INTÉGRATION NATIONALE

Crise anglophone : Yaoundé fait feu de tout bois

Moyens militaires, diplomatie…Pour réduire au silence la contestation dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, Paul Biya actionne tous les leviers.

Crise anglophone : Yaoundé fait feu de tout bois

Quelques jours après la déclaration de guerre du chef de l’Etat camerounais aux «sécessionnistes», le décompte macabre a commencé.  Dans une déclaration sur la situation sécuritaire dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, datée du 8 décembre, le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, indique qu’entre le 5 et le 8 décembre, l’armée camerounaise a mené cinq actions contre les «ennemis». Deux actions ont consisté à «la neutralisation d’un recruteur de jeunes» et à l’arrestation d’un groupe «de jeunes recrues» au compte de la «milice ambazonienne». De même, cinq terroristes ont été tués alors qu’ils voulaient attaquer une caserne militaire  à Mamfé. Le bilan du côté de l’armée fait état d’une dizaine de gendarmes blessés et d’un tué.

Alliance

Outre le combat sur le terrain, le chef de l’Etat Biya a intensifié les manœuvres diplomatiques. Reçu en audience au palais de l’unité, l’ambassadeur de France au Cameroun, Gilles Thibault, a dit devant la presse avoir abordé avec le chef de l’Etat, les questions relatives au climat sociopolitique qui règne dans les régions anglophones. Le diplomate français a souligné que leur entretien a aussi porté sur  les solutions envisageables pour sortir de la crise, sans plus de précisions. Le lendemain, c’est le Haut-commissaire de la République fédérale du Nigéria au Cameroun qui a été reçu par Paul Biya. Porteur d’un pli fermé de son président, Lawan Abba Gashagara rassure le chef de l’Etat du Cameroun que son pays n’est ni de loin ni de près concerné par les mouvements insurrectionnels dans les régions anglophones. Le Haut-commissaire promet l’engagement de son pays à lutter contre ces mouvements sécessionnistes, en vertu des bonnes relations de voisinage.

L’entente entre les gouvernements camerounais et nigérian, pour faire face aux mouvements insurrectionnels dans les deux pays, apparait comme une réponse à une autre alliance. Selon le journal nigérian New Telegraph, édition du 4 décembre 2017, la jeunesse des nations du Biafra aurait fait alliance avec «la milice de l’Ambazonie», au motif de défendre des «frères» de la tribu Ejgham. Le même journal affirme que des «miliciens biafrais» ont participé aux attaques du 28 au 29 novembre dernier dans la localité d’Agborken German, près de Mamfé dans le Sud-ouest. Ces attaques ont causé la mort de quatre gendarmes.

Entre deux feux

C’est désormais un climat d’incertitude qui règne au sein des populations des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. «Après son discours, ici au marché, on se pose des questions sur l’impact que ces annonces peuvent avoir sur notre commerce. C’est tellement difficile de vendre nos produits,  même en période de fêtes de fin d’année. Je ne sais pas s’il faudra encore rester ici à Bamenda avec ce commerce qui ne rapporte plus»,  indique Charles est un commerçant dans la ville de Bamenda, joint au téléphone.

Un autre fonctionnaire de la région du Nord-ouest est ravi de vivre en paix: «je dois dire franchement que le discours militaire du chef de l’Etat nous a, dans un premier temps, choqué parce que nous pensions qu’il pouvait attiser les représailles. Mais une semaine après, nous nous disons qu’il avait raison, puisque le calme règne, même sans déploiement supplémentaire des forces de l’ordre. Nous espérons qu’il en sera ainsi pour toujours».

Tout le monde ne voit pas les choses de la même façon. Selon le Haut – Commissariat des réfugiés (HCR), de nouveaux demandeurs d’asile en provenance d’Akwaya, Otu, Eyumojock, Nsan, Dadi et Bodam dans le Sud-Ouest,  sont arrivés dans l’Etat de Cross River au Sud du Nigéria le 4 décembre dernier. Il porte à 5277, le nombre de réfugiés camerounais déjà enregistrés par l’agence du HCR du Nigéria.

Augustin Tacham (Stagiaire)

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