Consolidation des réserves de change de la Cemac : le Trésor français en ballottage défavorable

Il pourrait être mis en minorité par trois nouveaux mécanismes de garantie endogène de la convertibilité du franc CFA. Des réflexions y relatives ont été publiées ce 7 décembre 2023, puis finalement supprimées par la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac).

Une autre possibilité de réforme de la coopération monétaire avec la France

Qu’importe l’avertissement en début de publication: «Les idées et opinions présentées dans cette étude sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) ou de toute autre institution rattachée». L’on retiendra pour l’Histoire que la Banque centrale a fait publier ce 7 décembre 2023, des réflexions sur un mécanisme endogène de renforcement des réserves de change de la Cemac. Des propositions formulées par trois citoyens de la Communauté et dont l’une des conséquences pourraient bien être la mise en minorité du Trésor français dans son rôle de garant de la convertibilité du franc CFA via le Compte d’opérations.

Teneur
«La présente réflexion porte sur le renforcement de la garantie endogène de la convertibilité externe du Franc de la Coopération financière en Afrique (FCFA/ XAF)», commencent par préciser les auteurs. Jean-Clary Otoumou, Thiang Junior Engo Nguema et Franck Armel Mba Eyene se font plus précis dans leur résumé et parlent «principalement de l’intégration de trois nouvelles composantes, à savoir les fonds de remise en état de sites pétroliers ou miniers en fin d’exploitation ou cas d’abandon (Fonds RES); la mise en place d’une taxe de change de la Cemac et la création d’un Fonds de garantie de change de l’Umac (Union monétaire de l’Afrique centrale, Ndlr)». À les croire, ces mécanismes nouveaux sont censés «s’ajouter à l’actuelle et unique composante endogène constituée par les recettes d’exportation centralisées au Compte d’opérations». Dans un schéma bien arrêté et devant aboutir au final à «une convertibilité externe du FCFA de l’Umac garantie par une composante exogène, à savoir la garantie illimitée du Trésor français, et une triple composante endogène», est-il expliqué.

Finalité et avantages
Sur les avantages de la démarche proposée, les trois experts identifient deux pistes. D’une part, «permettre à la Beac et à ses États membres, en conformité avec les recommandations et bonnes pratiques internationales, d’avoir en permanence un niveau de réserves de change minimum pouvant couvrir leurs besoins d’importations». Les auteurs évoquent d’autre part l’ambition de «permettre aux États membres et à la Banque centrale d’avoir des ressources longues à orienter vers le financement du développement, au service d’une stratégie d’industrialisation régionale intégrée dans les États membres de la Cemac».

Leur plaidoyer se plaît par ailleurs à considérer que «la garantie endogène de la convertibilité du FCFA ainsi recomposée et renforcée par l’adjonction des trois nouvelles composantes augmentera la capacité de résilience macroéconomique des États de la Cemac, notamment du point de vue de leur situation monétaire et de change». Toujours dans la conviction que «cette garantie endogène présente la capacité de faire évoluer progressivement, voire très rapidement, si telle est la volonté des États membres, le système monétaire actuel dans la direction d’une gestion plus autonome par rapport à l’Euro, via le compte d’opérations».

L’évolution envisagée devrait au demeurant s’appliquer «au type de parité entre le FCFA et l’Euro, ou à tout autre système d’ancrage (fixe, fluctuant, ou par rapport à un panier de monnaies, etc.)», est-il souligné. Étant entendu que «le mécanisme contribuera aussi grandement au renforcement des ressources du système bancaire et financier de la Cemac, notamment en devises, et lui offrira des ressources de longues durées pour financer des investissements infrastructurels d’importance communautaire», est-il aussi mentionné.

Théodore Ayissi Ayissi

 

Fusion des CERs et intégration monétaire en zone CEEAC

Nouveau hors-piste de la Commission

 

Ses préférences s’expriment en faveur du Système panafricain de paiement et de règlement (Papss). Au détriment de la Haute autorité monétaire de l’Afrique centrale dont le protocole est en attente d’adoption.

