Coopération UE-ACP post 2020 : L’Afrique veut parler d’une seule voix

Du dernier sommet de l’UA, il ressort que l’Afrique doit engager les négociations du partenariat futur avec l’Union européenne dans l’unité. Carlos Lopez officiera à cet effet comme Haut représentant de l’UA dans les pourparlers.

Carlos Lopes et Paul Kagame. Longue collaboration et convergence de vues

«L’Afrique veut discuter de continent à continent avec l’Europe sur le partenariat post 2020», apprend Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), le 13 juillet dernier lors de sa conférence à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric). Pour harmoniser sa position commune adoptée au sommet extraordinaire de Kigali, l’Afrique a obtenu un report des négociations. Celles-ci étaient censées débuter en août 2018. «Il y a eu en Afrique plusieurs discours malgré la position commune de Kigali. Certains ont pensé qu’il fallait poursuivre le format de coopération d’avant. Le sommet de Nouakchott nous a permis de prendre la décision de reporter le début des négociations jusqu’à ce que l’Afrique consolide sa position. Il y a des problèmes qui sont spécifiques à l’Afrique et à l’Europe. Il ne s’agit pas de se désolidariser des Caraïbes et des pacifiques», précise le Tchadien.

Pour l’organisation continentale, les nouvelles négociations doivent prendre en compte les évolutions du monde, de l’Europe et de l’Afrique dans les domaines tels que le commerce, le numérique, la démographie, l’industrie… Et bien sûr, le nouveau paysage géoéconomique avec l’émergence des accords commerciaux méga-régionaux.

Format

Le groupe ACP, à travers sa nouvelle vision rendue publique en mars 2016, appelle à «réagir de façon anticipative aux évolutions du contexte mondial en vue de s’y adapter, de maintenir sa pertinence et de répondre aux besoins de ses Etats membres et des parties prenantes». Auparavant, précisément dans la déclaration de Sipopo, adoptée au terme du 7e sommet des chefs d’État et de gouvernement ACP tenu à Malabo, en Guinée équatoriale, en décembre 2012, le groupe a affirmé qu’il y a encore une place et des perspectives pour un véritable partenariat ACP-UE post 2020, capable d’apporter une contribution et une réponse concrète et efficace aux objectifs de l’agenda 2030.

Côté européen, «une refonte en profondeur des structures actuelles du partenariat ACP-UE s’impose pour assurer la primauté des dynamiques régionales». A en croire l’UE, la coopération deviendrait plus régionale du fait «de la différenciation des tendances économiques, politiques et sociales entre les pays à revenus intermédiaires en plein essor et les États fragiles et les moins développés». «Il n’y a plus de Sud homogène partageant les mêmes intérêts communs, et les alliances au niveau mondial ne sont plus basées sur les mêmes considérations qu’en période de Guerre Froide» affirme la direction générale de la coopération internationale et du développement de la Commission européenne (DG Devco) et le service européen pour l’action extérieure (SEAE).

Mais, en guise de compromis, l’UE propose le scénario de l’accord-cadre. Dans cette nouvelle configuration, les relations UE-ACP prendraient la forme d’un seul et unique accord juridiquement contraignant avec les pays partenaires concernés, autour de quelques grands axes: un cadre qui s’appliquerait à l’UE et à tous les pays ACP, trois partenariats régionaux distincts (Afrique-UE, Caraïbes-UE, Pacifique-UE), une extension au-delà des pays ACP, une architecture institutionnelle flexible et à plusieurs niveaux et de nouveaux moyens de mise en œuvre.

Avec cette approche, estime-t-on à la DG Devco, la préservation du cadre global ACP-UE «évite le coût d’abandon de l’actuel partenariat avec le groupe ACP et sauvegarde les acquis de l’accord de partenariat de Cotonou». Par ailleurs, il est davantage question de l’approfondissement de la régionalisation, consistant à «aligner l’action extérieure de l’UE sur les dynamiques de terrain en Afrique et ainsi améliorer sa cohérence et son efficacité globales». Mais dans les milieux diplomatiques sur le continent, certains estiment que le scénario de l’Accord-cadre «n’opère pas de choix politique clair et cohérent». Il serait plutôt une réforme ambiguë qui d’un côté, tente effectivement de moderniser l’action extérieure de l’UE avec l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique, d’approfondir les relations politiques régionales et de poursuivre l’intérêt mutuel; mais qui dans le même temps appuie sur la pédale de frein en se repliant sur un cadre ACP-UE postcolonial.

Négociations

Le patron de la Commission de l’UA vient de nommer Carlos Lopes au poste de Haut représentant pour soutenir les États membres dans la négociation d’un nouvel accord avec l’Union européenne après 2020. Cette nomination a été adoubée lors du dernier sommet de l’UA à Nouakchott en début juillet de cette année. L’Économiste du développement bissau-guinéen de 58 ans est un ancien haut fonctionnaire onusien. En octobre 2016, il quitte ses fonctions de secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies (avec rang de secrétaire général adjoint de l’Onu). Dans une interview au Monde Afrique, il dit : «je quitte l’Onu pour garder ma liberté de parole sur l’Afrique».

