Crise anglophone : Rentrée scolaire sur fond d’enlèvements des personnalités

Les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest viennent une fois de plus de défrayer la chronique.

Sa Majesté Sentieh II Martin Yosimbom, Fon du village Oku

Derrick Ndue, principal de la presbyterian school of science and technology de Bafut et sept de ses élèves ont été enlevés  ce 3 septembre, jour de rentrée scolaire. Les séparatistes les ont gardés en captivité en lieu inconnu. Dans l’après-midi, ils ont libéré les élèves. Le principal est toujours dans la nasse de ces séparatistes.

Sa Majesté Sentieh II Martin Yosimbom, Fon du village Oku dans le département du Bui, région du Nord-Ouest, a été enlevé par des hommes armés non identifiés. L’infortuné dignitaire traditionnel a été conduit pour une destination inconnue mercredi dernier 29 août 2018. A Oku, les doigts accusateurs sont pointés sur la milice séparatiste Ambazonian Defense Forces (ADF).

En effet, a-t-on appris de certains villageois, le Fon aurait été invité à Elak-Oku par les éléments de cette milice à venir négocier la libération de son chauffeur qui était dans leur filet. Le Fon s’y est rendu, ignorant qu’il s’agissait d’un piège. A son arrivée au lieu indiqué, il a été kidnappé et conduit dans un endroit inconnu. Aucune raison liée à ce rapt n’est avancée jusqu’ici. Tout porte à croire que le fervent militant du RDPC (parti au pouvoir), qui officie également comme directeur du CES d’Oku, était la cible de la milice ADF. Ce d’autant qu’il invitait ses sujets à prendre part massivement au scrutin présidentiel du 7 octobre  prochain. En tant qu’auxiliaire de l’administration, Fon Sentieh II ne ménageait aucun effort à réprimander l’attitude des séparatistes et partant, collaborait avec les forces de défense et de sécurité pour repousser la rébellion de son village.

Dans le Sud-ouest, le magistrat Ekambi Alexander en service au tribunal de grande instance de Ngoketunjia (Nord-Ouest) a été enlevé en compagnie de son épouse. C’est à son domicile, à mile 16 Buea, que des individus armés ont perpétré ce rapt jeudi dernier 30 août 2018, avant de les conduire pour une destination inconnue.

Résistance

Mercredi dernier, des femmes du Nord-ouest et du Sud-ouest ont marché à Buea. Baptisée «lamentation», la manifestation visait à demander la fin des violences. Elles projettent une autre manifestation du genre à Bamenda le 07 septembre prochain.

A Tugi par Mbengwi jeudi dernier, les Bororos ont réussi l’exploit, après une rude bataille, de capturer deux présumés miliciens ADF. Le combat armé qui a abouti à cette capture a fait de nombreux blessés parmi ces Fulanis. Vraisemblablement, les assaillants voulaient se ravitailler en viande et en moyens financiers. Ils ont eu du répondant. Les deux personnes arrêtées ont été remises aux forces de défense et de sécurité. Elles sont en exploitation dans une unité de sécurité du chef-lieu de la région du Nord-Ouest.

Zéphirin Fotso Kamga

Yaoundé 

Le boom des écoles anglophones

Pour l’année scolaire 2018-2019, beaucoup y ouvrent leurs portes ou connaissent une migration optionnelle… Objectif: contourner la crise dans les régions du Sud-ouest et du Nord-ouest du Cameroun.

 

Entrée nord de Mfou, à une vingtaine de kilomètres de  Yaoundé, une indication au gros pinceau capte l’attention du visiteur. «Angah comprehensive secondary high school », lit-on. Winifried Ambah, le promoteur de cet établissement situe son projet par rapport à la situation sécuritaire dans les zones anglophones du Cameroun. «Là-bas, affirme-t-il, le marché s’est durci et les objectifs des fondateurs d’écoles deviennent plus difficiles à atteindre ». Echaudé par des parts qui ont fondu depuis que s’est déclenchée la crise dite anglophone en fin 2016, il souhaite maintenant mieux sécuriser son package. « C’est la raison pour laquelle je suis venu ici pour continuer mon activité, loin de ces endroits où l’engouement pour l’école semble dissout », lance cet homme assis sur 17 années à la tête d’un groupe scolaire à Mankon (Nord-ouest).

Comme lui, dans le chef-lieu de la Mefou-et-Afamba, d’autres promoteurs ont été contraints de développer la culture de l’anticipation. « La ville, peuplée seulement de quelque 40 000 âmes, est devenue l’eldorado pour les établissements anglo-saxons. Pour cette année 2018-2019, nous en accueillons 06 aux standings variés », renseigne François Marie Bana, le délégué départemental des Enseignements secondaires (Desec). L’explication qu’en donne cet enseignant émérite met en lumière toutes les difficultés rencontrées par les élèves venus par escouades des régions du Sud-ouest et du Nord-ouest. « L’an dernier, ils étaient près de 1 000, évalue le Desec. Nous avions eu du mal à les caser tous dans notre unique lycée bilingue ».

Bon filon

Ceux qui vivent ou se promènent dans les rues de la capitale et ses environs auront noté que depuis quelques semaines, les établissements scolaires à vocation anglo-saxonne fleurissent aussi. A Obili, dans le troisième arrondissement de Yaoundé, par exemple, il ne se passe pas une semaine sans que la création d’un nouveau collège ou école primaire privés anglo-saxon ne soit annoncée. Le chiffre brandi par l’inspection d’arrondissement de l’Education de base fait état de 13 écoles primaires privées ayant migré vers le statut d’écoles bilingues contre 5 existantes. «Leurs propriétaires ont flairé le filon. Car il y a beaucoup d’élèves venus des villes et villages de la partie anglophone du pays», commente un fonctionnaire de la division des statistiques de cette institution publique. A gratter un peu, on en attend au moins 3 000. « Ils s’emparent également de ces informations, car elles mettent des mots sur ce qu’ils pressentaient déjà intuitivement l’année dernière», croit savoir un autre fonctionnaire au sujet de la «nouvelle attitude» des promoteurs d’écoles.

Ces derniers s’en défendent. «Il ne s’agit pas d’offrir des environnements innovants aux enfants, mais bien plus de se recentrer sur l’essentiel : offrir un environnement calme, offrir un environnement plus simple, plus épuré, avec plus de liens humains chaleureux, plus de confiance, et plus de sens, loin des bruits d’armes en zone anglophone », se justifie Sosthène Atangana, directeur du tout nouveau groupe scolaire bilingue «Les jeunes anges», situé à Nkoabang, une autre banlieue de la capitale.

Jean-René Meva’a Amougou

 

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