Conseil des ministres de la rationalisation des CERs: la CEEAC conteste le mandat de Paul Biya

Gilberto Da Piedade Verissimo a fait présenter sa vision du processus lors de la cérémonie d’ouverture des travaux de Yaoundé. Elle tranche avec l’option du président camerounais en faveur d’une fusion-constitution d’une nouvelle CER. Mais elle se veut une réserve et non une résistance.

 

 

Conseil des ministre

La participation de la Commission de la CEEAC à la cinquième réunion du Conseil des ministres de la rationalisation des CERs d’Afrique centrale (Copil CER-AC) était scrutée à la loupe ce 11 août 2022 à Yaoundé. Elle s’est surtout caractérisée par une déclaration forte du président de l’institution sous-régionale. Gilberto Da Piedade Verissimo souligne d’abord que «pour la Commission de la CEEAC, l’intention du leadership politique de la région exprimée à ce jour est sans ambiguïté l’option d’une rationalisation par absorption». Le dirigeant communautaire représenté aux travaux de Yaoundé par son directeur de cabinet laisse ensuite entendre qu’«il ne nous paraît ni raisonnable, ni productif d’envisager dans la situation actuelle, la rationalisation par fusion-constitution». À l’en croire, enfin, «la CEEAC est convaincue qu’une rationalisation faite autour d’elle, sous la modalité de la fusion absorption des trois CERs existantes tout en privilégiant une intégration par la voie de la convergence des politiques et des programmes, a plus de chances de réussir face à la multiplicité des parcours historiques et politiques». Surtout «si l’on veut éviter d’introduire le germe de la division et de la rupture dans la région. Ce qui conduirait à la paralysie et à terme à la destruction de notre communauté», prévient le dirigeant communautaire.

Ces déclarations présentées comme des «réserves» tranchent pourtant avec le mandat confié par ses pairs au président camerounais, Paul Biya, président dédié de la rationalisation. Lequel a déjà validé l’option d’une fusion-constitution pour la création d’une nouvelle CER. Une option qui justifie d’ailleurs les travaux de Yaoundé précédés de ceux des experts et présidés en son nom par le ministre camerounais de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), président du Copil CER-AC. Alamine Ousmane Mey a en effet placé lesdits travaux sous le signe de «l’examen et la validation des projets de textes». Le traité constitutif de la nouvelle CER en fait partie. L’ambition est «de donner un coup d’accélérateur au processus de rationalisation», a notifié à ses pairs le Minepat. À la suite de la prise de position du représentant du président de la Commission de la CEEAC.

Réserves

D’après le message délivré ce 11 août 2022 à Yaoundé par le directeur de cabinet de Gilberto Da Piedade Verissimo, «il n’a donc jamais été question de la disparition de la CEEAC et de son remplacement par une autre institution. On parle toujours de la réforme de certains de ces organes». Le président de la Commission de la CEEAC en veut pour preuve que «le chantier de la rationalisation, nous le savons tous, peinait à prendre son envol, lorsque dans leur clairvoyance, les chefs d’État ont lancé en mai 2015 à Ndjamena, celui de la réforme de la CEEAC. Conduit sous le leadership de la République gabonaise, le processus lié à ce chantier a abouti en décembre 2019, à l’adoption du Traité révisé de la CEEAC. Sa ratification universelle, moins d’un an après son adoption, est le signe d’une profonde adhésion aux objectifs et mécanismes identifiés pour la mise en œuvre de la réforme institutionnelle, a conduit à la mise en place de la Commission de la CEEAC».

Le dirigeant communautaire insiste par ailleurs dans son argumentaire sur deux faits. Le premier concerne «la 8ème session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement tenue à Libreville en novembre 2016, un an après la décision de réaliser la réforme institutionnelle de la CEEAC prise en Ndjamena en mai 2015, au cours de laquelle la Conférence avait clairement réitéré son engagement à renforcer l’intégration en Afrique centrale en accélérant le processus de l’intégration de la Cemac et de la CEPGL au sein de la CEEAC».

