Le continent africain : un espace africain de liberté, d’opportunités, de progrès et de développement

25 mai 2019

Potage à l’espoir à Yaoundé

La célébration de la 56e Journée de l’Afrique a servi d’instant de mise en emphase d’une nouvelle vision.

 

Faire briller la flamme de l’espoir au milieu de la misère et des souffrances, tel est le viatique que les étudiants de l’Institut des relations du Cameroun (IRIC) ont donné à la Journée de l’Afrique 2019. À la différence de certaines générations aux tendances idéologiques bigarrées, ces jeunes en communion avec l’Association camerounaise pour l’union africaine, ont ouvert le débat. Ce dernier a engendré l’analyse des phénomènes idéologiques qui vont dans le sens d’une connexion beaucoup plus étroite et profonde avec le panafricanisme.

Surfant sur la même thématique, une éminence de la pensée africaine, le Pr Théophile Obenga a exposé au campus de l’Université panafricaine à Yaoundé. Face à un auditoire attentif, l’historien-philosophe a montré comment la trame du panafricanisme devrait porter toute la grammaire transformationnelle du continent. Par sa voix, les bases de l’Etat fédéral panafricain démocratique ont été jetées.

Le préambule déclinant la constitution de sa puissance politique, économique, militaire, artistique, touristique et sportive en dit long sur la suite. Celle-ci, pense Pr Théophile Obenga, est une opération à mener. Pour ce faire, les Africains n’ont pas besoin de mutiler gravement les discours prononcés depuis les indépendances. Il suffit, croit-il, d’agencer les composants de façon différente, c’est-à-dire, selon une autre politique.

L’idée est certes vieille. De l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à l’Union Africaine (UA), le projet inspirateur reste le même : étant la promotion et la matérialisation sur le continent africain de l’idéologie panafricaine comme seule issue salutaire au réveil de l’Afrique, à son émancipation et surtout à la reconstruction de son histoire après des siècles préjudiciels de souffrance, d’exploitation, de spoliation et de subjugation.

 

Benoit Arsène Abega Obolo

 

Le message du président de la Commission de l’Union africaine à l’occasion de la Journée de l’Afrique 25 mai 2019

Africaines, Africains,
Chers frères et sœurs du continent et de la diaspora,

En ce jour de célébration du 56e anniversaire de la naissance de l’Organisation de l’unité́ africaine (OUA), ancêtre de l’Union africaine, je voudrais vous adresser ce message de foi renouvelée en la réalisation de notre vision commune, celle de « l’Afrique que nous voulons », consignée dans l’Agenda 2063. C’est ici à Addis Abeba que les chefs d’État et de gouvernement ont porté sur les fonts baptismaux, après de longues journées d’âpres discussions, l’OUA, en présence de 32 pays nouvellement indépendants. Après des siècles de domination, d’oppression, d’asservissement et d’exploitation esclavagiste, l’Afrique se réveillait et prenait conscience de sa force et de l’impératif de celle-ci : sa dignité́ dans l’unité.

C’est l’affirmation solennelle de cet impératif que nous célébrons aujourd’hui. Les défis restent toutefois nombreux pour que l’indépendance et l’unité donnent le meilleur d’elles-mêmes. Elles ne le feraient que si chaque Africain les vit en paix, dans son accès libre à l’enseignement universel de qualité́, à la pleine santé physique et mentale, à un travail décent et rémunérateur, à son épanouissement social et culturel, à la bonne gouvernance démocratique dans le strict respect de ses droits fondamentaux.
Nous célébrons ce jour mémorable sous le thème : « Année des réfugiés, des rapatriés et des déplacés internes : pour des solutions durables au déplacement forcé en Afrique ». En lui-même, ce thème démontre à suffisance l’acuité́ de nos défis et l’appel urgent de travailler ensemble pour assurer à tous les citoyens africains le droit inaliénable de vivre libres, dignes et productifs.

Est-il besoin, en ce grand jour, de rappeler le devoir primordial de tous les États africains de garantir ces droits fondamentaux inaliénables ? Les organisations humanitaires que je salue et remercie pour l’assistance qu’elles ne cessent d’apporter aux populations africaines réfugiées, rapatriées sont appelées à redoubler d’efforts. Aussi, les États concernés doivent-ils, dès lors, prendre, dans la dignité et la liberté, toute la mesure de leurs responsabilités pour créer les conditions idoines de retour dans leurs foyers de tous leurs citoyens.

