Peg», l’agence de notation internationale Fitch Ratings situe le niveau de réserve de change des pays de la CEMAC à 3,5 mois en fin février.

Il est une constante, les réserves de change n’ont pas atteint le niveau requis fixé à 5 mois d’importation de biens et services. D’où l’expression «niveau encore insatisfaisant» contenue dans le rapport de politique monétaire de mars 2020.

La dévaluation ne sera peut-être pas l’issue d’une crise de grande ampleur due à la Covid-19. Depuis 2016, les chefs d’État de la CEMAC ont toujours préféré l’ajustement budgétaire à l’ajustement monétaire. Et la modification de la parité Franc CFA-Euro relève de leur compétence exclusive.

Toutefois, la BEAC en premier, les agences de notations et les experts indiquent que tous les indicateurs d’un risque de dévaluation s’alignent progressivement.

Bobo Ousmanou

 

Les partenaires comme bouée de sauvetage

La protection contre l’érosion des réserves extérieures, la crise de l’endettement et les tensions socioéconomiques repose les pays de la Cemac sur la solidarité des États amis et l’appui des institutions financières régionales et internationales.

Les démarches auprès des partenaires durent depuis le 30 mars 2020. Pour résister le mieux possible à la tempête du coronavirus, les États membres de la CEMAC sont contraints à la dépendance envers le soutien des partenaires. Ces derniers vont lui octroyer des appuis budgétaires pour assurer ses missions socioéconomiques régaliennes (santé, éducation, protection de l’emploi, fourniture d’eau et de l’électricité) favorisant le maintien de la quiétude sociale… C’est le cas de la Banque africaine de développement (BAD), de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI).

Le concours des partenaires va également consister à baisser la pression de la dette. Certains partenaires bilatéraux et multilatéraux vont reporter les délais de remboursement de la dette. C’est le cas des pays du G20 (France, Allemagne, États-Unis d’Amérique…). Enfin, pour éviter que les États ne puisent de manière intempestive dans les réserves monétaires, les institutions financières internationales (Banque mondiale) ont été invitées à contribuer à la restauration de la viabilité budgétaire en dépassant le plafond des appuis budgétaires.

La dernière négociation en date est la réunion tripartite du 30 avril 2020 à laquelle prenaient part les États membres de la CEMAC, les institutions sous-régionales de la CEMAC et les institutions de Bretton Woods (FMI-Banque mondiale). Dans son mot d’ouverture, le président en exercice du comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale, le ministre tchadien des Finances, Tahir Hamid Nguilin, a présenté les enjeux.

Il indique qu’«une récession de 8% en 2020 est à craindre au regard de la baisse significative des recettes budgétaires, des investissements et des échanges commerciaux. Les positions budgétaires déjà fragiles se détérioreraient à un moment où il est impératif de renforcer les systèmes de santé et de soutenir les ménages et les entreprises vulnérables». Sur le plan monétaire, les risques de dépression économique (voir tableau) et d’instabilité financière suscités par le Covid-19 menacent la stabilité externe de la monnaie commune à la sous-région.

Aussi sollicite-t-il, au nom des États de la CEMAC, le «relèvement des appuis budgétaires dans le cadre des programmes existants, et la définition de nouveaux objectifs postpandémiques visant à renforcer la résilience de nos économies face aux vulnérabilités extérieures, de sorte à éviter que la crise sanitaire actuelle ne dégénère en crise financière».

Seules «ces politiques de stabilisation vigoureuses et une aide internationale rapide et suffisante» peuvent épargner les pays de la CEMAC de la dilacération.

Bobo Ousmanou

Covid Organics

L’Union africaine refuse la révolution!

Ramant à contrecourant de la dynamique africaine, l’organisation continentale entretient la méfiance envers la solution malgache à base d’Artemisia.

L’Union africaine (UA) a finalement interrompu son omerta sur le Covid Organics, le remède malgache contre le coronavirus issu de la pharmacopée traditionnelle. Le 4 mai 2020, le service de communication de l’UA a indiqué que la commissaire aux affaires sociales avait convenu d’une réunion de travail avec le chargé d’affaires de la République de Madagascar.

Cette issue renforce davantage la curiosité sur la gestion de ce dossier par l’organisation continentale. En effet, le 29 avril 2020, lors de la rencontre en visioconférence à laquelle prenaient part les chefs d’État membres du bureau de l’UA et les chefs d’État présidents en exercice des communautés économiques régionales, le président malgache avait présenté le produit.

Mieux, en sa qualité de leader du Common Market of East and Southern Africa (Comesa), il a annoncé que son pays en ferait don aux pays africains demandeurs. Il déclare que «le Covid Organics s’est avéré plus efficace et surtout moins invasif pour l’organisme que le traitement à base de Chloroquine. L’état de santé des malades malgaches du Covid-19 ayant volontairement accepté de tester le traitement a montré une nette amélioration au bout de sept jours, et un total de rétablissement voire même de guérison au bout de 10 jours».

Puis, il a interpelé ses homologues: «Messieurs les présidents, aujourd’hui nous avons entre nos mains une solution simple, naturelle et efficace pour nous aider à vaincre cette pandémie. Notre impératif à tous est le même: préserver et sauver la vie en danger sur le continent. Il est temps de coordonner nos actions; c’est l’heure de la solidarité africaine. Nous pouvons faire la différence dans la lutte mondiale contre ce coronavirus. Madagascar est prêt à collaborer avec ses frères et sœurs africains».

Au terme de cette présentation, le président malien, Ibrahim Boubakar Keïta a demandé à ce que le centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) de l’UA et Madagascar travaillent ensemble pour que le continent africain soit «celui de la renaissance». Le président tchadien Idriss Déby a invité ses homologues à «plus d’unité et de solidarité», avant d’indiquer: «nous devons d’abord compter sur nous-mêmes».

Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, affichera un soutien marqué à travers ces mots: «la médecine traditionnelle et certaines plantes qu’on peut trouver en Afrique peuvent révolutionner en apportant une solution au monde».

Le communiqué final de ladite rencontre ne fera pourtant pas cas de l’ensemble de ces échanges.
Autre élément d’accroche, les recherches sur ce médicament sont menées par des scientifiques de l’Institut malgache de recherches appliquées (IMRA), un centre de recherche médicale et pharmaceutique doté du statut de centre régional de recherche par l’Union africaine. Il a travaillé avec l’appui du Centre national de recherche en pharmacologie.

Accompagnement
Africa CDC, dirigée par John Kengasong, estime que la stratégie africaine de lutte contre le Covid-19 requiert 420 millions dollars US. Près de 100 millions dollars ont déjà été mobilisés. Ces fonds pourraient servir à approfondir la recherche sur le médicament; acquérir les droits de propriété intellectuelle; multiplier le médicament en quantité industrielle pour l’ensemble du continent. Transmis à l’Organisation mondiale de la santé, le produit africain serait une révolution!

Tests rapides contre le Covid 19 : l’alerte …

Selon un article publié par le New York Times, des milliers de Kits de tests rapides de dépistage du nouveau coronavirus livrés par des entreprises chinoises à des pays comme la Grande Bretagne et l’Espagne ont démontrés à peine 30% de fiabilité. Le Cameroun comme d’autres pays africains courent le risque d’être la destination future de ces kits décriés ailleurs.

Au moment où le Cameroun et d’autres pays africains s’activent dans le marché mondial pour l’acquisition des kits de dépistages rapides, le risque de voir le pays transformé en dépotoir des kits rejetés ailleurs est de plus en plus à craindre.

Après l’option du gouvernement de procéder au dépistage massif et rapide des cas d’infection au nouveau coronavirus, l’acquisition des kits de dépistage est aujourd’hui au centre d’un gros risque pour la stratégie de riposte contre la pandémie. Selon des informations recueillies à bonnes sources, le ministère de la Santé pourrait se pencher vers la Chine. Le choix motivé par des fonctionnaires intéressés semble malheureusement ne pas tenir compte des scandales enregistrés ces dernières semaines autour des kits de la même origine dans de nombreux pays occidentaux et asiatiques.

Un dizaine de pays asiatiques et européens dénoncent la fiabilité des kits de détection rapides du nouveau coronavirus made in China. Dans un reportage de la chaine de télévision indienne India Today, des pays comme l’Espagne, l’Angleterre, la Hollande, la Turquie et la République Tchèque ont décidé de se passer de ces tests qui, selon les analyses faites à l’université d’Oxford de Londres, n’ont pas réussi à passer le test de sensibilité au-delà de 30%.

