Crise anglophone: Quand les câbles diplomatiques tourmentent Paris

La frilosité de la France au lendemain de la déclassification et la publication des documents jadis classés top secrets se lit à l’aune du va-et-vient de son ambassadeur accrédité à Yaoundé.

Paul Biya et Gilles Thibault au palais de l’Unité

S.E. Gilles Thibault était encore au palais de l’Unité le 02 août 2018. Selon la présidence de la République du Cameroun, l’ambassadeur de France au Cameroun est allé à la rencontre du président Paul Biya pour discuter, entre autres sujets, de la situation grave dans les zones anglophones du pays. Officiellement, le diplomate français a plaidé pour la préservation de la paix et l’unité du Cameroun dans sa diversité. D’aucuns y voient un discours marronnier servi à la presse, au terme de cette énième audience que le chef de l’Etat camerounais a accordée au patron de la diplomatie française à Yaoundé.

En effet, l’hôte de Paul Biya est resté confiné dans son rôle diplomatique, foulant au pied les effets de réception de ses paroles face aux journalistes. D’autres, comme le Pr Pierre Alexis Akoa Abomo, estiment que par rapport à la crise anglophone, «il ne suffit pas d’être bon orateur, encore faut-il que le discours soit entendu et entendable. Du coup, la prise de parole de l’ambassadeur de France au Cameroun conduit à des interrogations sur des occurrences linguistiques répétées à la fin de chaque audience».

Les faits

Reste que, selon nos sources, Paris veut refermer le trou d’air qui agite son appareil diplomatique au Cameroun, relativement à la crise anglophone. Depuis la publication des câbles diplomatiques (documents, récemment déclassifiés, concernent notamment la période 1961-1985) français sur le Cameroun, la posture de Paris n’est plus autre que le cambrage de sa communication pour mieux domestiquer la situation. Des informations crédibles montrent la France très active, au fur et mesure que l’ombre des opinions inquiètes s’allonge autour de la pertinence desdits documents. De fait, affirment les mêmes sources, le Quai d’Orsay s’est résolu de faire le choix d’une cure de silence, de visibilité réduite ou concentrée à la seule officialité exigée par la fonction de S.E. Gilles Thibaut à Yaoundé.

Votre journal le soulignait déjà. «La réunification s’est faite sur une équivoque, Yaoundé considérant que la fédération ne constituait qu’une phase transitoire alors que outre-Mungo l’on voyait dans la réunification la consolidation d’une très large autonomie à l’égard de toute métropole européenne ou africaine». Nous sommes le 08 janvier 1962 lorsque l’ambassadeur de France au Cameroun écrit ces lignes. Jean-Pierre Bernard, en transmettant ses instructions à Ives Robin, le nouveau consul de France à Buea, fait cette précision pour que son collaborateur comprenne dans quel contexte s’inscrit sa mission. En clair, depuis leur déclassification et leur publication, les câbles diplomatiques sus évoqués nourrissent d’autres approches d’analyse du rôle de la France dans la situation actuelle au Sud-ouest et au Nord-ouest du Cameroun.

 

Hommage à feu l’ambassadeur du Sénégal au Cameroun 

J’en suis encore tout bouleversé

A mes lèvres les mots, têtus, se refusent,
Aussi muette que sourde est ma douleur
La mort surprend toujours quand elle fuse
On lave les habits de l’adieu dans les pleurs
Face à la mort, les larmes sont confuses
La mort fauche toujours les meilleures fleurs
Les rimes de la mort n’ont guère de muse
La mort s’habille toujours en tunique de voleur

Adieu Vincent ? Non, rien que le temps d’un au-revoir
En nous fleuriront toujours tes oliviers et tes épis de blé
Ton sourire pétillant traquera toujours notre miroir
De tes buissons nos bras restent toujours peuplés
Ton souvenir est un ruisseau dans notre mémoire
La mort a tué tes proches avant de te cibler
Sur le quai de notre deuil nous agitons notre mouchoir
Tu quittes notre cour mais jamais notre palais

Vincent, tu nous quittes mais mon souffle te restitue
L’adieu ne se nourrit que des herbes de l’oubli
La mort n’enlève rien à l’azur quand elle tue
Nos roseaux ne rompent pas quand elles plient
Nous reprendrons tes refrains qu’importe où es-tu
Nos draps et nos oreillers couvrent ton dernier lit
Jamais tu ne seras un chant que le destin a tu
A mes yeux, même pas la mort ne t’a jamais enseveli

Sous ta cendre froide, tes braises ne cessent de crépiter
Ton feu de bois brûle encore nos bras et nos mains
Le destin a forcé ton départ mais tu ne peux nous quitter
Rien ne dénouera nos doigts, nos rives et nos chemins
J’ai encore le goût de ton vin, de ton pain et de ton thé
Tu restes l’arbre fruitier aux bras de notre jardin
Il n’y a que la mort comme unique et dernière vérité
Repose en paix vieux, nous nous retrouverons demain

Jalel Snoussi,
ambassadeur de Tunisie au Cameroun

Quelques mots puisés dans la douleur et tressés dans les sanglots à la mémoire de mon cher, grand et regretté ami, Vincent Badji, Ambassadeur de Sénégal au Cameroun, que la mort a fauché il y a quelques jours, à la surprise générale, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre son nouveau poste en tant qu’Ambassadeur de Sénégal au Vatican. Une réception d’adieu a été organisée à son honneur il y a quelques semaines. Mes plus vifs sentiments de compassion et mes condoléances les plus attristées à ma chère amie Aichatou, sa veuve, et à ses enfants. De tout cœur avec eux dans cette terrible et soudaine épreuve. Leur deuil est aussi le mien.

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