Centrafrique : le huitième accord de paix laisse dubitatif

De nombreuses dispositions du document signé le 06 février dernier laissent planer le doute sur les chances de réussite de ce nouvel accord.

Signature solennelle de l’accord à Bangui.

Le document négocié à Khartoum (Soudan), n’était pas encore paraphé par les parties prenantes que des voix s’élevaient déjà pour dénoncer le texte. Le mot « amnistie » ne figure pas dans l’accord obtenu sous l’égide de l’Union africaine, relèvent des spécialistes. ” Mais les signataires, peut-on lire dans le document, rejettent « toute idée d’impunité ». Le risque de poursuites judiciaires n’est donc pas exclu, même si la probabilité semble limitée”, commente Radio France internationale.

Pour de nombreux observateurs,  les 14 groupes rebelles ayant pris part aux négociations sont néanmoins les gagnants de cet accord, au détriment de la population.

« Pour ramener les groupes armés à la capitale et pour mettre fin à leur déprédation, à l’intérieur du pays, il faudrait leur offrir quelque chose. Mais le problème est là : pas mal de ces acteurs sont responsables d’exactions contre les populations. Ce sont de vrais criminels de guerre », analyse Jeffreys Hawking.

Cet ancien ambassadeur des États-Unis en Centrafrique, aujourd’hui chercheur à l’IFRI à Paris, estime qu’ « on peut douter de la fiabilité de l’accord de paix » de Khartoum. « Partager le pouvoir avec les bandits et les coupeurs de rues, pour une bonne partie de la population centrafricaine, ça va mal passer. Donc comment d’une part convaincre les groupes armés de faire la paix, et d’autre part de rendre la justice aux Centrafricains et garder la légitimité de l’État ? C’est très difficile. Je pense que le rapport de force favorise malheureusement toujours les groupes armés ».

Cependant, d’autres préfèrent un mauvais accord, que pas d’accord du tout. C’est le cas de la Fédération internationale des droits de l’Homme, pour qui « c‘est un peu un soulagement parce qu’il y avait une inquiétude grandissante ces derniers jours, notamment à Bangui », si un accord n’était pas trouvé avec les mouvements rebelles.

Au sein du gouvernement centrafricain, on veut dédramatiser et l’on souligne les « raisons objectives de croire à cet accord ».  « Nous n’avons, nous gouvernement centrafricain et les Centrafricains même, pas d’autres alternatives pour croire en cet accord et en sa réussite. D’une manière plus objective, il faut noter que cet accord a été, contrairement aux autres, préparé de manière beaucoup plus systématique et minutieuse, dans le sens où les experts de l’Union africaine ont pris le temps de rencontrer à plusieurs reprises les groupes armés de manière à ce que, arrivés à Khartoum, nous puissions être en phase », a expliqué le ministre de la Communication.

Rappelons que les groupes rebelles contrôlent près de 80 % du territoire Centrafricain. L’accord de Khartoum prévoit « la dissolution intégrale des groupes armés sur toute l’étendue du territoire national ». De même, ces 14 mouvements armés s’engagent à « participer pleinement » au processus DDR de désarmement et à « bannir toute velléité d’accession ou de conservation du pouvoir par la force ».

Zéphyrin Fotso Kamga 

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