Odile Atangana: ‘’Mon cœur de patriote et de panafricaniste saigne’’

Je m’inquiète, parce chez nous le journalisme a perdu de ses valeurs

Odile Atangana

Journaliste politique et lobbyiste, la Camerounaise en séjour médical en Suisse se lâche sur des sujets d’actualité : corruption des dirigeants et gouvernants africains; problèmes sécuritaires dans la sous – région Afrique centrale; unité nationale et problème anglophone au Cameroun…

 

Madame Odile Atangana vous êtes journaliste politique réputée et stratège en communication politique à l’international. Qu’est-ce que vous dites d’essentiel sur votre carrière dans la presse et dans la communication politique?

Il faut aimer ce qu’on fait avec passion. Exercer le métier de journaliste n’est pas une sinécure. L’objectif de ma carrière est toujours resté le même : participer au développement de mon pays, le Cameroun. Je suis journaliste et stratège politique. J’ai choisi la politique pour deux raisons : comprendre le fonctionnement politique de l’Afrique qui semble maintenir tout un continent dans l’inertie ; et pouvoir y remédier à mon petit niveau.

De Paris où j’exerçais déjà dans une division Afrique, j’ai lancé une radio sur Internet pour réveiller l’Afrique, parler de l’Afrique au Français de la rue qui ne comprenait pas qu’on émigrait chez lui parce que tout était pillé chez nous. Toujours de Paris, je suis devenue l’attachée de presse du Directeur de Publication du Journal et de la Radio Le Démenti. Vous vous souvenez de ce qui s’y faisait. Très controversés, ces deux medias – là ! Mais à ce jour, Le Dementi avait raison, n’en déplaise aux esprits chagrins. Alors, j’ai compris que ma voix n’était pas assez forte pour être entendue de si loin.

Fin 2012, je suis rentrée au Cameroun. J’ai pris soin de conserver mon agenda. Et c’est cela qui m’a permis de faire de la stratégie politique, de profiter de cette promiscuité avec certains dirigeants du continent pour intervenir, lancer des S.O.S. au secours de l’Afrique et même décrier le laxisme, la corruption et l’injustice devenus le quotidien de l’Afrique.

J’ai pris de gros risques comme paneliste sur certaines chaînes de télévision et de radio en Afrique. Certains dirigeants ont compris ; et on s’étonne de voir les résultats dans’ leurs pays. D’autres essaient, mais redoutent les représailles du grand colon. D’autres, hélas, ont les pieds et poings liés. Je peux donc résumer ma carrière, qui n’est pas terminée, comme une passion. Un apostolat, une réussite. Si j’avais à recommencer, je serais toujours journaliste.

Depuis plusieurs mois, on vous a perdue de vue dans le monde des médias et de la communication. Vous ne participez plus à des colloques à l’international, on ne vous voit plus parlant à l’oreille des chefs d’Etat. Qu’est-ce qui explique cette absence?

La dernière fois qu’on s’est vus, c’était à la remise du prix Unesco Teodoro Obiang à Malabo. Mais je suis repartie à Malabo pour remettre le prix du Dialogue Islamo-chrétien décerné à Mme Constancia Mangue de Obiang, accompagnée du bureau de cette structure qui a déjà remis le même prix à des personnalités comme le Roi du Maroc, etc. Et je ne me sentais pas déjà bien ; mais j’ai quand même assisté à la grande fête de l’Union africaine à Kigali.

…Je suis énormément ce qui se passe en Afrique et surtout dans la sous-région. J’ai déploré la tentative du coup d’Etat en Guinée Equatoriale. Le travail qu’abat le président Obiang dans son pays est remarquable. Il n’est peut – être pas parfait, mais il a installé le bien-être en Guinée Equatoriale. Même si une petite poignée de frères Guinéens n’apprécient pas les grandes bâtisses, les autoroutes et la Paz, la clinique de la Madona de Guadelupe… Ils n’aiment pas, c’est tout, on n’y peut rien. Nos frères de Centrafrique n’ont toujours pas trouvé la paix malgré le changement de chef d’Etat. Au Cameroun, la guerre sévit au nord et maintenant dans la zone d’expression anglaise….

