INTÉGRATION RÉGIONALEMAIN COURANTE

CRUROR-AC 2023: la 9ème session ordinaire en cours à Ndjamena

Les travaux de deux jours de la Conférence des recteurs des universités et des responsables des organismes de recherche d’Afrique centrale se respectent sous la coordination du commissaire Fulgence Likassi-Bokamba, président du Comité d’organisation, et en présence de plusieurs responsables communautaires parmi dont Baltasar Engonga Edjo’o, président de la Commission de la Cemac.

Plusieurs articulations et thématiques telles que l’évaluation des stratégies collaboratives ou encore le financement de l’enseignement supérieur dans l’espace Cemac sont au menu jusqu’à ce 14 septembre 2023. En intégralité l’exposé du Pr Bertin Léopold Kouayep, directeur de l’ ‘École supérieure de Commerce et de Gestion de Yaoundé.

 

 

THÈME : « FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR DANS L’ESPACE CEMAC »

SOUS-THÈME : « Évaluation des stratégies collaboratives Universités – PTF, financement efficace de l’enseignement supérieur et productivité de la recherche scientifique en zone CEMAC »

Selon le guide pratique du travail collaboratif (Brest, 2009), travailler en collaboration implique un engagement mutuel des acteurs en vue de la réalisation d’une tâche. Dans une poursuite de la construction de l’intégration régionale, les États de l’espace CEMAC ont retenu, en plus du projet de mise en place d’une zone de libre-échange en Afrique centrale, le Projet de Renforcement du Système d’Enseignement Supérieur et d’Amélioration de la Recherche Scientifique dans cette région. Comme réitéré lors de la 8 ième conférence des

Recteurs, qui s’est tenu en 2022 à Malabo, l’enseignement supérieur participe de façon non négligeable à la construction de l’intégration régionale. Ainsi, la 1 ière étape de la mise en place desdits projets intégrateurs dans l’espace CEMAC a eu pour objectif la mobilisation des fonds auprès des Partenaires Techniques et Financiers lors du sommet Afrique – France qui s’est tenu à Paris en novembre 2020.

Notre intervention a pour mais de mettre en relief des stratégies collaboratives Universités – PTF qui contribuent à améliorer l’efficacité du financement de nos structures d’enseignement et de recherche.

La stratégie collaborative renvoie à l’ensemble des actions et/ou des démarches coopératives et de mutualisations, adoptées par un ensemble de parties prenantes dans le but d’atteindre des objectifs communs. Et de façon simplifiée, l’évaluation stratégique consiste en la détermination de l’efficacité d’une stratégie donnée dans la réalisation desdits objectifs, afin d’y apporter des mesures correctives nécessaires.

Dans une collaboration, les parties engagées doivent chacune trouver son intérêt. C’est la logique gagnant-gagnant. Ainsi, le financement du système d’enseignement supérieur et de la recherche scientifique des universités de la CEMAC par les PTF repose sur ce principe. Ceci pour dire que l’adoption et la de projets par les pays de la CEMAC, notamment ceux qui nous réunissent ici, sont influencées par les objectifs des PTF qui participent à leur financement. En d’autres termes, certains PTF participent davantage au financement des projets de renforcement de notre système de formation et de recherche, si et seulement si, ceux-ci leur permettent d’atteindre de façon pérenne la réussite de leurs propres projets d’investissement. .

Dans les pays en voie de développement comme ceux de la CEMAC, les besoins en financement sont élevés et les secteurs d’activités concernés sont divers et variés. Ainsi par exemple, pour réduire l’importation de la main d’œuvre qualifiée dans l’exécution de nos projets de développement, il est indispensable que notre système académique mette en place des programmes de formation qui répondent à cette dynamique. En effet, « pour transformer il faut former ». Une formation de qualité mise à la disposition de nos États, un vivier de compétences nécessaires à l’attractivité et au maintien des investissements privés, leviers d’une croissance durable. Les stratégies d’alliances temporaires ou permanentes de nos structures entre-elles et avec les PTF, peuvent y contribuer très fortement.

C’est dans cette perspective que s’inscrit, le Projet d’Appui au Développement des Capacités Scientifiques et Technologiques. Il s’agit d’un projet intégrateur qui a pour finalité, comme souligné dans le Rapport de la 8 ième Conférence des Recteurs de la CEMAC, de favoriser la multiplication et/ou la production des recherches appliquées et l’innovation dans les domaines tels que l’agriculture, l’énergie, la santé et l’environnement. Le sommet qui s’est tenu en France l’année dernière, a été l’occasion de présenter aux différents PTF, la pertinence de ce projet, notamment ses retombées dans les secteurs porteurs d’avenir.

