Connectivité de l’Afrique centrale : Mention médiocre

En matière de production, de mobilité intra-régionale et d’infrastructure d’interconnexion, la sous-région semble quasiment en désintégration depuis 3 ans.

 

Le processus d’intégration dans la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) est en immersion. Les principaux indicateurs de performance d’interconnexion sont au rouge. C’est ce que nous révèle la deuxième édition de l’Indice d’intégration régionale africaine (IIRA 2019) de la Commission économique des nations unies pour l’Afrique (CEA). Rendu public le 22 mai dernier au cours d’une visioconférence continentale incluant la CEA, la Commission de l’Union africaine (UA), la Banque africaine de développement (BAD) et les experts des 8 communautés économiques régionales de l’UA, l’IIRA démontre que la CEEAC est une Cer en faible interaction.

Comme le démontre la figure 1 ci-contre, la sous-région regorge encore d’innombrables barrières aux échanges de biens (les mesures non tarifaires, sanitaires et phytosanitaires, les variations dans les lois sur l’étiquetage et les règles d’origine). Ce qui conduit la plupart des pays à ne pas importer chez leurs voisins de la sous-région, car c’est plus cher, délicat et risqué. Il en est de même de la mobilité des personnes. Plusieurs formalités sont encore nécessaires (dont la plus importante le visa) pour être autorisées à se rendre dans un autre pays de la sous-région. Enfin, la production: il est quasi impossible de trouver des chaines de production complémentaire entre 2 ou plusieurs pays. Cette absence de chaine de valeur régionale et de complémentarité se justifie (vice versa) par le niveau d’importation extracommunautaire.

Contre performance

Pire, la CEEAC obtient un score moyen plus faible qu’il y a trois ans, lors de la première édition. La sous-région part d’une performance de 0,453/1 en 2016 à 0,442/1 en 2019. Par dimension, on constate qu’en 2016, l’Afrique centrale a obtenu 0,526 en intégration commerciale, et 0,451 en infrastructures régionales. En 2019, c’est respectivement 0,357 et 0,373. Toutefois, sur les dimensions libre circulation des personnes et intégration productive, les résultats obtenus ces 3 dernières années par les 6 États de la Cemac ont contribué à l’amélioration de la performance de la CEEAC: de 0,293 à 0,323 pour l’intégration productive et de 0,400 à 0,469 pour la libre circulation des personnes.

Pour sortir de cette situation de marasme de connectivité, la CEA recommande aux pays d’accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf). Ceci passe par l’instauration d’une complémentarité entre les capacités de chaque pays et l’amélioration des cadres régionaux de chaines de valeur dans différents secteurs. Les pays doivent renforcer les capacités des travailleurs pour les adapter aux exigences de création et d’adaptation aux chaines de valeur régionales.

Pour ce qu’il est des infrastructures, un réseau infrastructurel performant améliore la qualité du service. Ces services sont le socle du bien être social, de normes de santé et de sécurité acceptables et d’un environnement décent. L’obstacle du financement pourrait être levé par le recours à des variantes de partenariats public-privé innovantes pouvant attirer des capitaux et expertises additionnels.

Pour réaliser tout cela, l’Afrique centrale a besoin d’amplifier la mobilité de l’expertise et des capitaux, en adoptant le passeport africain, comme prévu par le Protocole (de Kigali) sur la libre circulation des personnes de l’Union africaine. Cette ouverture vers l’interdépendance favorisera une meilleure résilience face aux chocs exogènes (pétrole, crise sanitaire) et donc affinera l’intégration macroéconomique.

Zacharie Roger Mbarga

Intégration macroéconomique

La relative bonne performance

En l’absence d’une convergence économique régionale en application, la sous-région tire profit du système de surveillance multilatérale de la Cemac et de la discipline budgétaire et financière de certains pays membres.

La meilleure performance dans l’indice d’intégration 2019 de la CEA est réalisée dans la dimension intégration macroéconomique, avec une note de 0,689/1. C’est d’ailleurs la meilleure performance qu’enregistre une sous-région à l’échelle du continent.

Le secret de la sous-région réside sur 3 points: le taux d’inflation bas, la facilité à effectuer des transactions en monnaie locale et le niveau encourageant des investissements directs étrangers régionaux. En observant de manière plus approfondie, on constate que le système de surveillance multilatérale des pays de la Cemac, qui oblige les pays à maintenir leur niveau d’inflation à 3% maximum, a largement contribué à cette bonne performance.

Bien plus, le fait que ces 6 Etats aient une monnaie commune unique est définitivement bénéfique pour les transactions à l’échelle communautaire, même s’il est obligatoire d’effectuer préalablement le change en dollars pour obtenir une monnaie autre que le FCFA dans cette région. Le troisième indicateur lié aux investissements étrangers directs régionaux fait également la part belle aux placements financiers intracommunautaires Cemac. Les opérateurs économiques (commerçants, banquiers, assureurs, producteurs agricoles, prestation de services, emprunts obligataires…) des pays de la Cemac ont profité de l’existence de la convention de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac).

ZRM

Indice d’intégration régionale africaine

Une évolution conjoncturelle de la méthodologie

Ayant subi quelques toilettages, cette seconde édition de l’IIRA est davantage orientée vers la mise en œuvre de la Zlecaf.

 

La dernière édition de l’indice de l’Intégration Régionale Africaine (IIRA 2019) ouvre clairement la voie au panafricanisme. De prime abord, la nouvelle approche classe les pays africains non seulement au sein de leur communauté économique régionale, mais aussi au sein de l’Afrique. Plus loin, l’approche prend en compte des variables continentales telles que le rythme de ratification des instruments portant la création de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) par les pays. Pour ce qu’il est de la libre circulation, le référentiel est le protocole de l’UA sur la libre circulation, le droit d’établissement et le droit de résidence.