De même, cette occasion est opportune pour remercier les pays d’accueil qui consentent des efforts et des sacrifices remarquables à l’endroit des réfugiés. Je voudrais en même temps rappeler la nécessité pour tous les États de sauvegarder les principes inscrits dans la Convention de 1969 sur les aspects spécifiques des réfugiés africains, dont ceux du non-refoulement et du partage du fardeau. À cela s’ajoute la convention de l’Union africaine sur l’assistance aux personnes déplacées internes, appelée Convention de Kampala.

Notre Vision commune d’une Afrique unie, intégrée, en paix, prospère, dirigée par ses propres citoyens est l’outil irremplaçable de notre rayonnement sur la scène internationale. Cette commune vision est aussi l’instrument d’accélération de notre intégration à travers un espace africain de liberté, d’opportunités, de progrès et de développement. Notre devoir est de nous attaquer de front à ce paradoxe qui fait de ce continent potentiellement si riche, celui où il y a le plus grand nombre de pays pauvres.

Il est insupportable que nos jeunes, ce moteur de transformation et de développement, continuent de se jeter par vagues successives dans les embarcations de la mort à travers mers et déserts, faute de projets porteurs d’avenir et d’espoir.
Nous travaillons hardiment à esquisser une telle perspective d’espérance depuis le Sommet extraordinaire de Kigali du 21 mars 2018 sur la Zone de libre-échange continentale.

Notre espoir est que l’Afrique, en tant que bloc, devienne ainsi un grand partenaire incontournable dans le commerce mondial. Parallèlement à ce projet on ne peut plus porteur d’intégration africaine, le protocole sur la libre circulation des personnes et le passeport africain continuent de requérir davantage d’efforts.

Je me félicite du nombre croissant d’États qui ont mis en œuvre des mesures de relaxation de leurs politiques de visa d’entrée aux citoyens africains. J’exhorte les États membres qui ne l’ont pas encore fait à se joindre rapidement à l’accord sur le marché unique de transport aérien en Afrique, un autre projet phare qui nous mobilise à plus d’un titre.

Chers compatriotes africains,
La productivité agricole, la transformation locale des matières premières, la diversification des produits, la formation, la valorisation permanente des ressources humaines, l’extension du tissu industriel, un vaste réseau d’infrastructures et l’exploitation du potentiel énergétique du continent demeurent nos chances de créations d’emplois pour les jeunes, les femmes et le bien-être social général.

C’est aussi à toutes ces problématiques que la ZLEC cherche à apporter les réponses les plus pertinentes possible. Son lancement official au Sommet extraordinaire de Niamey, prévu le 7 juillet 2019, marquera une étape importante et décisive sur le chemin de l’Intégration africaine.

Par ailleurs, la réforme institutionnelle, ayant accompli des pas décisifs, connaîtra également son point d’orgue au prochain Sommet de coordination dont je souhaite qu’il augure une division harmonieuse de travail entre le niveau régional et continental.

Dans cet effort collectif, je voudrais insister tout particulièrement sur le rôle des acteurs de terrain que sont les organisations de la société civile africaine, de la jeunesse et des femmes qui, au-delà et en plus de l’action des États, accomplissent un travail remarquable de sensibilisation et de mobilisation auprès des différentes couches de la population.

Leurs efforts, accomplis dans des conditions souvent difficiles, cimentent et renforcent la résilience des populations africaines et leur emprise sur le façonnement de leur propre destin.

Je vous souhaite une belle fête de la Libération de l’Afrique dans la joie, l’unité et l’espoir…

Moussa Fakir Mahamat

Dr Emmanuel WONYU

« On a beaucoup misé sur les institutions, et pas assez sur les peuples »

À l’occasion de la 56e Journée de l’Afrique, le politologue, enseignant à l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC) jette un regard sur les acquis et les controverses autour d’une célébration.

samedi 25 mai 2019, il s’est célébré la Journée de l’Afrique, quels en sont le sens et la signification ?
Cette journée permet aux Africains de commémorer la naissance de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) le 25 mai 1963 à Addis-Abeba en Éthiopie. C’est un moment de communion, un moment de commémoration. Les Africains doivent pouvoir s’arrêter pour examiner le chemin parcouru par l’institution panafricaine qu’on appelle l’Union africaine. Il s’agit également de voir ce qu’il reste à faire, dans un monde où il est important que l’Afrique prenne une juste place, dans un contexte où l’on dit que c’est le temps de l’Afrique.

