Démocratie: la mécanique du déclin, mécanisme de restauration

D’expression ce régime politique tant clamé serait quelque chose de périmé, exigeant d’urgence un rajeunissement.
Du côté de Cambridge, l’on a vite fait de distinguer les symptômes de la maladie. Pour les symptômes, on a un désengagement caractérisé notamment par la baisse constante du nombre de militants des partis politiques.

Ces derniers sont confinés à la marginalité, à l’abstention lors des scrutins, à l’exception de la présidentielle qui résiste encore; ensuite, on a une désidéologisation, au sens de rejet d’idéologies, considérées comme de simples méthodes de communication opportunistes et dépourvues de sincérité; enfin, la radicalisation des méthodes de contestation politique et sociale, qui sortent du lit des institutions (syndicats, parlement, partis, urnes) pour envahir la rue ou s’adresser directement, sans médiation, au pouvoir.

Le cocktail est présent partout dans le monde, tranchent les auteurs de l’étude. Partout, si les peuples semblent se dresser contre la démocratie, s’attaquer au «système», c’est parce que ce système même ne joue plus son rôle: il ne semble plus offrir le choix entre différentes options, différentes idées du commun et de l’avenir, différents projets de société, mais tourner à vide, en excluant certaines idées comme «populistes» ou «irréalistes», au profit d’une idéologie dominante, qui prétend épouser le cours des choses. Au fond, cela signifie que l’heure post politique, qui fait de la gestion d’une économie omnipotente et considérée comme dégagée des contingences humaines la fin des institutions, entraine le rejet des institutions politiques jugées inopérantes.

L’étude venue de Cambridge met en avant la perte de confiance des citoyens quand ils constatent que les élus ne respectent pas leurs engagements ou les détournent à travers alliances, marchandages et pactes d’opportunité d’avant ou après élections. «Les citoyens vivent l’effacement des alternatives politiques dans leur vie. Les mots sont dévalués à mesure que la politique recule dans son efficience malgré les discours sans cesse plus forts de la transformation sociale», déplorent les chercheurs.

Ils pointent notamment la déception des citoyens quand ils voient l’impuissance des États face aux organisations internationales ou supranationales, aux tribunaux internationaux, aux chartes et engagements internationaux pris, au lobbying des ONG. Bref, le citoyen se rend compte que la démocratie sert de cache-sexe au pouvoir des castes et des bureaucraties nationales, internationales et multinationales, et au statu quo béni.

Cette contestation globale de la démocratie est-elle un signe annonciateur de son péril imminent? Les chercheurs de l’Université de Cambridge le croient, suggérant que la démocratie doit être réinventée comme «gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple». Ils parlent d’une reformulation en réponse de ce qui est perçu comme le dessaisissement des peuples.

Jean-René Meva’a Amougou

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