«Coupez-leur le zizi» : Pour déconstruire la culture du viol

Écrit sous l’angle d’un plaidoyer en faveur du statut féminin, de sa représentation et de son vécu traumatique après un acte de viol, le roman de Félix Mbetbo a été présenté à Yaoundé le 6 février 2020.

Le viol ne laisse pas de traces. Pire. Il dépose la mort au sein même d’une vie. Il effectue un rapt au lieu même du noyau vivant d’une personne, de ce qui fait son identité et son altérité. Il perfore, il laisse un blanc, un vide, un abîme sans mots, sans images. Et le tout très souvent contre les jeunes femmes. Voilà le viol; atteinte autrefois tolérée, voire encouragée, tenue cachée ou objet d’arbitrages et d’arrangements entre les protagonistes ou leurs proches, est aujourd’hui portée sur la place publique. Rien d’étonnant que le Camerounais Felix Mbetbo s’exclame: «Coupez-leur le zizi». C’est d’ailleurs le titre du roman qu’il a publié aux Éditions du Muntu. Une centaine de pages écrites sous l’angle d’un plaidoyer en faveur du statut féminin, de sa représentation et de son vécu traumatique après un acte de viol. Avec ce livre, ce n’est plus la digue de la pudeur qui est abattue, mais celle de la répulsion, voire de l’insoutenable.

Ce 6 février, à l’Institut français du Cameroun (Yaoundé), Félix a une fois de plus soutenu son argumentaire. Avec à ses côtés, Sonia Fokam, une des victimes dont il s’est inspiré pour produire son œuvre. À travers cette œuvre, le porte-voix des femmes abusées n’a qu’un seul objectif: «Déconstruire la culture du viol au Cameroun, car tout part de là. Les mentalités doivent changer leur configuration pour ne plus légitimer le viol, protéger les violeurs et changer les victimes en coupables. Il faut une nouvelle manière pour traiter ce sujet», a-t-il indiqué. L’un des enseignements majeurs de l’ouvrage est que les viols sévissent dans tous les milieux sociaux, c’est-à-dire que les victimes sont issues de tous les milieux, à proportion égale à leur poids numérique dans la population.

Dans son œuvre, le jeune Camerounais s’insurge contre une société muette face au crime crapuleux. «Dans une société où on a appris aux gens que ce qui dirige c’est le phallus comme Achille Mbembe le dit; dans ce type de société, on éduque les hommes à considérer les femmes comme des choses, comme des instruments, comme des meubles; à les considérer comme des objets de jouissance. Et lorsque dans son esprit on admet que la femme est un objet de jouissance, cela confère tous les droits», explique l’auteur du très sulfureux roman la République du piment.

Dans le contexte où le viol prend sens au sein de la société camerounaise, la voie qu’emprunte Felix Mbetbo est celle de la lutte contre les axes de référence du fléau (la jouissance immédiate, le déni et le clivage psychique). Dans le fond, «Coupez-leur le zizi» résonne comme une déclaration qui vient confirmer, encore une fois, l’ambiguïté de la politique nationale à l’égard des victimes de viol.

Joseph Julien Ondoua Owona, stagiaire

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