56 ans après la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) aujourd’hui devenue Union Africaine (UA), quel regard posez-vous sur la dynamique panafricaine ?
On peut considérer qu’on n’a pas beaucoup avancé. Il est vrai que toutes les sous-régions ne sont pas au même niveau d’avancement. Quand on regarde, la SADEC (Communauté de développement pour l’Afrique Australe) et la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), il y a une avancée particulière. On voit quand même que les choses sont faites, même au niveau de l’Union africaine. Quand on regarde la Cemac, on voit qu’il y a encore un peu de retard dans cet espace-là. Je crois qu’on a beaucoup misé sur les institutions, on n’a pas assez misé sur les peuples. Peut-être que les peuples devraient prendre le relais et prendre leur place dans cette bataille du panafricanisme. Les Africains doivent être imprégnés de cette vision, qui est une vision commune de notre devenir dans un monde aujourd’hui globalisé, où l’intégration est un moyen de peser sur les affaires internationales. Il est important que nos peuples, comme nos élites, prennent conscience qu’il est important de rendre plus dynamiques les institutions régionales et sous-régionales.

Peut-on aujourd’hui considérer que l’Afrique occupe une place importante dans le jeu des relations internationales?
Si on veut le dire en termes plus clairs, on peut dire que l’Afrique n’a pas sa juste place. On nous dit que c’est notre temps, que ce siècle est celui de l’Afrique. Peut-être que c’est à nous de prendre notre place, en tenant compte du fait qu’on a beaucoup de potentialités, et que plusieurs États sont à nouveau intéressés par l’Afrique. L’Afrique est à nouveau convoitée comme elle le fut durant la période des indépendances. Donc, c’est à nous de savoir tirer parti de tous ces partenaires nouveaux qui arrivent et qui ont des plans par rapport à l’Afrique.

Peut-être devons-nous rêver d’un sommet extraordinaire où d’importantes décisions seraient prises. À titre d’exemple, on a la zone de libre-échange, qui est une avancée extraordinaire, avec les réformes qui ont été entreprises par le président Paul KAGAME. Il est aussi important que certaines questions soient prises en compte. Comment allons-nous à la rencontre de tous ces pays qui nous font des sommets : Chine-Afrique ; Inde-Afrique ; Russie-Afrique ? Allons-nous continuer à y aller en ordre dispersé ? Ne faut-il pas y aller au moins par sous-régions ou en région pour poser nos problèmes, pour peser dans l’agenda international ? Je crois que l’Afrique doit elle-même se réveiller et prendre sa juste place dans ce monde où tout le monde a sa place aujourd’hui.

Propos recueillis par

Benoit Arsène ABEGA OBOLO

Déclaration de Yaoundé du 25 mai 2019

Proclamation de l’État fédéral panafricain démocratique

L’Université panafricaine a accueilli le samedi 25 mai 2019, la rencontre historique du Mouvement panafricaniste sous l’égide du Pr Théophile Obenga.

Le Pr Obenga lors de la Déclaration de Yaoundé

Constitution de l’État fédéral panafricain
Préambule
Au cours de l’histoire de l’humanité et dans la marche des siècles, les peuples du monde décident librement de leur destinée, en connaissance de cause, selon l’idéal de leur volonté commune et l’expression de leur génie.

La volonté politique panafricaine est une bien ancienne exigence collective de la conscience historique africaine.
Ainsi, nous, peuples d’Afrique, en ce début du XXIe siècle, après une large et solide réflexion sur notre histoire et sur l’histoire du monde, avons pris souverainement la décision de créer un État fédéral panafricain démocratique, regroupant en son sein tous les États-nations indépendants du continent et de ses îles.

Les États-nations africains indépendants adhèrent souverainement et librement à l’État fédéral panafricain, constituant ensemble une seule et unique puissance politique à l’échelle continentale dans l’unique intérêt des peuples africains.

Cet État fédéral panafricain a donc pour objectifs fondamentaux et missions primordiales sacrées :

– D’assurer la sécurité de tous les peuples africains en vue d’une union toujours plus parfaite ;

– De veiller à l’unité, à la solidarité et à la communauté de destin des peuples africains au sein de l’État fédéral panafricain ;

– De garantir la paix, l’exercice des libertés individuelles et collectives, les droits humains, la vie politique démocratique, la protection des biens et des personnes, le travail, la fraternité, la dignité et l’égalité, le respect de la loi, la justice, sur l’ensemble de l’État fédéral panafricain ;

– De construire et de poursuivre inlassablement le bien-être politique, économique, social, intellectuel, culturel, moral, esthétique et spirituel de tous les peuples africains au sein de l’État fédéral panafricain ;

– De promouvoir la concorde, la solidarité, la prospérité, le bonheur et le progrès de tous les habitants de l’État fédéral panafricain ;

– De mettre en place le Programme nucléaire civil africain.