Avant sa nomination, Carlos Lopes était chercheur invité à l’Oxford Martin School de l’université d’Oxford et professeur invité à l’université du Cap. Il est l’un des grands esprits de la task force du président Kagame ayant produit le document de réforme de l’organisation continentale. Éducateur international, Lopes conseille les conseils d’administration du Centre international de conversion de Bonn, de l’Institut supérieur d’études internationales et du développement de Genève, de l’Institut universitaire de Lisbonne, de la Fondation Kofi Annan et de l’Institut international de planification de l’éducation de l’Unesco. Il siège aux comités de rédaction des revues Géopolitique africaine, African Sociological Review et African Identities. Il est titulaire d’un doctorat de l’université Panthéon-Sorbonne. Ses recherches et ses écrits se spécialisent dans le développement et la planification stratégique.

Zacharie Roger Mbarga 

Réformes de l’UA

Le soutien discretde Yaoundé

Alors que des Camerounais jouent des rôles importants dans la conduite de ce processus, Paul Biya n’a publiquement pris position que le 13 juillet dernier.

Des Camerounais jouent des rôles importants dans la conduite du processus de réforme de l’Union africaine (UA). L’ancien ministre des Relations extérieures, Pierre Moukoko Mbonjo, dirige l’unité de pilotage des réformes au sein du cabinet du président de la Commission de l’UA. Le Cameroun est en outre membre du panel des quinze ministres des finances qui examinent la taxe de 0,2% pour la souveraineté budgétaire et financière de l’UA. Le dispositif est d’ailleurs déjà mis en œuvre au niveau du Cameroun à travers sa loi de finance. Le pays de Paul Biya est également membre actif du groupe consultatif des quinze ministres des affaires étrangères. Ce groupe appuie politiquement le président Kagame dans les réformes de l’UA. En amont, le Cameroun était déjà membre de la conception même du logiciel de réforme. Autour du président Kagame, Acha Leke et Vera Songwe ont été membres de la task force ayant conçu la réforme de l’UA.

Malgré cette forte implication de ses compatriotes, le président de la République du Cameroun n’en avait rien dit. Paul Biya a attendu la visite officielle du président de la Commission de l’UA au Cameroun pour se prononcer sur ce projet. «Le Cameroun et notre Organisation continentale ont toujours entretenu une relation particulière. On comprendra que, dans ces conditions, mon pays ait l’agréable devoir de contribuer activement à l’aboutissement des principaux chantiers de l’Union Africaine et notamment celui qui concerne sa réforme institutionnelle», indique le président camerounais. Et d’ajouter: «qu’il me soit permis à ce propos de saluer les résultats auxquels notre Organisation est déjà parvenue. Je veux parler de l’institution d’un passeport au niveau continental, de la création de la zone africaine de libre-échange et de l’instauration d’une taxe de 0,2 % sur les importations hors Afrique en vue de l’autonomisation financière de l’Union africaine». En novembre prochain, les chefs d’Etat se retrouveront à Kigali, une fois de plus, en session extraordinaire pour adopter les réformes de l’organisation continentale.

La réforme de l’Organisation continentale s’accompagne du plan décennal 2025 de l’Agenda 2063. Et nombre de ses projets intégrateurs marquent la mutation de l’intégration africaine. Ainsi, à côté du financement et de la zone de libre-échange continentale, plusieurs projets structurent la dynamique d’interdépendance panafricaine. C’est le cas de l’open sky africain, du passeport africain, de la libre circulation des personnes et du droit d’établissement. Tous ces projets concourent à la mobilité préférentielle des ressortissants du continent africain.

En matière de sécurité, l’UA est génitrice de l’initiative faire taire les armes en Afrique à l’horizon 2020. Une mesure visant à mettre fin aux conflits en Afrique à l’échéance indiquée. Adoptée en 2013 et validée depuis la 430e de Nouakchott, seuls deux pays (Zambie et le Zimbabwe) étaient à jour. réunion du Conseil de paix et de sécurité (CPS) en avril 2014, l’initiative consiste à la mise en œuvre d’un ensemble d’activité conjointe (UA, Cer, Etats, Société civile) de sensibilisation contre la prolifération des armes et la survenance de conflits. L’activité phare jusqu’ici est le «Mois de l’amnistie en Afrique». Prévu en septembre de chaque année, il offre un espace de déploiement pour des campagnes de sensibilisation de l’opinion publique. Un rapport d’activité doit être présenté à l’UA chaque année.

Zacharie Roger Mbarga

 

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