Cemac : nouvelle menace sur les importations

Un risque d’exclusion du système financier international pèse sur les banques de la sous-région.

Depuis plusieurs mois, le faible niveau de réserves de change (2,9 mois d’importations en fin 2017) de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) rend difficile les importations de marchandises. La situation pourrait d’avantage se complexifier. Un risque d’exclusion du système financier international pèse sur les banques de la sous-région. Pour comprendre, il faut savoir que pour permettre à un opérateur économique de la Cemac d’acheter un bien (médicament, véhicule, vêtement…) à l’étranger, aux Etats-Unis par exemple, la banque de ce dernier doit être en relation avec une banque basée aux Etats-Unis. Cet établissement de crédit est appelé correspondant bancaire et les deux structures entretiennent une relation de correspondance.

Le problème vient du fait que les correspondants bancaires rompent ou menacent de plus en plus de rompre leurs relations avec les banques locales au motif que le système de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme dans la sous-région n’est pas efficace. Du fait de cette inefficacité, ces établissements voient les contraintes liées à la surveillance des banques de la Cemac, ainsi que leur exige la législation internationale, s’accroitre. Pour se débarrasser du fardeau, les correspondants bancaires préfèrent donc mettre un terme à leur relation avec les banques de la sous-région.

Le phénomène a pour nom technique «de-risking» ou «élimination du risque» et préoccupe depuis quelques mois les autorités communautaires. Il a été tour à tour à l’ordre du jour du conseil d’administration de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac) et de la réunion des ministres des Finances de la zone franc tenu respectivement le 26 mars, les 12 et 13 avril, sans pour autant que des mesures concrètes visant à faire face au problème soient énoncées.

Le phénomène, qui concerne moins les filiales et succursales des banques étrangères, menace pourtant la compétitivité des banques commerciales sous régionales opérant avec des capitaux privés d’origine locale. En plus des importations, l’«élimination de risque» leur rend moins aptes à fournir d’autres services à leur clientèle à l’instar de la réception ou de l’envoie des fonds à l’étranger. Les Etats de l’Afrique centrale devraient donc mettre en place un système lutte contre le blanchiment des capitaux et la lutte contre le terrorisme beaucoup plus efficace.

Aboudi Ottou

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