Quand je suis allée à Libreville avec le Corps panafricain des observateurs électoraux (CPOE) pour la dernière présidentielle, je ne pouvais plus marcher. On a pensé à toutes les maladies. Je suis d’abord revenue dans mon pays d’adoption, la Côte d’Ivoire. Le traitement s’est avéré limité. Les infrastructures, les médicaments, tout semblait non adapté à ma souffrance. Et depuis des mois, je suis en Europe où je retrouve tout doucement la santé, grâce à l’Éternel.

A ce jour, comment vous vous portez?
A ce jour, je ne souffre plus physiquement, mais j’ai été très fragilisée par cette maladie, très rare, sans explication dans la médecine moderne, puisque n’accusant aucun virus pouvant mettre ma vie en danger de cette façon-là. On dit donc Gloire à Dieu.

Combien de temps faudra-t-il pour vous remettre totalement?
Le temps pour me remettre? Les médecins me le diront, c’est une maladie très maligne, qui peut revenir un matin, c’est pour cela le traitement prendra du temps.

Qui supporte la facture de vos soins de santé?
Mon travail a dû être apprécié par mes partenaires en communication. Ils ont décidé de m’aider. Je ne citerai pas de noms, mais ils ne sont pas Camerounais.

Vous êtes restée malgré la maladie une observatrice avertie de la scène médiatique ou politique en Afrique et dans le monde. Quelle est votre analyse de la situation socio – politique en Afrique centrale?
Je suis énormément ce qui se passe en Afrique et surtout dans la sous-région. J’ai déploré la tentative du coup d’Etat en Guinée Equatoriale. Le travail qu’abat le président Obiang dans son pays est remarquable. Il n’est peut – être pas parfait, mais il a installé le bien-être en Guinée Equatoriale. Même si une petite poignée de frères guinéens n’apprécient pas les grandes bâtisses, les autoroutes et la Paz, la clinique de la Madona de Guadelupe… Ils n’aiment pas, c’est tout, on n’y peut rien.

Nos frères de Centrafrique n’ont toujours pas trouvé la paix malgré le changement de chef d’Etat. Au Cameroun, la guerre sévit au Nord et maintenant dans la zone d’expression anglaise.
Mon cœur de patriote et de panafricaniste saigne, quand je ne vois aucune solution trouvée à ces deux problèmes. Mais Dieu est au contrôle dans notre beau Pays. Tout s’arrangera.

Avez- vous des attentes ou des souhaits à formuler par rapport à la situation socio – politique en Afrique centrale?
Je suis désolée de dire que je n’ai plus aucune attente par rapport à la situation sociopolitique en Afrique centrale. Nous savons tous que «des forces endogènes entretiennent des relations incestueuses avec des forces exogènes » et tant que c’est ainsi, il n’y aura rien à attendre de notre sous-région et même d’ailleurs de notre continent tout entier. Des souhaits à formuler, hélas oui. Un amour de son pays, la fierté d’être Africain, le respect de soi et par ricochet de l’autre, la crainte de Dieu, enfin une réinstallation de l’Essence africaine dans la mondialisation.

Votre pays le Cameroun va organiser une élection présidentielle en octobre prochain et une coupe d’Afrique des nations de football dans douze mois. Avez-vous des pronostics?
La présidentielle en octobre 2018, si le CPOE est accrédité, je pourrais y jouer ma partition comme observateur électoral. Ce n’est pas une malédiction pour l’Afrique que des élections soient un motif de désordre ou de peur. Je crois que le Camerounais est déjà assez mur pour choisir son président et décidé de sauvegarder la paix dans son Pays.

Quel regard sur les problèmes sécuritaires sans précédents et les revendications sécessionnistes qui travaillent le Cameroun aujourd’hui?
La sécession. Je me souviens des deux Cameroun fédérés. Je connais la République fédérale du Cameroun et j’ai vu naitre la République unie du Cameroun et enfin la République du Cameroun. Les principaux signataires sont morts, mais les acteurs et les progénitures de ces signataires sont là et laissent parler de sécession. On ne désavoue pas son père. C’est manquer d’éthique et de classe.

Votre mot de fin?
Je vous remercie d’avoir eu le souci de savoir comment je me porte. Au Cameroun, on est amis et confrères sur les plateaux de télé ou de radio. Le journalisme est une confrérie, quand d’aucuns sont contents ou restent indifférents du sort de ceux qui souffrent ou sont en prison, je m’inquiète, parce chez nous le journalisme a perdu de ses valeurs. Alors je te dis bon vent que vive le journal sous-régional Intégration.

Propos recueillis par
Thierry Ndong Owona

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