Comité inter-Etats de la Cemac: une session pour conforter les acquis dans la sous-région

Le Pr Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) a donné sa lecture de la situation actuelle  dans la zone et formulé plusieurs propositions.

Évaluer le projet de budget de la Cemac pour l’exercice 2020 et faire des propositions pour améliorer la situation économique de la sous-région. Tel est l’objectif principal des assises qui réunissent depuis  le  31 octobre 2019 à Yaoundé, les experts du Comité inter-Etats de l’Union économique d’Afrique centrale (UEAC). Elles se tiennent en prélude à la 34e session du conseil des ministres prévue pour une date ultérieure. Au cours de la cérémonie d’ouverture présidée par Charles Assamba, directeur de la Coopération multilatérale et de l’Intégration au ministère de l’Économie, de la planification et de l’aménagement du Territoire (DG Coop/ Minepat), le Pr Daniel Ona Ondo a planté le décor de la présente session.

1-Contexte

Selon le président de la commission de la Cemac, ces assises s’inscrivent dans un contexte bien précis. Si elles s’inscrivent dans le cadre de l’inauguration du mandat du Cameroun, les travaux débutés hier interviennent au lendemain des réunions régionales statutaires de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac) et de la 9e session du Comité de pilotage du programme des réformes économiques et financières  (Copil Pref cemac).Sans oublier la réunion des ministres de la zone Franc tenue à Paris et les assemblées annuelles du Fond monétaire international et de la Banque mondiale de Washington.

2-Situation

Daniel Ona Ondo a ainsi dépeint la situation économique de la sous-région. Selon lui, les indicateurs macroéconomiques pointent une nette amélioration. En termes de performances économiques, les pays de la sous-région ont marqué un sursaut susceptible de redonner confiance et espoir. La preuve lance-t-il, « les efforts des politiques de stabilisation ont porté leurs fruits ». À l’instar des déséquilibres extérieurs, les déséquilibres budgétaires ont été tenus, voire en partie résorbés, en dépit de la pression sur les finances publiques exercées par les impératifs de lutte contre l’insécurité dont la persistance pourrait compromettre les efforts de réformes entrepris ».

Dans la palette des signes d’embellie, l’ex-Premier ministre gabonais  en a relevé 2 autres: le  redressement des réserves de change induit par l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation et la finalisation du processus de fusion des deux marchés financiers de Douala et de Libreville. Pour s’en féliciter, Daniel Ona Ondo a fait part des engagements pris par la Banque mondiale dans l’accompagnement et l’implémentation  de la seconde phase dudit processus.

3-Vulnérabilités

Pour autant, ce n’est pas un aboutissement, mais un point de départ, semble dire le Gabonais. Bien que ce tableau montre une économie relativement en bonne santé, la crise est loin d’être derrière la sous-région, tant celle-ci présente encore un grand nombre de vulnérabilités. Si l’on prend le cas de la croissance économique, on note que les économies de l’Afrique centrale restent exposées aux chocs exogènes. Des chiffres dévoilés par Daniel Ona Ondo, l’on apprend que la croissance du secteur hors pétrole a enregistré un ralentissement de 1,7% après 2,3% en 2017, dans un contexte marqué par une faible mobilisation des ressources internes.

Sur un autre chapitre, l’orateur touche la question de la Taxe communautaire d’intégration (TCI). A la fin septembre 2019, l’indice de recouvrement pointe seulement 46%. Comble de tout, en moyenne depuis des années, elle n’a guère dépassé le niveau de 40%. « Il est difficile de comprendre, alors que les importations de la zone ne se sont pas effondrées, et sont même dirigées à la hausse, que la TCI, en réalité une recette affectée, et donc en théorie, de nature déconnectée des trésors nationaux, soit si compliquée à recouvrer », peste Daniel Ona Ondo.

Ce diagnostic posé, il s’accompagne de solutions. Pour enclencher de nouvelles dynamiques, le président de la Commission de la Cemac insiste sur l’amélioration du climat des affaires, afin de mieux positionner  les pays de la sous-région dans le classement Doing Business. Dans  le même sens, prescrit Daniel Ona Ondo, les pays de la sous-région doivent œuvrer davantage pour supprimer les obstacles sur les corridors de transport routiers, à l’effet de faciliter et d’intensifier le commerce inter-régional.

Pour  favoriser la mobilisation des ressources internes, le patron de la Cemac exhorte les États de la communauté à « mettre en œuvre des mesures dédiées, notamment celles recommandées par les 8è et 9è sessions du Comité de pilotage du programme économique et financier de la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Copil du Pref Cemac) ».

4- Budget

Le projet de celui de l’année 2020, est estampillé « budget des mayens », à en croire Daniel Ona Ondo. Ce dernier rappelle qu’il a été élaboré pour permettre la réalisation des missions essentielles de la communauté, avec un accent particulier sur la formation du capital humain. « En dépit de ressources contraintes et grâce à l’appui extérieur, nous avons veillé à assurer la continuité de fonctionnement des institutions spécialisées et agences d’exécutions porteuses de programmes sectoriels dont les effets sont bénéfiques pour les populations (…) Nous avons également veillé à doter de ressources, peut-être pas à la hauteur des besoins exprimés, les nouvelles entités mises en place par les hautes instances décisionnelles », expose-t-il.

 Attentes

D’où le trop plein d’espoir que les assises de Yaoundé charrient. Parce qu’il est essentiellement consacré à l’élaboration du budget de la communauté au titre de l’année 2020, le comité Inter-États doit faire des  propositions porteuses. Notamment sur les stratégies de collecte afin de permettre à la Cemac de se doter des ressources conséquentes pour effectuer un saut qualitatif dans son intégration.  Vu sous cet angle, les instituts de formation bénéficiant de 20% du budget doivent eux-aussi mettre en œuvre des solutions génératrices de recettes financières. Les résultats de ces travaux seront ainsi soumis aux ministres de l’UEAC.

Joseph Julien Ondoua Owona

 

Pr Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la Cemac

« Tous les pays de l’Afrique centrale vont sortir la tête de l’eau »

« Nous étions en crise en 2016 et les pays de la sous-région se sont réunis ici même à Yaoundé, ils ont refusé la dévaluation du franc CFA. Ils ont accepté un ajustement réel. Tous les pays aujourd’hui sont pratiquement en programme avec le Fond monétaire international. Le Congo vient de signer avec le FMI, la Guinée équatoriale va aussi signer. Parce qu’il ne faut pas l’oublier l’ajustement est un ajustement régional parce que les chefs d’Etats ont voulu que ce soit une affaire régionale. Donc de ce côté, je peux affirmer que tous les pays de l’Afrique centrale vont sortir la tête de l’eau. La croissance est au rendez-vous. Naturellement, on se plaint de cette croissance parce qu’elle n’est pas encore suffisante pour qu’il y ait une meilleure résilience de nos économies parce qu’elle dépend encore essentiellement du pétrole. Nous voulons que la croissance soit plus inclusive. Avec le l’aide du FMI, nous voulons partir de l’ajustement structurel au développement. Parce qu’on ne mange pas la croissance, on mange le développement. On veut que le FMI et la Banque mondiale nous aident  mais il faut que nous fassions des efforts à notre niveau, qu’on améliore notre gouvernance. 3% de commerce intra-régional, ce n’est pas assez. Il faut faire en sorte que les mange-mil qu’on trouve sur nos routes n’existent plus ;  qu’on fasse en sorte qu’on améliore les structures économiques et financières. Et, il faut le dire, les chefs d’Etats sont parfaitement d’accord ».

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