Il y a d’un côté la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et l’opportunité qu’elle donne à la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) de concrétiser une ambition inscrite dans ses gènes. Celle de parvenir enfin «à la mise en place d’un mécanisme de compensation qui garantirait la convertibilité des monnaies des pays membres». Conformément aux stipulations du Traité constitutif de 1983 et aux engagements repris dans le Traité révisé et adopté le 18 décembre 2019. Des arguments récemment mis en avant par le président de la Commission de la CEEAC, Gilberto Da Piedade Verissimo. C’était lors d’une réunion d’échanges présidée le 22 novembre dernier à Malabo sur le Système panafricain de paiement et de règlement (Papss).

Mais il y a de l’autre côté, le processus en cours de finalisation de fusion des Communautés économiques régionales (CERs). Lequel a prévu pour les besoins de la même cause (la gestion des six monnaies de la zone), la mise sur pied d’une Haute autorité monétaire de l’Afrique centrale. Le protocole y relatif fait d’ailleurs partie des textes fondateurs des institutions de la nouvelle Communauté. Le prochain Conseil des ministres du Comité de pilotage (Copil/CER-AC) devrait essentiellement reposer sur leur adoption. Une donne qui date de depuis la dernière session du 11 août 2022 à Yaoundé. Et qui aurait en principe dû anesthésier, à défaut de la rendre inutile, toute envie de prendre de nouvelles initiatives.

Seulement et une fois de plus, on ne l’entend pas de cette oreille à la Commission de la CEEAC. Le parachèvement institutionnel se poursuit malgré les grandes avancées du processus de la rationalisation des CERs, notamment avec l’intégration désormais actée de la Communauté économique des pays des Grands lacs (CEPGL). La réunion de novembre dernier coïncidait avec la célébration de la 4ème Journée de l’intégration régionale et des 40 ans de la CEEAC. Une occasion idoine et supplémentaire pour le président de l’institution communautaire de réaffirmer sa vision et son autonomie par rapport à la fusion en cours. Tant elle visait d’une part à «mieux connaitre le PAPSS, d’en comprendre les enjeux et le fonctionnement, en vue d’élaborer une feuille de route pour son opérationnalisation dans l’espace communautaire de la CEEAC». Et d’autre part à «amorcer un processus qui permettra à la CEEAC de s’arrimer à la dynamique continentale de résolution des problèmes de la convertibilité des monnaies qui obère les coûts des transactions et réduit la compétitivité économique du continent», rend compte l’institution sous-régionale.

TAA

Production de viande et de poisson: l’onction de la Communauté à la Cebevirha

Une délégation de la Commission économique du Bétail, de la Viande et des Ressources halieutiques (Cebevirha) conduite par son secrétaire exécutif a été reçue par le président de la Commission de la Cemac ce lundi 4 décembre 2023. Pour Salvador Ngoandé, il était question de «recueillir des conseils et orientations sur les préoccupations qui ont trait au fonctionnement de son institution et partager la vision qu’il entend impulser à la tête de celle-ci, cinq mois après sa prise de fonction».

L’audience s’est tenue au siège provisoire de la Commission de la Cemac à Malabo, en Guinée Équatoriale, en présence des commissaires Fulgence Likassi-Bokamba en charge de l’Éducation et du Développement social; de Ngabo Seli Mbogo en charge du Marché commun, ainsi que de Ruffina Mangue Mani Obono, la directrice du cabinet du président de la Commission.
Le secrétaire exécutif n’a pas manqué de remercier le président de la Commission de la Cemac pour son oreille attentive vis-à-vis de la Cebevirha. Car cette institution porte une partie importante de l’intégration régionale à travers la promotion des activités d’élevage pour la production de la viande et du poisson, ainsi que leur commercialisation.

En effet, la Cebevirha, initialement institution spécialisée de la Cemac de 2002 à 2021, a été érigée en agence d’exécution depuis 2013. Basée à Djamena au Tchad, elle se positionne comme une institution de référence pour les États et les partenaires en matière d’appui au développement durable des ressources animales, halieutiques, aquacoles et des échanges au bénéfice des populations de la Cemac.

Diane Kenfack

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