Contentieux électoral: déjà vu ou prémonition pour l’Afrique?

C’est pour le moins Africanesque, la tournure que prend l’élection présidentielle américaine! On se croyait dans un de ces pays ensoleillés du continent africain.

 

Entre contestations, accusations de fraudes, exhalaisons conspirationnistes et manifestations des partisans des candidats… l’élection présidentielle américaine a fait basculer la première puissance du monde dans le cercle fermé et très restreint des peuples qui écrivent la démocratie au crayon et à la gomme sur du brouillon. Joe Biden, largement donné vainqueur et félicité par les chefs d’État et de gouvernement du monde. On en dénombre les plus respectés. Qui ne se risquerait pas à féliciter un vainqueur de la présidentielle américaine sans s’être entouré des assurances et de la prudence qu’exigent la diplomatie, le droit international et les usages protocolaires d’État. L’Afrique peut-elle être simpliste et apprécier cet épisode de la présidentielle américaine comme un épiphénomène?

Trump, le malfamé
La réputation sulfureuse de Donald Trump et l’image de mauvaise foi collée à son entrain laissent planer l’idée d’un mauvais perdant. La quasi-totalité des puissances mondiales et du système politico-médiatique américain (qui influence souvent le monde) a déjà validé la défaite du président sortant. Mais Trump, comme plusieurs chefs d’État africains battus aux élections alors qu’ils étaient en fonction, n’admet pas sa défaite. Comme ses pairs du continent noir qu’il a souvent traité de vieux et corrompus, il évoque le complot, la conspiration, la fraude.

Pour le multimilliardaire, les pays africains sont d’ailleurs des pays de merde. Très peu aidée par les couacs d’entrée et d’exercice de sa fonction présidentielle, la réputation de Donald Trump donne une peinture du déjà vu sur le continent, à cette élection. D’ailleurs, en 2016, face à Hillary Clinton durant le débat présidentiel, il a refusé de dire si oui ou non il se plierait aux résultats publiés. De toutes les façons, pendant son mandat, à l’échelle nationale ou internationale, il a toujours été violent (verbalement) contre toutes les décisions allant contre ses intérêts (et leurs auteurs). Comment imaginer qu’il accepte aisément le verdict des urnes?

Renvoyé sur les cordes par toutes ces personnes qu’il a froissées ou contre qui il a usé de violence verbale, et ne pouvant compter désormais sur la «prudence de la Russie», le «flegme chinois» ou «l’espérance brésilienne», Donald est donc isolé.

Sécurisation des élections

En Afrique, l’opinion semble se délecter de cette reprise aux États-Unis de la boucle temporelle dans laquelle certains peuples africains sont coincés en matière de démocratie. On en rigole sur les réseaux sociaux. Parmi les plus insolites, des internautes se demandent s’il n’est pas temps pour l’armée américaine de surprendre les réalisateurs et scénaristes hollywoodiens. Et si l’armée opérait un putsch?

Faisons un peu de science-fiction. Prenons-nous au jeu d’Hollywood. Et si Donald Trump avait raison? Et si l’élection présidentielle américaine avait été influencée par un vaste système de fraude électronique? L’Afrique, qui tend inexorablement vers l’usage de l’électronique dans l’organisation des consultations électorales, doit tirer toutes les leçons de cette présidentielle dans le pays de l’Oncle Sam.

Comment se rassurer en Afrique qu’une entreprise étrangère ne puisse être en mesure d’introduire dans le système (serveur) des votes fictifs pour gonfler les scores d’un candidat? En Afrique, pourra-t-on un jour intégrer le vote anticipé ou le vote par correspondance?

Voilà des défis structurels pour la démocratie en Afrique.

Autre donnée, aucun candidat, aucun acteur politique (la classe politique) n’a remis en cause la confiance en la loi électorale ou dans l’organe qui régit l’organisation des élections.

La sureté du système électoral. Voilà la leçon à tirer pour le continent!

Rémy Biniou

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