Commission de la Cemac : visages et chantiers de l’année 2018

A l’issue du dernier sommet extraordinaire des chefs de l’Etat tenu en N’djamena le 31 octobre 2017, un nouveau gouvernement de la communauté a été mis en place. Qui est qui dans ce gouvernement ?
Le nouveau gouvernement de la Cemac présenté par Idriss Deby Itno.

Réunie en session extraordinaire à N’djamena (Tchad), la Conférence des chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) a décidé, le 31 octobre 2017, de concrétiser les conclusions de la 13ème session ordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement membres de cet espace communautaire, tenue en Guinée équatoriale, le 17 février 2017.  De nouveaux hommes ont pu être placés à la tête des diverses institutions. Conformément aux dispositions validées en juillet 2012 à Brazzaville (Congo), le rééquilibrage a été opéré.  Tous les pays ont été servis.

A la Commission de la Cemac, la page du Congolais Pierre Moussa est désormais tournée. Le Gabonais Daniel Ona Ondo, son successeur, a pris les rênes de la présidence. A ce nouveau poste, l’ancien Premier ministre gabonais peut compter sur une vice-présidente (la Tchadienne Fatima HaramAcyl) et quatre commissaires (le Camerounais Shey Jones Yembe, le Centrafricain Clément Belibanga, le Congolais Michel Niama et l’Equato-guinéen José Antonio EdjangNtutumuAvomo).

De l’avis des observateurs, cette équipe est outillée pour faire face à certains dossiers prioritaires. Parmi ceux-ci, l’on retrouve en bonne place la mise en œuvre des décisions concernant la libre circulation dans l’espace communautaire, le financement de la Commission avec l’implémentation effective de la Taxe communautaire d’intégration (TCI).

Reste que, à un niveau ou à un autre, le parcours et le profil de ces nouveaux hommes restent plus ou moins mal connus. Pour éclairer ses lecteurs, Intégration propose une galerie de portraits du gouvernement actuel de la Commission de la Cemac.

Un dossier réalisé par

Didier Ndengue

Les chantiers du nouveau gouvernement

La nouvelle équipe dirigeante de l’institution communautaire doit, entre autres, poursuivre la sécurisation des frontières et la mise en œuvre du programme de réformes économiques et financières avec le FMI, assurer la protection des consommateurs et la matérialisation des programmes communautaires des transports et énergétiques.

Daniel Ona Ondo et ses collaborateurs ont du pain sur la planche. La nouvelle équipe managériale de la Commission de la Cemac, après avoir prêté serment le 02 novembre 2017 à Ndjamena, est déjà au front. Quelques jours seulement après la cérémonie de prise de fonction présidée par le président tchadien, Idriss Deby Itno, le nouveau patron de la Commission de la Cemac s’est rendu à Douala, pour assister à une réunion portant sur la protection du consommateur de la sous-région Afrique centrale, les 21 et 22 novembre 2017. «C’est un défi que nous devons relever», a lancé Daniel Ona Ondo face à la presse. Cela est d’autant plus urgent que les chefs d’Etat ont sommé la Commission de la Cemac d’examiner les modalités de relance de la consommation et d’élaborer un répertoire des produits disponibles dans la zone.

Continuité

S’il ne s’agissait que d’un baptême de feu, le catalogue des thématiques sur lesquelles Daniel Ona Ondo et ses collaborateurs devront travailler est fourni. Sur leur table en effet il y a le Programme de réformes économiques et financières (Pref – Cemac). Mis en œuvre avec l’appui du Fonds monétaire internationale, il doit permettre en cinq ans (2016-2019), non seulement de sortir la zone Cémac de la crise économique, mais également de diversifier son économie pour éviter de faire face aux difficultés similaires à l’avenir. Le Pref – Cemac côtoie le Programme économique régional (Per), dont la deuxième phase (2016-2020) vise également la diversification économique de la sous-région.

«C’est l’une des priorités de notre mandat», a déclaré le président de la Commission le 09 janvier 2018 au siège de l’institution à Bangui. C’était à l’occasion de l’examen du budget de la Commission pour l’exercice 2018. La Vice-présidente la Commission, en charge de ce dossier, a décliné les grandes lignes qui ont dicté l’élaboration de celui-ci. Notamment, la situation économique de la sous-région marquée par la crise pétrolière, les priorités contenues dans la feuille de route et les projets majeurs du Per.

