Cinéma : l’Afrique cherche toujours son scénario

La 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) a permis d’immortaliser les cinquante vies du plus grand Festival de cinéma en Afrique.

Célébré dans la capitale burkinabé, du 23 février au 2 mars dernier, le Fespaco a tenu le pari existentiel. Et même s’il demeure en limbes dans l’esprit du milliard d’Africains, le festival a gardé sa capacité d’attraction des grands esprits de la lutte pour la dignité de l’homme noir. Achille Mbembe, Christiane Taubira ou encore Felwine Sarr ont pris part au traditionnel colloque du Fespaco présidé cette année par le Burkinabé Gaston Kaboré (Étalon de Yennenga en 1997 pour Buud Yam). Les présidents Paul Kagame, Ibrahim Boubacar Keita, le président de la Commission de l’Union africaine Moussa Faki Mahamat, complètent la liste des VIP qui, auprès du président burkinabé Roch Marc Kabore, ont rehaussé la symbolique de l’étalon d’or de Yennenga (la plus grande récompense du festival).

Ça tourne…
L’âge d’or du Fespaco, à travers ce cinquantenaire, traduit une constance dans la recherche des solutions de promotion du 7e art africain. À Ouaga, 20 films ont rivalisé d’adresse dans la catégorie long métrage dont « Les armes miraculeuses » du Camerounais Jean Pierre Bekolo. Les catégories documentaires longs ou courts, courts métrages de fiction, films d’animation, films des écoles africaines de cinéma, séries télévisées, sont elles aussi pourvues en rivalité. Pour cette édition, le Rwanda, pays invité d’honneur du festival, décroche le sacre. Le cinéaste rwandais Joël Karekezi repart avec l’Étalon d’or de Yennenga pour son film « The Mercy of the Jungle ». L’acteur principal du film, Marc Zinga, gagne aussi le prix de la meilleure interprétation masculine.

Même si le festival n’est pas un grand cru, et que l’africanisation des grandes affiches du cinéma mondial vient d’ailleurs, le Fespaco incube au mieux de ses capacités. Il reste toutefois très loin de son objectif de création : « des images de l’Afrique, par l’Afrique et pour l’Afrique ». La promotion des œuvres du 7e art africain reste besogneuse. L’infrastructure de production et de distribution reste essentiellement extravertie. Des initiatives sont perceptibles sur le continent et elles sont d’ailleurs bien accueillies par le public : Tombouctou, Le blanc d’Eyenga, Taxi VIP entre autres. Très peu pour créer une destination Afrique dans le monde du cinéma et faire entendre son originalité.

Action…
En ce moment le box-office mondial semble certes raffoler d’une certaine africanisation des superhéros. Spiderman devenu noir après le succès de Black panther, Black snake de Thomas Ngijol tente de consolider cette percée remarquée que les oscars ont magnifiée, permettant ainsi à Marvel, maison de production américaine, de glaner ses premières statuettes. Mais le continent noir peine à imposer son imaginaire extra supernaturel.

Sous les tropiques, c’est précisément le récit exotique qui manque le moins. Seulement, les fables, les contes, les proverbes, les chansons, réservoirs inépuisables de l’anthropologie esthétique africaine, demeurent cantonnés comme des moments de loisir, de simples amusements d’un autre siècle, dans la poésie imagée des mami watta ou encore Kulu et Ze ; l’hymne à la bravoure et à la résistance de Kunta Kinte, Nguele Mendouga, Chaka Zulu ou encore Gbehanzin. En plus, la prouesse de l’Égypte pharaonique, le miracle du moyen âge africain avec Gao, Songhaï et Mali sont autant de prétextes pour une narration cinématographique aux vertus du Fespaco.

Zacharie Roger Mbarga

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