Cours de soutien : Les enseignants et leur ministre à brasiers ouverts

En réponse à la décision de madame Pauline Nalova Lyonga interdisant le paiement des enseignements d’appoint dispensés aux élèves des classes d’examen dans les lycées et collèges du pays, les “profs” renvoient leur tutelle à la révision de leur statut.

Pauline Nalova Lyonga

Dans le communiqué qu’elle signe le 13 mai 2019, Pauline Nalova Lyonga ne joue pas sur une tonalité ambiguë. «Aucun franc supplémentaire ne doit être réclamé à ces élèves qui se sont régulièrement acquittés de leurs frais exigibles», écrit la ministre des Enseignements secondaires (Minesec). Sur cette ligne qui, au passage, fait planer des sanctions disciplinaires, le membre du gouvernement martèle que les élèves «ont droit aux enseignements gratuits jusqu’à ce qu’ils présentent leurs examens respectifs».

Colère
Depuis quelques jours, un combat se mène entre l’enseignante émérite et certains personnels enseignants fonctionnaires. Réunis au sein d’un comité virtuel, ces derniers multiplient des critiques contre leur ministre. «Cette décision est quelque peu oiseuse et exotique ; il faut regarder en face une violence structurelle, permanente, faite aux enseignants par l’État», s’emporte un professeur de langue sur la plateforme numérique créée le 16 mai dernier. Dans cet espace, le verbatim a valeur de réitération d’une réalité connue de toute éternité : la rédaction et la promulgation du statut de l’enseignant au Cameroun. «Cette affaire a longtemps été euphémisée. Voilà pourquoi, aux dépens de sa dignité, l’enseignant doit se résoudre à picorer des miettes en dispensant des cours de soutien», peste quelqu’un qui revendique 18 années de fonction dans divers lycées et collèges du pays.

Dans le même esprit, le Pr Jean Takougang ressuscite son pamphlet de janvier 2018. «Nous savons que depuis 1991, en violation flagrante des textes en vigueur, et contrairement aux autres fonctionnaires et agents de l’État, vous ne bénéficiez plus de frais de relèves, de congés annuels et vos rares missions ne sont payées qu’au lance-pierre», écrit le ministre au Shadow cabinet en charge de l’Éducation et de la Formation au sein du Social Democratic Front (SDF).

Sur le terrain, les cours de soutien continuent d’être dispensés. À cette saison des examens officiels, «c’est le temps béni pour les enseignants», avance Zakaria Mbouombouo. À l’aide de deux arguments, l’enseignant de mathématiques à la retraite justifie cette pratique. Il évoque en priorité la nécessité de rattraper le retard pris dans le programme scolaire d’une part, et celle de préparer physiquement et mentalement l’élève en lui fournissant les armes indispensables pour l’aider à aborder sereinement son examen d’autre part. «Sauf que c’est payant, vu les sollicitations de la part des élèves en difficultés auxquelles le prof doit répondre», nuance-t-il. À propos de la décision du ministre, il l’assimile à «l’apartheid scolaire». «Cette note, pense-t-il, veut maintenir les avantages concurrentiels des élèves privilégiés qui réussissent déjà».

 

Jean-René Meva’a Amougou

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