Catastrophe de Gouachié : Le plaidoyer des urbanistes

Au cours d’un point de presse tenu le 8 novembre 2019 à Yaoundé, le Pr Yimgaing Moyo, président du Conseil de l’Ordre national des architectes-urbanistes du Cameroun, décline toute implication des membres de son organisation et revendique leur inclusion dans la planification urbaine.

Des victimes de trop !

Face à la presse le 8 novembre 2019, le Pr Yimgaing Moyo a été suffisamment clair. Selon lui, le drame de Gouachié était une «catastrophe prévisible», au regard du non-respect d’un certain nombre de précautions. La preuve, révèle-t-il, «il y a plus de 30 ans, la zone de Bafoussam fut déclarée zone à risque et interdite de construction». Pour lui, la présence d’habitation dans cette zone dangereuse constitue une entorse au règlement en matière de zones dites à risque.
Puisque chaque partie doit prendre ses responsabilités, les experts en urbanisme prennent le contrepied d’une certaine opinion qui leur attribuait déjà une implication dans cette affaire. «Dans le contexte actuel, nous ne voulons pas assumer une responsabilité qui n’est pas la nôtre», a déclaré le Pr Yimgaing Moyo.

Causes
Pour les concepteurs de la ville, cet accident mortel est dû à un manque de vigilance de la part de certaines institutions. Il s’agit notamment des institutions chargées de la délivrance des autorisations de bâtir. Cas de Gouachié: «le problème de Bafoussam n’est pas dans la déclaration de zone à risque, mais au niveau de l’autorisation de construire. Le gouvernement doit empêcher les populations de construire dans des zones dangereuses», a soutenu le président du Conseil national de l’Ordre des architectes-urbanistes du Cameroun.

Plaidoyer
En tirant la sonnette d’alarme, les urbanistes camerounais, à travers leur président, reviennent sur le rôle qui est le leur, avant de lancer un appel à l’endroit du gouvernement camerounais pour instaurer une meilleure collaboration. «Les urbanistes ont leur rôle à jouer dans le développement du pays. L’ordre des urbanistes ne demande qu’à jouer ce rôle, si on nous en donne la latitude. Parce que ce n’est pas toujours le cas. Les urbanistes, qui sont les concepteurs de la ville, sont souvent relégués au rôle de techniciens. Or, ils sont formés pour concevoir. On est technicien certes, mais on est aménageur de ville… Il est donc nécessaire que les pouvoirs publics fassent appel aux urbanistes… nous n’avons pas le pouvoir régalien pour mettre en place une police des risques, pour décider de ce que doit être une ville. Pourtant, nous avons le rôle de conseil, nous voulons des villes équilibrées». L’objectif étant d’éviter des «homicides involontaires» comme ceux de Gouachié, a précisé Yimgaing Moyo.

Joseph Julien Ondoua Owona (stagiaire)

Yaoundé, énorme zone à risque 

Selon le président du Conseil de l’Ordre national des architectes-urbanistes du Cameroun, derrière le calme apparent qui règne dans la capitale du Cameroun, se cachent plusieurs zones déclarées à risque.

Le Pr Théodore Yimgaing Moyo (au centre) pendant la conférence de presse

«Habitations sur des flancs de rochers, prolifération des dépôts pétroliers et stations d’essence… Nous avons des situations qui vont être, dans un proche avenir, dangereuses». À travers cette prévision, le Pr Théodore Yimgaing Moyo tire une sonnette d’alarme face à ce qu’il considère comme un calme apparent, parlant de la ville d’«Ongola» (Yaoundé en dialecte Ewondo). En effet, estime-t-il, comme plusieurs autres villes du Pays, la capitale politique est devenue une zone à haut risque.
Au cours de son adresse le 8 novembre dernier au sujet du glissement de terrain ayant tué une quarantaine de personnes à Gouachié, l’expert ne va pas de main morte. Selon l’urbaniste, «l’évolution des paysages urbains [au Cameroun] montre clairement l’incapacité des acteurs à pouvoir penser et à réaliser la ville pour un développement cohérent, harmonieux et surtout équilibré». De ce fait, ajoute-t-il, le gouvernement est soumis à un «urbanisme de rattrapage (c’est-à-dire, le fait de chercher des stratégies à la hâte, au lendemain d’un drame)».

Sites à risques
Le siège des institutions du Cameroun comporte un trop plein de sites favorables à des hécatombes humaines. Parmi lesdits sites, il y a par exemple, le marché central et le marché Mokolo. Selon le Professeur Moyo, ces deux espaces commerciaux abritent des constructions anarchiques, favorables à un grave incendie: aucune distance de sécurité respectée, branchements électriques mal construits, etc.

Autre site d’hécatombe, le quartier Mont Fébé (Fébé village) situé sur le flanc de la colline éponyme. Pour le président des architectes-urbanistes, c’est un quartier dans lequel la vie de la masse populaire ne tient qu’à un fil. Selon lui, ceux qui ont bâti leurs maisons sur les collines sont des personnes nanties disposant des moyens nécessaires. En implantant les fondations desdites maisons dans ces roches, ils laissent libre cours à l’eau de circuler dans la roche pour stagner vers les zones basses du flanc. Ce qui, à coup sûr, occasionne un éboulement au bout d’une certaine période. Or, c’est précisément dans cette zone du quartier Fébé que réside la majeure partie des populations.

Ce n’est pas tout. Il y’a également le problème des dépôts pétroliers. «Comment est-il possible que dans chaque coin de rue qu’on ait des stations-service. Imaginez un seul instant qu’une seule de ces stations-service prenne feu, il n’y aura pas assez de gens pour pleurer les morts», regrette l’urbaniste. Le plus dramatique, assure-t-il, c’est le non-respect des moindres règles de sécurité. La preuve, autour de ces distributeurs d’essence, foisonnent des commerces (vente de poisson braisé, de maïs braisé, des cigarettes…)

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