Avec plus de 27 000 décès et sur 131 000 cas déclarés l’Angleterre a pourtant déboursé 20 millions de dollars pour l’acquisition des kits ‘’ Bioeasy’’ made in China qui sont aujourd’hui parmi les kits à polémique en Asie et en Europe.

Boris Johnson, le Premier Ministre Britannique, avait pourtant fait l’éloge de cette option et de sa disponibilité sur le marché. Malheureusement ces équipements se sont avérés peu fiables, selon Mactt Hancock, le ministre britannique de la Santé.

Le quotidien espagnol El Pais annonce pour sa part la décision des autorités sanitaires de l’Espagne de renvoyer tous les kits reçus de la Chine après le constat fait de la fiabilité en deçà de 30% sur des milliers de kits.

Selon le New York Times, la puissante Food and Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis reste jusqu’ici réservée quant à la fiabilité de ces anticorps produits par des firmes chinoises, comparés aux kits produits par la Corée du Sud et l’Allemagne. Le pays de Donald Trump a dans ce sens acheté en avance la production de trois mois de l’unité sud-coréenne pour sa stratégie de riposte.

De l’avis de tous les experts, la question du dépistage massif et rapide est centrale dans la lutte contre la pandémie du nouveau coronavirus ; et le récent don du chef de l’Etat dans ce sens marque un tournant dans cette stratégie pour le Cameroun.

Dans ce registre l’Allemagne et la Corée du sud sont comptés parmi les producteurs crédibles en la matière.
Il ne faudrait pas, au nom des intérêts individuels, ouvrir une passerelle à la contagion en employant des kits de dépistage douteux et déjà contestés ailleurs.

Rémy Biniou

Calendrier de la Zlecaf

Un report du démantèlement en vue

Le début du démantèlement actant la tombée des barrières douanières prévu le 1er juillet 2020 devient anecdotique au regard des effets de la crise sanitaire du coronavirus.

Le président malgache, Andry Rajoelina

Il parait de plus en plus évident que l’ouverture des barrières de la Zlecaf sera reportée. Le sommet extraordinaire dédié à la Zlecaf que l’Afrique du Sud s’était proposé d’organiser en mai vient officiellement d’être reporté au 5 décembre. Il s’agit d’un indicateur de premier niveau. Victor Liman, négociateur en chef nigérian dans la Zlecaf, a rendu cette information publique le 8 mai dernier.

Le président nigérian, leader pour la riposte au coronavirus de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), suggère quant à lui de reporter au 1er juillet 2021 (un an) le début du démantèlement tarifaire. Muhamadu Buhari a engagé des pourparlers avec d’autres chefs d’État africains à ce sujet.

Prenant part à une séance de travail publique virtuelle avec des opérateurs économiques la semaine dernière, Wamkele Mene, secrétaire général de la Zlecaf, a avoué «il n’est évidemment pas possible de démarrer le commerce [dans le cadre de la Zlecaf] comme nous l’avions prévu le 1er juillet dans les circonstances actuelles». Il rassure toutefois que «l’engagement et la volonté politique demeurent d’intégrer le marché africain et de mettre en œuvre l’accord comme prévu».

Indicateurs
La crise sanitaire liée à la pandémie mondiale du coronavirus est une tempête pour les économies africaines. Les estimations quantitatives de la Banque africaine de développement indiquent que le Covid-19 engendrerait des pertes de PIB en Afrique de l’ordre de 22,1 milliards de dollars, dans un scénario optimiste, à 88,3 milliards de dollars, dans le pire des cas. Ce qui équivaut à une contraction de la croissance projetée du PIB pour 2020 située entre 0,7 et 2,8% points.

Le choc réduirait encore l’espace budgétaire en Afrique, car les déficits publics devraient augmenter de l’ordre de 3,5 à 4,9 points de pourcentage. Techniquement, les négociations au niveau des experts ne sont pas achevées pour fournir certaines modalités pratiques. Il s’agit des règles d’origine, du système de paiement, des engagements spécifiques. Les administrations compétentes des États ayant ratifié n’ont pas incorporé les effets de la dématérialisation (baisse de 90% des taxes de porte). Les stratégies nationales et régionales pour tirer profit de la Zlecaf ne sont pas toutes prêtes.

Plus importante, la crise sanitaire actuelle a violemment diminué les capacités productives en déréglant la chaine logistique, le dispositif de planification et les activités de production des secteurs productifs.

Bobo Ousmanou

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