Ainsi par exemple, l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé (Université de Yaoundé 1), a retenu de ce type de financement. Il a contribué au renforcement de l’employabilité de ses nouveaux diplômés dans différents domaines, à travers l’appui reçu. D’autres exemples de réussite existant dans chacune de nos universités et centres de recherche. Ils mettent en évidence le potentiel d’innovations qui regorgent nos pays et l’apport des stratégies collaboratives dans leur éclosion.

Avec la concurrence mondiale de plus en plus exacerbée, et à laquelle aucune entité n’échappe, l’innovation est devenue un enjeu social et économique majeur tant pour nos États que nos entreprises. Il rend impératif la mise en place et le développement des stratégies pour le soutien. Mais il pose par la même occasion, la problématique de la relation U&B, c’est-à-dire, université – business. Nous sommes là, au cœur de la logique « gagnant-gagnant ». L’innovation permet, notamment, aux entreprises de faire face à de nombreuses difficultés telles que le ralentissement de la demande (en proposant des nouveaux produits qui vont relancer la consommation), l’augmentation des coûts de production, l’augmentation de la concurrence. .

Nous devons cependant être conscients d’une réalité : nos projets d’intégration ne sont pas du seul ressort des pays de la sous-région, mais ils sont aussi influencés par la volonté des pays d’origine des partenaires. En effet, pour être éligibles aux financements des PTF, nos universités et centres de recherche, sont souvent tentées de leur « vendre » des projets de recherche compatibles avec leurs cahiers de charges. Or, cette stratégie d’alignement peut s’avérer dommageable pour l’institution universitaire et être par conséquent, peu utile au pays. En effet, certains thèmes ou projets de recherche peuvent être dissonants par rapport aux besoins et ambitions de nos structures universitaires et de futurs utilisateurs de leurs produits.

L’utilité sociale et économique des structures hébergeant le projet, doit servir de socle dans les relations. Elle constitue un gage et un symbole de la réussite du partenariat universitaire – PTF.

Mesdames et Messieurs, distingués participants, il ne s’agit pas là d’un vœu pieux.

A titre d’illustration, porte un regard sur le cas de la stratégie collaborative de l’Université Inter-Etats Cameroun-Congo (UIECC) et l’un de leurs PTF. À sa création, les partenaires techniques et financiers de l’UIECC sont principalement la République du Cameroun, la République du Congo, la BAD, la BDEAC et la Chambre de Commerce Africaine de Scandinavie. Le 08 août 2023, ladite université a élargi son portefeuille de partenaires en signant un accord de partenariat avec « KL University » en Inde, spécialisée dans le numérique. L’un des objectifs de cet accord consiste au renforcement de la formation des ingénieurs spécialisés dans le numérique, pour améliorer le projet d’intégration numérique poursuivi par l’université inter-Etats Cameroun-Congo, d’une part, et d’autre. part, pour créer un centre d’incubation et d’accompagnement des technologies, facteur favorable à la mise en place des entreprises industrielles innovantes. Nous pouvons constater que, la collaboration entre ces pays repose sur les intérêts partagés, c’est-à-dire que toutes les parties engagées dureront un objectif commun. Si l’objectif de l’UIECC est de renforcer et/ou améliorer la formation de ces apprenants dans le domaine du numérique, l’objectif du partenaire indien est de créer des entreprises industrielles innovantes dans le numérique. Les deux visions sont conciliables et bénéfiques pour les deux parties. Les interactions entre le monde de la recherche et celui de l’entreprise, participent également à la transformation de la science en innovations (avec comme objectif de meilleures performances économiques), à l’instar de la biotechnologie californienne, du programme Biostar ou du projet Lien.

Il apparaît donc au regard de cette collaboration stratégique que le financement et la réalisation des projets d’intégration en vue du renforcement du système d’enseignement supérieur et de la productivité de la recherche scientifique en zone CEMAC doivent satisfaire aux intérêts non seulement pour les universités , mais aussi pour les partenaires techniques et financiers. En conséquence, les retombées positives des stratégies collaboratives ont pour fondements la congruence entre les ambitions des partenaires techniques et financiers potentiels et nos projets d’intégration.

Mais il ne s’agit là, que d’une des deux conditions de réussite de nos projets. La deuxième porte sur la question de la gouvernance des fonds reçus. La redevabilité financière et managériale doit être le leitmotiv qui encadre les actions des responsables en charge de la gestion des partenariats qui ont été nouveaux.

Au final, les succès des stratégies collaboratives U&B, dont quelques-unes ont été présentées en amont, reposent sur un financement des projets à finalité endogène dans un écosystème de gouvernance approprié de nos universités et centres de recherche.

 

Pr Bertin Léopold KOUAYEP

Enseignant-Chercheur (Professeur HDR en sciences de Gestion)

Président du Comité d’Organisation des « Pépinières Doctorales en Sciences Économiques et de Gestion » (PépiDoc SEGes CEMAC)

Directeur de l’École Supérieure de Commerce et de Gestion, Yaoundé

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