Dans le domaine des infrastructures, les chefs d’Etat ont adopté la politique énergétique de l’Afrique centrale à l’horizon 2035. Celle-ci, étudiée par l’ancienne équipe de la Commission, couvre l’espace CEEAC, et vise  à doter la sous-région d’infrastructures énergétiques fiables, efficaces et capables d’assurer son intégration physique. La politique communautaire des transports à l’horizon 2035 compte aussi parmi les préoccupations. Son but est d’«assurer la fluidité des échanges de biens et la mobilité des personnes entre les pays d’Afrique centrale, par une politique des transports portant sur tous les modes et toutes les composantes du système de transport pour le développement économique et social durable de la région». Sur ce dernier point, il a été décidé de la mise en place d’un comité ad hoc des ministres en charge des Transports, afin d’examiner les modalités de soutien aux compagnies aériennes nationales de la sous-région.

L’institution communautaire est également attendue dans le domaine sécuritaire. Sur ce volet sensible, les chefs d’Etat ont instruit la Commission de prendre toutes les dispositions pour la création des postes sécurisés aux frontières, «afin de réserver le bénéfice exclusif de la libre circulation aux ressortissants de la communauté», précise le communiqué final des travaux de N’djamena. Toujours à propos de la libre circulation, il a été demandé aux Etats qui ne produisent pas encore les passeports Cemac, de le faire dans des meilleurs délais. Autre dossier issu du dernier sommet extraordinaire de N’djamena, c’est l’intégration des deux bourses actuellement en activité dans la sous-région. Toujours sur le plan institutionnel, le nouveau gouvernement devrait aussi accélérer le processus de rationalisation des Communautés économiques régionales d’Afrique centrale. La dernière session ministérielle du Comité de pilotage (Copil) de la rationalisation des CER en Afrique centrale s’est tenue en novembre dernier à Yaoundé. La mise en œuvre des mesures de rationalisation reste un défi majeur.

 Cemac des peuples

Il n’y a pas que les chefs d’Etat qui attendent beaucoup de la nouvelle équipe de la Commission de la Cemac. Les citoyens de la sous – région ont aussi leur mot à dire. Serge Aimé Bikoi, sociologue camerounais, est de ceux qui espèrent que l’arrivée d’un nouveau dirigeant à la tête de la commission de la Cemac viendra éradiquer les nombreux conflits au sein de la sous – région. «Il est question aujourd’hui de pouvoir aplanir un ensemble de divergences, qui sont généralement créés par certains dirigeants africains». A l’en croire, ce sont ces velléités individualistes qui font en sorte qu’il y ait un manque d’harmonie entre les populations de la région. «C’est la raison pour laquelle on peut davantage noter que certains ressortissants camerounais ont des difficultés à se frayer un chemin, que ce soit en Guinée Equatoriale, en RCA ou même dans les autres Etats de la sous-région», regrette le sociologue.

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Cemac : les six qui tiennent le gouvernail de la Commission

A l’issue du dernier sommet extraordinaire des chefs de l’Etat tenu en N’djamena le 31 octobre 2017, un nouveau gouvernement de la communauté a été mis en place.  Qui est qui dans ce gouvernement ?

Daniel Ona Ondo, « le Prof » prend la Commission
Daniel Ona Ondo, nouveau président de la Commission de la Cemac

Depuis des années, il fait partie de cette poignée d’économistes respectés dans la sous-région pour la qualité de son expertise, la clarté de ses arguments, sa facilité à vulgariser les sujets les plus compliqués… «Tout pour justifier son titre d’agrégé», peut-on lire dans les colonnes de l’Union, quotidien proche du pouvoir gabonais. Agé de 72 ans, «le Prof» (tel que l’appellent ses anciens étudiants et collaborateurs) est un intellectuel de haut vol. La plupart de ses idées et théories sont passées dans la littérature après avoir été redécouvertes par d’autres. C’est bien «un savant méconnu»  qui s’installe à la tête de la Commission de la Cemac.

Rompu à la haute administration, l’économiste a occupé  de hautes fonctions dans son pays. Après avoir été plusieurs fois ministre, il devient vice-président de l’Assemblée nationale en 2007. Il y reste jusqu’à sa nomination en janvier 2014 au prestigieux poste de Premier ministre, chef du gouvernement.

L’universitaire est marié et père de 9 enfants.