Le deuxième fait est la confirmation de cette position «lors de la 18ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement tenu à Libreville en novembre 2020. À cette occasion, la Conférence avait de nouveau exprimé son engagement à renforcer l’intégration régionale en Afrique centrale, par l’accélération du processus de l’Intégration de la Cemac et de la CEPGL au sein de la CEEAC».

Et le président de la Commission de la CEEAC d’indiquer que «c’est sur cette base qu’elle travaille aujourd’hui et continuera à travailler jusqu’à ce que les mêmes leaders, n’adoptent une position différente et ne donne une nouvelle orientation qu’elle s’empressera à mettre en œuvre». D’où les félicitations adressées pour «le travail réalisé par la présidence du Copil CER-AC depuis sa mise en place avec l’appui technique et financier de la CEEAC et de la Cemac».

À en croire Gilberto Da Piedade Verissimo, «nul ne comprendrait d’ailleurs que moins de 5 années après avoir adopté un traité aujourd’hui ratifié par la totalité des membres, que nous engagions dans une nouvelle aventure d’un nouveau traité sur le même objet.  Une telle démarche sèmerait le doute dans l’esprit de nos partenaires et porterait à coup sûr atteinte à la crédibilité de notre région». Il souligne toutefois que «la position de la CEEAC ne doit nullement être interprétée comme une résistance au processus de rationalisation en cours. La CEEAC sait bien qu’une telle décision ne peut relever que du ressort des chefs d’État et de gouvernement. Sa contribution doit être une aide à la décision».

Recadrage du Copil CER-AC

«La rationalisation des CERs d’Afrique centrale vise la mise en place d’une seule Communauté économique régionale dans notre région. le cap a été fixé par nos chefs d’Etat». Le président du Copil CER-AC précise en plus que c’est à cette fin que «Son Excellence Paul Biya a reçu de ses pairs, lors de la 14ème conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEEAC tenue à Kinshasa en 2009, le mandat  de cette mission noble et déterminante». Car pour Alamine Ousmane Mey, il est «en effet important que les propos, les discours et les énumérations de dates mentionnent également précisément cette date de 2009».  Compte tenu aussi de ce que «les travaux qui s’ouvrent ce jour s’inscrivent dans cette mouvance de création d’une seule CER en Afrique centrale et sont davantage l’indicateur de l’aboutissement prochain du processus de rationalisation des CERs d’Afrique centrale».

D’après le président du Copil du CER-AC, d’ailleurs, «ces travaux se tiennent à la suite des sessions  du 9 au 13 septembre 2020 et du 24 au 28 mai 2021 de la Cellule des experts du Copil Cer-AC ayant abouti à la validation des textes juridiques fondateurs  de la nouvelle Communauté économique régionale  devant remplacer la CEEAC et la Cemac». Au rang des textes évoqués par le président du Copil CER-AC figure en effet le Traité constitutif de la nouvelle CER.

 Cemac-UA

Le président de la Commission de la Cemac est présent aux travaux de Yaoundé. Dans sa prise de parole, le Pr Daniel Ona Ondo s’est notamment réjoui de «la pleine et entière participation de la Commission de la Cemac à ce processus ambitieux et s’est félicité du travail accompli à ce jour». «Nous ne ferons pas un exposé pro domo de notre Communauté. Il est temps en effet, que ces deux institutions, au lieu de se tourner le dos, travaillent en symbiose dans l’intérêt bien compris de nos États. Que l’intérêt général prime avant l’intérêt particulier», a en outre requis le dirigeant sous-régional.

Quant au Pr Moukoko Bonjo, représentant du président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, il a affiché «le soutien total de l’UA dans l’accomplissement du mandat du président camerounais, qu’il a reçu de ses pairs de mettre en place une seule CER en Afrique centrale».

Théodore Ayissi Ayissi

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