Coup d’État manqué du 6 avril 1984 : Le général Semengue détecte une «mine» à la Fécafoot

Menacé d’éviction à la tête de la Ligue de football professionnel du Cameroun (LFPC), l’officier supérieur à la retraite a adressé une lettre au secrétaire général de la Fédération internationale de football association (FIFA). Il dit payer le prix de sa gestion de l’après-putsch (avorté contre Paul Biya), il y a 35 ans.

Le général Pierre Semengue, président de la LFPC

Dans le différend qui, depuis quelque temps, l’oppose à la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Pierre Semengue a retrouvé son ADN militaire. Dans la correspondance qu’il a adressée à Fatma Samoura en date du 27 septembre 2019, le général à la retraite se remémore le fond des ténèbres du putsch manqué du 6 avril 1984.Bien que ce passé continue de s’éloigner, l’ancien chef d’état-major des armées camerounaises estime que, contre lui, au moins une personne à la tour de Tsinga n’a cessé d’égrainer des anathèmes vengeurs.

D’hier à aujourd’hui donc, «les raisons profondes de cette escalade ont des origines lointaines, elles sont politiques, morales et mêmes personnelles», renseigne Pierre Semengue. À le lire, le soldat dégaine le sentiment d’avoir détecté une mine posée par Aboubakar Alim Konate, désigné président du Comité technique transitoire à la Fecafoot. «Il se trouve que le frère de Monsieur Aboubakar Alim Konate, le Capitaine Konate, militaire en service dans l’armée de terre, faisait partie des mutins ayant tenté de prendre le pouvoir lors du coup d’État manqué du 6 avril 1984, lequel visait à renverser le président Paul Biya qui venait, deux ans auparavant, d’être porté à la tête de l’État du Cameroun», écrit le président de la Ligue de football professionnel du Cameroun (LFPC).

La suite de sa lettre au Sg de la FIFA constate l’omniprésence de la thématique de la rancœur vouée contre son auteur. En effet, Pierre Semengue met très clairement en relief la dimension guerrière qui traverse sa relation avec la famille Konate. Pour ce faire, l’une de ses stratégies d’écriture consiste à puiser des éléments factuels tirés de l’après 6 avril 1984 et à insérer des descriptions de son rôle. «La justice, ayant été saisie de ce dossier, a condamné les mutins à diverses peines; ce fut le cas du Capitaine Konate, qui a été condamné à cinq ans de prison.

Sa mère, Madame Alim, impliquée elle aussi dans ce coup d’État, écopa de 20 ans de prison. En ma qualité de chef d’État-major de l’armée d’alors, j’avais joué un rôle dans l’évitement de ce coup d’État d’une part et, d’autre part, j’assurais l’exécution des décisions de justice rendues dans le cadre de cette affaire, à telle enseigne que des familles m’ont rendu responsable du sort réservé par la justice à leurs parents. C’est le cas d’Aboubakar Alim Konate, qui ne s’est jamais montré aimable a mon endroit. J’ai eu l’occasion de m’en rendre compte à plusieurs occasions».

Contentieux
À croire donc que le combat Fecafoot/LPFC a permis de reparler du 6 avril 1984. Dans une interview accordée au quotidien Cameroon Tribune en décembre 2002, le général Pierre Semengue relevait que «cette histoire traumatisante a tout de même porté un coup à la cohésion nationale pendant un temps… Sur ce sujet comme sur d’autres, les gens ont besoin de savoir comment les choses se sont passées pour ne pas fantasmer et créer des problèmes inutiles». À l’évidence, le contentieux n’est pas totalement vidé.35 ans après, son écho résonne encore. D’une longue liste, quelques motifs ressortent comme les plus fréquents. Biens confisqués, membres de familles disparus, aspirations frustrées, désignation de boucs émissaires et rivalités sanglantes continuent de régenter insidieusement la mémoire collective.

Jean-René Meva’a Amougou

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