Décentralisation, lutte contre la corruption…le Corps diplomatique pousse un coup de gueule

Dans un discours prononcé en leurs noms par le Gabonais Patrick Biffot à Yaoundé le 6 janvier dernier, ambassadeurs et assimilés accrédités au Cameroun ont sournoisement critiqué la gouvernance dans leur pays d’accueil.

Paul Biya devisant avec le doyen du corps diplomatique le 6 janvier dernier

Des mots permettant d’identifier des chaînes de signifiants; le tout enrobé dans un vocabulaire diplomatiquement correct afin de passer un discours sensible. «Ce qu’il est essentiel de comprendre, c’est sans doute que Patrick Biffot a porté une parole à la fois légère et grave. Légère par la somme des mots et grave par le poids de ceux-ci», commente Malachie Djoko. Selon le spécialiste camerounais de la communication diplomatique, «les idées brassées lors du discours du doyen du Corps diplomatique frisent le coup de gueule». En tenant compte des enjeux de leur adresse à Paul Biya, vendredi 6 janvier 2023 au palais de l’Unité, les diplomates accrédités à Yaoundé ont élaboré un code d’énonciation de leur point de vue sur plusieurs sujets.

Dénonciation
En effet, à un premier niveau de lecture, l’instant de présentation de vœux au chef de l’État camerounais a permis aux diplomates de participer à la fois à la dénonciation des dysfonctionnements observés à divers niveaux de la gouvernance au Cameroun (finalisation du processus de la décentralisation, lutte contre la corruption, poursuite du dialogue dans les régions du Sud-Ouest et Nord-Ouest, assainissement du climat des affaires notamment). S’adressant à Paul Biya, le Corps diplomatique a souligné «la nécessité pour le gouvernement d’étendre le processus d’inclusion engagé en vue de répondre aux demandes raisonnables de la majorité modérée, en particulier celle concernant la décentralisation de la prise de décision, la clarté sur l’utilisation de l’anglais et de la Common Law, le fonctionnement des House of Chiefs dans les régions du Sud-Ouest et Nord-Ouest».

D’après Élie Désiré Mbom (un autre expert camerounais de la communication diplomatique), un second niveau de lecture souligne la volonté des ambassadeurs et assimilés de porter «un discours audacieux doté d’un souffle émotionnel». «Cette tendance s’observe dans le corpus présentant le Cameroun comme un pays responsable et soucieux de participer à la gouvernance internationale, et l’exhortant d’être exemplaire en termes de gouvernance», poursuit Élie Désiré Mbom.

Ongoung Zong Bella

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