Crise anglophone : Paris, l’antithèse de Washington

Le gouvernement français assure qu’il va poursuivre sa coopération militaire avec le Cameroun, en dépit des accusations de violations des droits de l’Homme portées notamment par les autorités américaines. 

Crise anglophone: convergeance de vues entre Macron et Biya

«La France est liée par un accord de partenariat de défense qu’elle conduit selon les normes internationales en vigueur», campe le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, au cours d’un point de presse donnée le 7 février à Paris. «Cette coopération va se poursuivre», indique Romain Nadal. Ce dernier répondait à la question d’un journaliste. Celui-ci souhaitait savoir si la France envisageait de «suspendre la coopération militaire avec le Cameroun, comme les États-Unis». Citant des sources aux départements d’État, CNN affirmait en effet que les États-Unis envisager de suspendre leur coopération militaire avec le Cameroun. En cause, «le manque de progrès et de clarté au sujet des actions entreprises par le gouvernement», alléguait la chaine de télévision américaine.

Washington et Yaoun- dé ont depuis démenti ces informations. «En août 2018, le gouvernement des États-Unis a annoncé que le Commandement des États-Unis pour l’Afrique commencera à retirer des troupes en reconnaissance du succès des efforts conjoints visant à dissuader, perturber et vaincre les terroristes de Boko Haram affiliés à l’EI (État islamiste) dans la région. Parallèlement à cette annonce, le Cameroun a été informé que des réductions marginales de l’aide à la sécurité des États-Unis allaient accompagner ce retrait. Depuis lors, le Cameroun n’a pas été informé de nouvelles réductions de l’aide à la sécurité des États-Unis», a par exemple réagi le ministère camerounais des Affaires étrangères.

Divergence d’approche
Pressée de prendre le contrepied de Washington, Paris ne s’est visiblement pas embarrassée d’attendre la confirmation de cette information. C’est que, sur la crise anglophone, la France et les États-Unis ont toujours eu une approche différente. Les autorités américaines ne se privent pas d’accuser le Cameroun de violations des droits de la personne dans ce conflit qui oppose ses forces de défense et de sécurité aux milices sécessionnistes dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Les autorités françaises, pour leur part, ne manquent pas une occasion d’apporter leur soutien au régime de Yaoundé. «Nous savons les tensions qu’il y a dans la région anglophone. Et là aussi, j’ai apporté tout mon soutien au gouvernement pour qu’il puisse aller vers la stabilité», indiquait début juillet, Emmanuel Macron en personne.

Ce soutien de la France est, à l’analyse, une conséquence des convergences de vue entre les chefs d’État des deux pays sur cette question. Comme Paul Biya, Emmanuel Macron estime que la chose la plus importante à faire est de préserver la paix et la stabilité. «Je pense que ce dont la région a besoin c’est de stabilité, c’est de trouver de bons modèles de régulation», affirmait le successeur de François Hollande.

Aboudi Ottou

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