Fatima Haram Acyl, le binôme du président
Fatima HaramAcyl, le binôme du président

Entre 2012 et 2017, la Tchadienne a travaillé à l’Union africaine comme Commissaire en charge du Commerce et de l’Industrie. En cette qualité, elle participe à la construction de la Zone de libre-échange continental (ZLC) qui prend progressivement corps.  L’actuelle vice-présidente de la Commission de la Cemac maîtrise très bien les chantiers d’intégration sur le continent. Cette expérience devrait lui être utile dans ses nouvelles fonctions.

Elle est présentée comme «une femme d’action, dévouée au travail bien fait». Fatima HaramAcyl a  une parfaite maîtrise du français, de l’anglais et de l’arabe. Ces qualités sont le fruit de ses longues années de travail au sein de plusieurs organisations à travers le monde (Union Africaine, Price Waterhouse Coopers Commission du Bassin du Lac Tchad, Banque agricole et commerciale du Tchad notamment).

Fatima HaramAcyl est titulaire d’un MBA en Finance à l’université Xavier de Cincinnati (Etats-Unis) et d’une maîtrise en Administration des Affaires (Option Recherche Opérationnelle de l’Université de Moncton au Canada).

 

Shey Jones Yembe, l’homme des grands chantiers communautaires 
Shey Jones Yembe, l’homme des grands chantiers communautaires 

Les infrastructures, voilà un domaine que cet originaire du DongaMantung (région du Nord-Ouest du Cameroun)  maîtrise au regard de ses nombreuses expériences acquises sur le terrain. Ingénieur de conception en génie civil et ingénieur des travaux publics (spécialité construction hydraulique), l’ancien étudiant de l’université d’Essen (Allemagne) est un habitué de grands défis. Il l’a démontré, apprend-on,  lorsqu’il officiait comme secrétaire d’Etat au ministère des Travaux publics et du transport et  à la direction générale des grands travaux à la Présidence de la République du Cameroun.

Numériquement, cet ancien élève du PresbyterianPrimarySchoolNkambe, remplace Paul Tasong. Président du Conseil d’administration du Port autonome de Douala (PAD) depuis mars 2012,  Shey Jones Yembe (né le 30 novembre 1960) devra par exemple travailler à la mise en oeuvre du schéma directeur énergétique adopté en octobre 2017 à Douala par le comité ad hoc des ministres en charge de l’énergie des pays de la sous-région.

 

Clément Belibanga, un argentier qui se méfie du franc CFA
Clément Belibanga, un argentier qui se méfie du franc CFA

Le Centrafricain est le nouveau commissaire en charge du département des politiques économiques, monétaires et financières (DPEMF) de la Cemac. Il est notamment réputé critique vis-à-vis du franc CFA. L’économiste estime par exemple que «ce système de change fixe les prix mais n’équilibre pas le système économique; expose les pays membres aux chocs extérieurs sans possibilité d’utiliser  la politique d’ajustement  du taux de change; à la détérioration des termes de l’échange».

Clément Belibanga est  titulaire d’un Doctorat en Sciences économiques obtenu en 1986 à l’université des Sciences sociales à Toulouse en France option monnaie, banque et finance. Il renforce cette spécialité en 2003 par une formation continue qui l’a conduit à l’obtention d’un DESS/certificat d’aptitude à l’Administration des entreprises. Au titre d’expérience professionnelle, il a occupé plusieurs postes au sein de l’université de Bangui. On se souvient aussi, qu’entre févier 1997 et janvier 1998, il a fait un bref passage dans le gouvernement d’Unité nationale, en qualité de ministre du Logement, de l’Urbanisme et de la construction.

 

Michel Niama, le facilitateur du marché commun
Michel Niama, le facilitateur du marché commun

Le Congolais entre par la grande porte au sein de la prestigieuse institution communautaire. Il est nommé par décision n° 32 de la Conférence des chefs d’Etat, comme commissaire en charge du département du marché commun (DMC). Titulaire d’un Doctorat en sciences économiques et commerciales et d’un certificat de perfectionnement en discipline bancaire, l’universitaire devra faire preuve d’innovation pour consolider le marché commun.

Au moment où il prend les règnes de ce département, la Cemac est la seule région du continent africain où le taux d’échange commercial demeure très faible. A peine 5% seulement de commerce intra-régional. L’ancien attaché économique à la présidence de la République du Congo est né le 25 août 1958 à Matéla-Loudima (Congo-Brazzaville). Père de 5 enfants, il a également été le conseiller économique et financier du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan, et directeur général de l’Economie de son pays.

