Consommation de stupéfiants: Festival de came en zones de crise

Selon le ministère de la Santé publique (Minsanté), l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et Sud-Ouest affichent des niveaux d’addiction très alarmants.

 

«Même la mère au foyer s’y met!», constate un leader politique basé à Bamenda. L’homme qui requiert fortement l’anonymat parle de l’évolution des habitudes de consommation du «banga» (appellation locale du cannabis) dans la capitale régionale du Nord-Ouest et ses environs. «Avec la crise sécuritaire, l’usage de drogue est simplifié, souple et adapté», dit-il. La description n’a rien d’exagéré; eu égard à un marché local alimenté par d’énormes stocks de cannabis accumulés à la suite des récoltes record de 2020. «Avec l’insécurité, le niveau de consommation du banga a donc évolué», affirme l’homme politique. Dans la foulée, le nombre d’admissions de drogués dans des centres de traitement a crû de façon spectaculaire. «De 15,8% entre 2019 et 2020, on est passé à près de 55% en 2021», atteste Nkemfie Tani Elvis, chef de district de santé publique de Bamenda 3e, joint au téléphone par Intégration.

Situation
Comme dans le Nord-Ouest, la situation est alarmante dans deux autres régions en proie à une crise sécuritaire: le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord. Au cours d’un point de presse qu’il anime ce 6 juillet 2022 à Yaoundé, Manaouda Malachie dégage des chiffres relatifs aux patients demandeurs de soins dans les trois régions de conflits (Extrême-Nord, Nord-Ouest, Sud-Ouest). Selon le Minsanté, dans ces 3 régions, on est passé de 22% en 2019 à 43% en 2021. Dans un commentaire, Pascal Oyié (secrétaire exécutif de l’Ong «Stop Drugs»), indique qu’il y a beaucoup de choses à dire sur ces chiffres, non pour les contester, mais pour en comprendre les enjeux. «Ce qu’ils disent et ce qu’ils ne disent pas». «Globalement, ces données proposent un éclairage sociologique; ils rendent compte d’une structure et d’une problématique de santé publique en relation avec les drogues dans le contexte sécuritaire qu’on connaît dans ces 3 régions où circulent d’importantes quantités de tramol et autres substances hallucinogènes génératrices des niveaux de violence et d’insécurité publique sans précédent. Il s’agit de toxicomanie chronicisée qui met en scène des sujets qui manifestent des retentissements cliniques», explique Pascal Oyié.

Jean René Meva’a Amougou

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