Montage technique

Bien que le nombre de dimensions et d’indicateurs demeure le même (5 et 16, respectivement), certains des indicateurs utilisés en 2016 ont été supprimés, et d’autres ont été ajoutés. Pour ce qu’il est des ajouts, dans la dimension commerce, l’indicateur Zlecaf a été ajouté. Dans la dimension intégration macroéconomique, l’indicateur du nombre de traités bilatéraux d’investissement en vigueur a été ajouté.

Pour ce qu’il est des suppressions, l’importation nette d’électricité (qui a été recalculée en tant que commerce net d’électricité) a été supprimée. L’indice de développement des infrastructures de la BAD va couvrir un spectre plus large. Du fait d’un manque de fiabilité et d’exhaustivité des données, l’indicateur du coût moyen d’itinérance a également été supprimé dans la même dimension infrastructure.

Visée

L’Indice de l’intégration régionale en Afrique (IIRA) 2019 évalue l’état de l’intégration régionale et les efforts déployés par les pays qui sont membres des huit communautés économiques régionales (CER) reconnues par l’Union africaine. Il compare chaque pays aux autres pays de la communauté économique régionale concernée, puis à l’ensemble des pays africains.

En mesurant l’intégration dans chaque pays et chaque communauté économique régionale au travers de cinq dimensions, l’IIRA met en exergue les domaines dans lesquels les politiques du pays ou de la communauté concernée fonctionnent le plus efficacement. Il identifie également les domaines dans lesquels des améliorations s’imposent. Les décideurs et autres acteurs peuvent se fonder sur ces informations cruciales pour améliorer l’affection des ressources et l’application des décisions.

ZRM

Kits de dépistages rapides

L’urgence de faire le bon choix

Avec plus de 4800 cas positifs, dont 528 pour la seule journée du 21 mai 2020, le Cameroun est plus que jamais rentré dans la phase de contagion communautaire du Covid-19. Le gouvernement a, dans sa stratégie de riposte, choisi l’option de dépistage massif et rapide, devenue essentielle dans la lutte engagée contre cette pandémie. Bien que nécessaire, la question est au centre d’une controverse dans certains pays, au sujet de l’efficacité de certains kits proposés sur le marché mondial.

Séance de remise de dons dans le Nord-Ouest

Un des enjeux majeurs de la riposte mondiale contre le nouveau coronavirus est aujourd’hui lié à la maîtrise des dépistages rapides des personnes infectées. La propagation vertigineuse de la pandémie au Cameroun impose aux autorités de faire le choix qualitatif pour éviter de réduire à néant les actions jusqu’ici menées dans la lutte contre le fléau.

Au Cameroun comme dans de nombreux pays, la demande se fait pressante et l’offre en matière de kits de dépistage rapide est loin d’être suffisante. L’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie sont, pour l’instant, les principaux continents qui alimentent ce marché, avec des offres variées dont la fiabilité fait, après analyse, l’objet de controverse.

Côté Cameroun, nous apprenons de bonne source que les autorités sanitaires explorent actuellement deux autres options (chinoise et allemande). Elles feront suite au don de 5000 kits offerts par le chef de l’État, le 7 mai dernier. Ces outils sont d’origine coréenne, à l’efficacité mondiale reconnue, mais dont la disponibilité fait défaut au regard de la très grande sollicitation des grandes puissances comme les États-Unis.

Avec la fulgurante progression de la pandémie dans le pays, le ministre de la Santé publique doit visiblement, dans l’urgence, faire un choix porté sur l’efficacité, la rapidité, la disponibilité et le cout des offres sur sa table.

On peut se féliciter de l’intention officiellement manifestée d’aller dans ce sens. Toutefois, on ne doit pas perdre de vue les récents scandales révélés par la presse internationale sur la fiabilité relative de certains kits produits en Chine. Les plus soupçonnés sont Bioeasy, AllTest ou Wondfo, qui ont affiché, après analyse, une efficacité limitée à 30%.

Il est incontestable que les couts et la disponibilité de certains de ces kits made in China paraissent attractifs, mais il n’en demeure pas moins que le risque pourrait s’avérer catastrophique pour le dépistage, le traitement et le suivi des cas infectés.

Sans rejeter en bloc toute l’offre de l’Empire du Milieu, les scandales révélés sur bons nombres de ces kits nous parlent. Il y a donc urgence à se doter de kits à l’efficacité avérée. Dans ce registre, les offres coréenne, allemande et même canadienne restent jusqu’ici réputées dans le monde entier. Pour leur niveau d’efficacité situé, selon la Foods and Drugs Administration, au-delà de 95%, certaines solutions sont actuellement très sollicitées dans le monde. Il s’agit notamment de Spartan Bioscience au Canada, de Bosch Healthcare Solution ou de Pharm Act en Allemagne. Les délais sont de 5 à 20 minutes pour les résultats post test et sur site.

L’autre centre d’intérêt qui s’impose dans cette course vers les kits de dépistage rapide réside dans le transfert de technologie. S’il est vrai que l’urgence oriente vers l’importation, notre pays devrait impérativement s’ouvrir aux offres qui incluent un transfert progressif de technologie pour envisager une production locale ou un partenariat avec des laboratoires localement implantés. Une telle option serait non seulement localement contrôlable, porteuse d’emplois, mais entraînera également la réduction des coûts de production pour un meilleur rapport qualité prix.

Remy Biniou

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