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Chine : la nouvelle addiction africaine

Beijing, capitale de la République populaire de Chine, accueille les 3 et 4 septembre prochain la 3ème édition du Forum de la coopération Chine Afrique (Focac). «Un des événements majeurs du calendrier diplomatique chinois en 2018» à en croire Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères.

Le Forum sera «présidé» par le président chinois Xi Jinping. Après Beijing 2006 et Johannesburg 2015, le forum de coopération sera muté en sommet Chine-Afrique. Ce qui, de l’avis des autorités chinoises, se veut un impératif pour «répondre aux besoins importants et aux exigences pratiques du développement entre la Chine et les pays africains».

Quand on observe le format de la coopération sino-africaine, on est tenté de conclure que la stratégie africaine de rupture du cordon ombilical avec les métropoles occidentales s’incarne dans la création d’une nouvelle dépendance envers l’Empire du Milieu. Aujourd’hui, la dette africaine (tout format confondu) envers la Chine s’élèverait à 200 milliards de dollars. Au cas par cas, le géant chinois représente 70% de la dette publique bilatérale dans certains pays.

Ivresse

La Banque chinoise d’import-export (China EximBank) et la China Development Bank (CDB), de même que des fonds bilatéraux spécifiques comme le Fonds de développement Chine-Afrique (CAD Fund) fournissent à l’Afrique des capitaux qui lui permettent d’enrichir son parc infrastructurel. Et l’Afrique en redemande encore ! Son processus d’intégration économique, censé être son arme géostratégique géopolitique et géoéconomique, illustre avec éloquence le positionnement actuel du continent. L’Union africaine est financée par l’occident, son siège est construit par la Chine et c’est cette même Chine qui va offrir 300 millions de dollars pour les infrastructures du premier plan décennal de l’Agenda 2063. Le nouveau siège de la Cedeao lui aussi sera bientôt bâtit (financement, conception et ingénierie de construction) par la Chine.

Vieilles outres

Oui, nul ne peut vivre en vase clos dans le nouvel ordre mondial. Mais quiconque prétend à un positionnement stratégique à l’échelle mondiale doit se prémunir d’une monture de conquérant. Pour le citoyen africain, la coopération sino-africaine n’a fondamentalement rien de différent avec celle décriée de l’occident. La vraie fausse inconditionnalité de la dette chinoise est battue en brèche lorsqu’on évalue les contrats chinois d’exploitation du secteur extractif en Afrique. La roue sino-africaine n’est donc pas une révolution. En janvier dernier, les révélations françaises sur l’espionnage chinois au siège de l’UA se sont soldées par une visite de Moussa Faki Mahamat en Chine et une enveloppe de près de 500 millions de dollars pour l’UA.

La relation Chine-Afrique obéit sans doute aux «cinq principes de la coexistence pacifique», de Zhou Enlai (respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté, non-agression mutuelle, non-ingérence mutuelle, bénéfices mutuels, coexistence pacifique). Mais, elle ne s’écarte pas du format hégémonique connu lors du siècle dernier : sommet pays-continent (Chine-Afrique), le difficile partage technologique, l’identique attrait pour les minerais et hydrocarbures, création des grands espaces commerciaux (nouvelle route de la soie)…

Agenda décroisé

L’Empire du Milieu est dans une volonté de puissance. Cette conquête est aussi expansionniste que le néocolonialisme de la deuxième partie du 20ème siècle. L’Afrique est dans une dynamique qui a pour but l’autosuffisance par un modèle de développement autocentré. Ce qui est loin d’être une valeur dissuasive à l’échelle mondiale. Un soutien chinois pour la réforme du conseil de sécurité de l’Onu a un prix ! La garantie chinoise pour la création d’une monnaie africaine a elle aussi un coût !
«Rien ne peut plus se faire sans la Chine» cet aveu d’Emmanuel Macron est désormais l’antienne de l’occident. «La Chine est le laboratoire du monde» reconnait Tony Blair. La guerre économique basée sur les matières premières, mettant aux prises Chinois et Occidentaux, révèle le niveau d’influence géoéconomique de la Chine. Une force ouvrière, une capacité de production et de consommation et un investisseur envié.

Zacharie Roger Mbarga

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