 

José Antonio Edjang Ntutumu Avomo, monsieur éducation et bonne gouvernance
José Antonio Edjang Ntutumu Avomo, monsieur éducation et bonne gouvernance

Il est jeune. Il a connait le processus d’intégration sous – régional. L’Equato-guinéen a le profil de l’emploi. Le nouveau commissaire en charge du département de l’Education, de la Recherche et du Développement social, chargé des droits de l’homme et de la bonne gouvernance (DERDSDHBG) force l’admiration de ses collègues.

Né le 14 novembre 1981 à Bileosi-Obuk (Guinée Equatoriale), il est, entre autres, titulaire d’un diplôme supérieur en finances, comptabilité et fiscalité et d’un parchemin en gestion, banque et finances obtenu à l’institut des Hautes Etudes bancaires et financières d’Oujda (Maroc). Après un passage  à la Société générale de banques en Guinée Equatoriale (SGBGE) et à l’université de Guinée Equatoriale, il est désigné expert national au ministère de l’Intégration. Cette casquette lui permet de participer aux différentes réunions statutaires de la Cemac, de la Ceeac et de la Commission du Golfe de Guinée.

Avant sa nomination, il était depuis 2012, directeur général de l’intégration régionale au sein du département de l’intégration régionale et en même temps commissaire suppléant représentant la République de Guinée Equatoriale au sein de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf).

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Rôle et missions statutaires de la Commission de la Cemac

Ils sont précisés dans le Traité de la Cemac, qui constitue la matrice des textes de référence de la Commission.

La Commission de la Cemac est l’organe exécutif de la Communauté. Née de la reconfiguration de l’ancien Secrétariat Exécutif, elle est composée au sommet de six Commissaires désignés chacun par un État. L’un des Commissaires exerce la présidence de la Commission, l’un en assure la vice-présidence et les quatre autres tiennent chacun la conduite d’un Département.

Les fonctionnaires de la Commission sont repartis entre les directions techniques relevant du cabinet de la présidence et les quatre départements œuvrant chacun en ce qui le concerne pour assurer la mission de coordination de la Commission :

– Le Département du Marché Commun ;

– Le Département des Infrastructures et du Développement Durable ;

– Le Département des Politiques Économiques, Monétaires et Financières ;

– Le Département de l’Education, de la Recherche et du Développement Social, chargé des droits de l’Homme et de la Bonne Gouvernance.

A cette architecture, s’ajoutent les Représentations de la Commission au sein de chaque pays membre gérées par une équipe d’environ six personnes.

De manière générale, la principale mission assignée à la Cemac est de développer un espace intégré et d’y promouvoir un développement harmonieux. Pour y parvenir, la Cemac se fixe des objectifs, notamment :

– parvenir à la libre circulation des personnes, des biens et des services afin de créer un véritable marché commun ;

– assurer une gestion stable de la monnaie commune ;

– sécuriser l’environnement des activités économiques et des affaires ;

– harmoniser les politiques sectorielles nationales pour une intégration toujours plus renforcée.

 

Feuille de route de l’équipe Ona Ondo

S’agissant de la feuille de route, on peut relever entre autres :

-La relocalisation effective de la Commission de la CEMAC à Bangui ;

-La mise en œuvre effective de la libre circulation des personnes dans l’intégralité de l’espace communautaire, en veillant à l’application pleine et entière de l’Acte Additionnel du 25 juin 2013 y relatif ;

-Le suivi de la mise en œuvre du Programme Economique Régional (PER);

-La finalisation de la relecture du Programme Économique Régional (PER);

-La mise en œuvre de l’Acte Additionnel relatif au recouvrement intégral de la TCI ;

-Le suivi des négociations avec l’Union Européenne, éventuellement de concert avec l’Union Africaine (UA), pour un Accord de Partenariat Économique (APE) à configuration régionale ;

– La mise en application du nouveau Code Douanier révisé ;

– L’adoption de la Politique Commune de Transport et du Schéma Directeur des Infrastructures Routières et Ferroviaires en zone CEMAC ;

– L’adoption de la Politique énergétique et du Schéma Directeur pour la production et le transport de l’électricité en zone CEMAC ;

– Le renforcement de la gouvernance des Institutions, Organes, Institutions spécialisées et Agence

Intégration

Journaliste Chef de bureau Douala

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