INTÉGRATION CONTINENTALEUncategorized

Contre la corruption des officiels et autres trucages : le Cradec tient sa feuille de match

En marge du déroulement satisfaisant de la 34ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN TotalEnergies 2023), le monde du football reste miné par des scandales de corruption et de trucages de matchs. Sur le front d’attaque du phénomène, le Cradec (Centre régional africain pour le développement endogène et communautaire) évoque quelques pistes de solutions pour mettre hors-jeu cette gangrène qui tue le football à petit feu.

Des matchs truqués

La corruption dans le football peut prendre différentes formes, en impliquant divers acteurs, en l’occurrence les officiels, les dirigeants sportifs, les joueurs et autres parties prenantes. Au Cameroun par exemple, l’année 2023 a été marquée par plusieurs affaires de corruption impliquant des acteurs du football d’élite. Nous avons notamment des accusations de trucage du match du club Fontcha Street Vs Racing de Bafoussam en deuxième division. D’après des témoignages recueillis sur les réseaux sociaux, des individus présents au stade approchaient de potentiels parieurs, leur demandant une rémunération contre le résultat exact de la rencontre truquée. Curieusement à l’issue de la rencontre, le résultat était celui indiqué par ces derniers. Une affaire qui a provoqué la sortie de l’instance dirigeante du football camerounais. La Fecafoot (Fédération camerounaise de football), à travers le CTFP (Conseil Transitoire de Football Professionnel), dénonce ces pratiques et annonce l’ouverture d’une enquête.

«Le Conseil Transitoire du Football Professionnel constate avec regret que les rencontres Renaissance de Ngoumou Vs Aigle du Moungo et Fontcha Street Vs Racing de Bafoussam comptant respectivement pour les 13e et 14e journées du Championnat professionnel MTN Elite Two se sont déroulées dans une atmosphère visiblement contraire à l’éthique sportive. Les clubs concernés auraient convenu de l’issue desdites rencontres…Tout en se désolidarisant de telles pratiques, le CTFP continuera à exercer sa vigilance sur le déroulement des rencontres afin de préserver la stabilité de ses compétitions» regrette Faustin Blaise Mbida, le secrétaire général du CTFP.

Dans la même veine, cette même année, une autre affaire de corruption a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Cette fois-ci, elle implique directement le président de la Fecafoot. Selon un enregistrement d’une conversation téléphonique, rapidement devenue viral sur les réseaux sociaux, l’on entend deux voix. L’une est attribuée à Valentine Nkwain, président du club Victoria United avant sa montée en première division, et celle du président Samuel Eto’o Fils. Ce dernier assure à son ami son soutien indéfectible: «…Opopo (surnom du club de Victoria) doit monter en première division. Ça, c’est notre objectif…» Pas assez pour incriminer l’ex-capitaine des Lions Indomptables pour corruption, mais suffisant pour laisser place à l’interprétation et susciter de graves soupçons. «C’est un fake et pour nous, il n’existe pas», répondait, fermement, Ernest Obama lors d’un passage sur la chaîne Canal 2. «Il n’y a pas de commentaire à faire là-dessus», a aussi martelé le porte-parole de la Fédération camerounaise de football. Au mois de juin, 24 arbitres et arbitres assistants de football, de futsal et de beach soccer ont été suspendus après avoir été impliqués dans des affaires de paris sportifs et de matchs truqués.

Mondial
Le phénomène de corruption dans le football n’est pas le seul apanage des milieux sportifs camerounais. Parmi les scandales les plus retentissants, il y a sans doute celui qui met à nu le plus grand trafic de matchs de l’histoire du football en février 2013. Selon l’Office européen de police, 425 arbitres, dirigeants de clubs et joueurs de 15 nationalités différentes auraient pris part au truquage de 380 matches en Europe et 300 autres dans le reste du monde entre 2008 et 2011, dont des rencontres de Ligue des champions ou de qualification pour la Coupe du monde. «Il nous semble clair qu’il s’agit de la plus grande enquête de tous les temps sur des matches truqués présumés», avait alors déclaré le directeur d’Europol Rob Wainwright lors d’une conférence de presse à La Haye.

La coupe du monde 2022, jouée au Qatar, a aussi été au centre d’une campagne de corruption dans sa phase d’attribution. Des officiels se recrutant jusqu’à la Fifa ont perçu des pots-de-vin afin de vendre leur vote lors de la sélection du pays hôte. Une affaire qui a d’ailleurs coûté à Sepp Blatter, huitième président de l’instance faitière du football mondial(Fifa), son poste en 2015.Et il n’est pas le seul.

Une affaire de millions
Selon le site internet de la BBC, il s’agit de près de 680 rencontres qui avaient été suspectées, dont 380 en Europe. Sur les seuls matchs basés en Allemagne, 16 millions d’euros de paris par ces organisations criminelles sur des matchs truqués, leur ont rapporté 8 millions de bénéfices. Et d’après les enquêteurs, ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg. Toujours en 2020, Europol estimait les recettes criminelles annuelles mondiales provenant des paris sur les matchs truqués à 120 millions d’euros.

Solutions
La corruption dans le football reste donc une menace majeure. Deux motivations principales poussent à truquer des matchs. La compétition peut être truquée pour des raisons sportives. Dans ce cas, des pots-de-vin sont offerts pour encourager un individu ou une équipe à perdre. Le deuxième cas, c’est lorsque certaines personnes essaient de s’enrichir en pariant sur une compétition dont ils connaissent le résultat à l’avance, car ils l’on truqué.
Pour débarrasser le football de ces pratiques, le Cradec préconise sur la ligne d’attaque de «renforcer la réglementation, promouvoir la transparence financière au sein des fédérations, des clubs et des instances dirigeantes, imposer des sanctions dissuasives».

Autre piste suggérée par le Cradec, «la promotion de la transparence financière». Selon Jean Mballa Mballa, «il faut exiger une transparence financière totale au sein des fédérations, des clubs et des instances dirigeantes du football, à travers notamment la divulgation et l’accessibilité des contrats, des transferts et des financements au grand public». Le directeur exécutif du Cradec pense également qu’il est important de «protéger les lanceurs d’alerte; mettre en place des mécanismes pour protéger les personnes qui signalent des cas de corruption. Les lanceurs d’alerte doivent se sentir en sécurité pour dénoncer des pratiques illégales) ; éduquer et sensibiliser (sensibiliser les joueurs, les officiels, les supporters et d’autres parties prenantes aux risques associés à la corruption. «N’oublions pas que l’éducation peut jouer un rôle crucial pour créer une culture d’intégrité dans le sport ; collaborer avec des organisations internationales, telles que la FIFA, la CAF et d’autres organismes sportifs, pour partager des informations et coordonner des efforts contre la corruption. En plus, il faut réaliser des audits indépendants réguliers pour évaluer la conformité des fédérations et des clubs aux normes éthiques et financières et imposer des sanctions dissuasives, y compris des interdictions de participation aux compétitions, des suspensions et des amendes substantielles, pour décourager la corruption dans le football», explique Jean Mballa Mballa.

Joseph Ndzié Effa (stagiaire)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *