Démarrage de quatre projets : Sous le leadership de la Commission de la Cemac

Impulsion

Jusqu’à quand encore la sous-région Afrique centrale va demeurer la dernière de la classe? Malgré tout son potentiel et le dynamisme de ses populations, elle peine encore à tenir son rang parmi les Communautés économiques régionales (CER). Pour la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), par exemple, l’Afrique centrale est en effet la région du continent la moins intégrée en termes de politiques communes, d’échanges, d’interconnexions et d’initiatives transfrontalières.

La critique a toutefois fini par trouver un écho favorable auprès des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), surtout à l’ère de la Zone de libre échange continentale africaine (Zlecaf). Ces dirigeants ont impulsé quelques actions de nature à accélérer le processus d’intégration et à changer cette perception. La plus emblématique à date reste aux yeux de plusieurs observateurs le lancement de projets intégrateurs.

Il s’agit de projets infrastructurels d’envergure sous-régionale pour lesquels la recherche des financements et la mise en œuvre se fait à l’échelon de la Cemac et de la CEEAC. Les Commissions des deux institutions communautaires occupent dès lors une place centrale dans le dispositif mis sur pied par les gouvernements. Les progrès observés jusqu’ici sur le terrain dépendent pour beaucoup de l’implication de leurs présidents respectifs. Le Pr Daniel Ona Ondo et Gilberto Da Piedade Verissimo en ont fait des priorités de leurs mandats. Lire notre zoom.

Théodore Ayissi Ayissi

 

L’institution sous-régionale fait partie du Comité de suivi dont la 5ème réunion est prévue en mars 2022 à Brazzaville. Elle mène actuellement des actions pour qu’à l’horizon 2024, d’autres projets connaissent la même évolution.

Le Pr Daniel Ona ondo (ac) et le reste de la délégation de la Cemac à la table ronde de Paris

Le processus d’intégration au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) connaît une évolution appréciable malgré un contexte difficile. Le principal motif de satisfaction est la mise en route de quatre projets intégrateurs. Ceci moins de trois ans seulement après le Sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement tenu à Yaoundé le 22 novembre 2019. Ce jour-là «sous la présidence de Son Excellence Monsieur Paul Biya, la Conférence a adopté douze projets intégrateurs qui avaient été sélectionnés par le Comité de pilotage du Programme des réformes économiques et financières (Pref-Cemac)». Et à en croire le Pr Michel-Cyr Djiena Wembou, secrétaire permanent de l’organe sous-régional, «les chefs d’État ont donné mandat au président du Copil du Pref-Cemac et au président de la Commission de la Cemac de mobiliser les financements requis et d’assurer le suivi de leur mise en œuvre effective».

Le Pr Daniel Ona Ondo est depuis lors impliqué dans toutes les actions décisives ayant conduit au démarrage de plusieurs projets intégrateurs. La Commission de la Cemac va dans la même perspective prendre part à la 5ème réunion du Comité de suivi censée se tenir en mars 2022 à Brazzaville au Congo. L’enjeu des travaux est «de permettre au Copil du Pref-Cemac, avec l’appui déterminant de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), de la Banque mondiale et particulièrement de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), de prendre les mesures idoines en vue d’accélérer le processus de mise en œuvre des quatre projets intégrateurs restants», renseigne une note d’information.

Comité de suivi
La Commission de la Cemac est un maillon essentiel du Comité technique de suivi de la mobilisation des ressources et de la mise en œuvre des projets intégrateurs. Cet organe sous-régional est né de la volonté des chefs d’État et de gouvernement. Quatre premières réunions ont été tenues depuis lors et ont grandement contribué à faire avancer plusieurs projets. C’est le cas «de l’aménagement de la route Kogo-Akurenam pour lequel la BDEAC a effectué début 2022, une mission d’évaluation. À la suite de cette évaluation, le projet sera soumis à l’approbation des organes de décision de la BDEAC», fait savoir le Copil du Pref-Cemac.

De même, «l’instruction de deux autres projets sera achevée en début de cette année. Après l’adoption du rapport final d’évaluation par les Conseils d’administration respectifs de la BAD, de la BDEAC et d’Afreximbank, ces deux projets pourront démarrer. II s’agit du projet de construction d’un pont sur le fleuve Ntem, et le projet de construction de la voie expresse Lolabé-Campo entre le Cameroun et la Guinée Équatoriale», renseigne encore le Comité de suivi.

