Covid-19 : La pandémie comme tremplin politique

Prospérant sur la toile, quelques loups trouvent au virus quelques vertus d’opportunité en termes d’image et de positionnement.

Maurice Kamto… autour du Covid-19

Protégés par l’ombre de la cloche géante qui recouvre désormais la planète, profitant du désarroi qui, chaque jour, s’empare des populations, certains utilisent le coronavirus pour avancer leurs pions politiques et géopolitiques. C’est que «la pandémie a balisé une sorte d’open space», traduit Pierre-Claver Ngwé, community manager dans un cabinet basé à Yaoundé. D’après lui, «la démarche de quelques loups dégage un entêtant parfum. On a un sentiment général de récupération politique éhontée, et d’utilisation d’un fait divers pour de la communication et de l’affichage».

En effet, il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que Maurice Kamto, à travers les réseaux sociaux, profite de l’application des mesures du gouvernement pour nourrir la polémique relative au manque d’eau potable à Yaoundé. L’image montre un président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) qui a gardé ses bons vieux réflexes de détracteur du régime de Yaoundé. Se donnant un beau rôle, il en a profité pour présenter ce dernier comme une vieille chose lourde et inutile. Suivant la logique prônée par cette «affiche», «l’acteur laisse à penser que son verbatim donne plus dans la politique, la dramaturgie et le sens de l’événement que dans la solidarité avec les populations», selon le constat du sémiologue Corneille Mbenoun.

Une attitude qui colle avec celle de certains qui, au parlement, semblent aborder leur mandat dans cet esprit. Fraîchement élus députés, ils ont sauté sur l’occasion de mettre en scène l’émotion nationale par le truchement du coronavirus. Autour de la même maladie, quelques médias, nourris d’exercices oratoires et picturaux particulièrement travaillés, tentent d’absorber l’angoisse du peuple pour la transformer en sentiment que «quelque chose est fait là-haut». Aussi a-t-on droit à une image du président de l’Assemblée nationale se soumettant au contrôle de température à l’entrée de l’hémicycle de Ngoa-Ekelle, le 26 mars dernier.

Dans la foulée, on remarque également les déplacements ministériels; ici dans une usine, casque sur la tête; là, dans un hôpital, masque et blouse de rigueur, images de rencontres, de déambulations pour illustrer le contact du politique avec le pays réel. «Dans cette ambiance, la crise du coronavirus se double assurément d’une crise de la parole publique: parole publique inapte à mobiliser les populations en dépit du danger; parole publique autocentrée, prisonnière d’une rhétorique dont la force contraste singulièrement avec le contenu de l’action déployée à sa suite. Transformés en sources intarissables de commentaires et de métadiscours, les acteurs politiques échouent de rassurer. Pire encore: ils entretiennent chez le peuple l’illusion de l’action», constate le politologue Belinga Zambo.

 

Ongoung Zong Bella

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