À cet effet, l’État fédéral panafricain contrôle, exploite et gère souverainement toutes les richesses, toutes les ressources naturelles, toutes les matières premières, les mines, les minerais, les gisements, les forêts, les terres riches, les eaux (océans, mers, fleuves, lacs), les énergies, les faunes et les flores, etc., au seul profit majeur des peuples africains au sein de l’État fédéral panafricain. La puissance politique et la puissance économique de l’État fédéral panafricain doivent être absolument assurées. De grands travaux à l’échelle continentale doivent être entrepris sous le contrôle direct des organes de l’État fédéral panafricain.

Pour l’épanouissement des peuples africains dans l’État fédéral panafricain, celui-ci doit développer à l’échelle continentale :

– Les arts : peinture, sculpture, photographie, musiques, danses, théâtre, cinéma;

– Le sport : football (une équipe panafricaine), boxe, hand-ball, volley-ball ;

– L’athlétisme : marathon (équipe panafricaine), courses, sauts, javelots, poids ;

– Le musée : création de grands musées modernes avec des personnels de compétence internationale, mémoires africaines, objets de souvenirs ;

– Le tourisme : plages africaines, montages et collines, déserts, chutes, parcs zoologiques, forêts, ouvrages d’art, monuments historiques ;

– L’esthétique moderne : concours de beauté (miss panafricaine), mode, couture, défilés itinérants, l’univers floral
– L’architecture : styles, innovation, créativité architecturale, hôtellerie.

Le marché panafricain (interafricain) doit être développé, avec des investissements et des activités culturelles et économiques de grande envergure.

Au nom de tous les États-nations librement fédérés au sein de l’État fédéral panafricain, celui-ci exerce souverainement les pouvoirs et prérogatives attribués à la puissance fédérale collective :

– La souveraineté internationale : accords et traités bilatéraux et multilatéraux

– La diplomatie unique (un ambassadeur et non 54 ambassadeurs représentant l’Etat-fédéral panafricain)

– Les armées, la défense nationale : qu’un commandement supérieur hiérarchique unique (un seul état-major général pour tout l’État fédéral panafricain) ;

– La monnaie unique émise par l’État fédéral panafricain ;

– L’éducation, les sciences et les technologies doivent être impulsées à grande échelle ;

– La citoyenneté est unique : on est citoyen « Africain », même si subsiste l’État-national qui a conféré la citoyenneté antérieure. Les particularités politico-administratives anciennes, locales ou sous-régionales, disparaissent devant l’État fédéral panafricain ;

– La liberté de circulation sans visa, à l’intérieur de l’État fédéral panafricain ;

– Les frontières des États-nations héritées de l’ère coloniale sont abolies, même si l’État-nation garde son nom ancien dans l’État fédéral panafricain : les frontières sont devenues administratives, purement géographiques ; elles ne sont plus des frontières étatiques politiques, avec toutes les formalités douanières ;

– La langue officielle de l’État fédéral panafricain est le Kiswahili : cette option a été faite dans les années 1977, au cours du festival africain de Lagos. Il faudra une promotion du Kiswahili à l’échelle continentale. Entre temps, vu les nécessités, l’arabe, le hausa, l’anglais, le français et le portugais ne sont pas absents. À cause de la puissance américaine, l’anglais s’impose comme langue internationale du monde contemporain.

Sur la place publique de la capitale de l’État fédéral panafricain seront érigées les statues commémoratives de Toussaint-Louverture, Marcus Garvey, W.E.B. Du Bois, Francis Kwame Nkrumah Osagefo, Patrice Émery Lumumba, Amilcar Cabral, Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara, Miriam Makeba, Ben Bella, Abdel Gamal Nasser, Nelson Mandela, Wangari Maathai, Steve Biko.

Il est prévu qu’en 2030 la population totale de l’Afrique sera de l’ordre de 1 600 000 000 d’habitants. Ce poids démographique devra être un atout panafricain.

L’essentiel, aujourd’hui, pour l’Afrique, c’est de changer radicalement de paradigme intellectuel et d’orientation politique, dans un monde qui ne tolère ni faiblesse ni indécision.

Aujourd’hui, l’État fédéral panafricain est la seule issue. Osons inventer notre avenir commun, peuples africains.

 

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