On sait aussi grâce au Pref-Cemac que les trois institutions qui participent au financement de ces deux projets ont confirmé leurs contributions annoncées à Paris. Elles n’attendent plus que les diligences devant être accomplies par les deux États impliqués dans ces projets. S’agissant d’ailleurs de la construction de la voie expresse Lolabé-Campo entre le Cameroun et la Guinée Équatoriale, «les Conseils de la Banque ont déjà approuvé le 20 octobre 2021 à l’unanimité, l’octroi d’un prêt BAD d’un montant de 114,336 millions d’euros à la République du Cameroun pour le financement du projet d’aménagement des routes d’accès à la zone industrialo-portuaire de Kribi». L’opération porte pour l’essentiel sur «les travaux routiers portant sur la réhabilitation et la mise à niveau de 110 km du tronçon Edéa-Kribi et sur l’aménagement de 39 km du tronçon Lolabé-Campo-pont transfrontalier avec la Guinée Équatoriale sur le fleuve Ntem dont la phase projet de construction devrait être présentée au Conseil d’administration de la Banque en 2022».

Partenariat public-privé
Sous la supervision de la Commission de la Cemac, trois autres projets intégrateurs sont en voie d’être restructurés en Partenariat public privé (PPP) en vue de leur construction-exploitation en mode Built Operate and Transfer (BOT) au plus tard en 2024. II s’agit tout d’abord «du projet d’aménagement hydroélectrique de Chollet et des lignes électriques associées (Cameroun, Congo, Gabon, RCA), dont l’entreprise adjudicataire a été sélectionnée par les plus hautes autorités du Congo et du Cameroun le 12 avril 2021». Les informations recueillies auprès du Pref-Cemac renseignent en effet que «par lettre de référence N°0179 en date du 15 octobre 2021, le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique du Congo a confirmé au président du Copil du Pref-Cemac que le Congo et le Cameroun ont désormais accompli toutes les formalités convenues avec les bailleurs lors de la Table ronde de Paris, et qu’il suggérait donc d’entamer et finaliser les négociations avec les partenaires et investisseurs privés concernés, notamment la Banque mondiale et Afreximbank qui avaient annoncé des financements respectifs de 49,5 millions d’euros et de 500 millions d’euros».

Des avancées sont en outre enregistrées sur le projet de construction du port sec de Beloko sur le corridor Douala-Bangui. Elles tiennent de ce que «la République Centrafricaine (RCA) a marqué son haut accord pour une restructuration du projet dans une logique de développement en PPP. La RCA a saisi à cet effet la BAD, Afreximbank et la BDEAC en juin 2021».

On peut enfin relever au sujet du projet de construction du port sec de Dolisie au Congo sur le corridor Gabon-Congo, que «le ministre de l’Économie, du Plan, de la Statistique et de l’Intégration régionale du Congo a procédé à la saisine de la BAD à travers la Facilité africaine de soutien Juridique en vue de la restructuration de ce projet dans une logique de construction exploitation en PPP, comme proposé par la troisième session du Comité technique de Suivi et entériné par le président du Copil».

Des démarches ont par ailleurs été entreprises auprès de la BDEAC pour obtenir une assistance juridique, technique et financière complémentaire. À en croire le Pref-Cemac, l’institution bancaire sous-régionale a déjà «confirmé son intérêt pour cette opération et travaille avec le Fodec pour l’obtention des financements qui lui permettront, en 2022, d’assister la République du Congo pour le recrutement d’un cabinet dédié à la réalisation de l’étude de restructuration du projet et le suivi de ses prestations».

 

Table ronde de Paris, le déclic

Le succès de la table ronde des investisseurs était capital pour le démarrage des projets intégrateurs de la Cemac. Initialement prévue à Bruxelles, celle-ci s’est finalement tenue dans la capitale française du 16 au 17 novembre 2020. Elle a réuni tous les investisseurs ayant manifesté leur intérêt pour le financement de ces projets infrastructurels d’envergure sous-régionale. Le président de la Commission de la Cemac était au cœur de cette expédition. Elle était menée sous l’impulsion des présidents Paul Biya et Denis Sassou Nguesso, respectivement président en exercice de la Cemac et président dédié au Pref-Cemac. Et elle a permis «de mobiliser près de 3,8 milliards d’euros pour un montant recherché de 3,3 milliards d’euros. Les financements de huit des 11 projets présentés étaient ainsi bouclés à l’issue de ladite Table ronde», indique le Copil du Pref-Cemac.

Parmi les huit projets de la Cemac dont les financements étaient bouclés à Paris, quatre d’entre eux ont déjà démarré. Il s’agit de l’aménagement de la route Ndende-Dolisie, de l’aménagement du corridor Brazzaville-Ouesso-Bangui-Ndjamena, de l’interconnexion des réseaux électriques Cameroun-Tchad et de la construction de l’Université inter-États Congo-Cameroun. Ces deux derniers projets sont d’ailleurs en phase de démarrage depuis avril 2021. «Soit moins d’une année après la tenue de la table ronde de Paris», se félicitait déjà en juillet dernier dans les colonnes du journal Intégration, le Pr Michel-Cyr Djiena Wembou, secrétaire permanent du Pref-Cemac.

 

TAA

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