Cameroun : un président, un peuple, deux pays !

Le contre-pied parfait. Voilà comment les footballeurs qualifieraient Paul Biya au terme de son réaménagement gouvernemental du 4 janvier 2019.

Le président de la République du Cameroun déjoue tous les pronostics avec son Gouvernement d’inauguration du septennat des grandes opportunités. La rupture attendue dans les chaumières n’est pas au rendez-vous. Le président Biya opte pour la continuité. Son discours du 31 décembre dernier sur l’état de la nation en traçait déjà les sillons. «Face à l’adversité, nous avons élaboré une stratégie de développement articulée en trois temps : les grandes ambitions, les grandes réalisations et les grandes opportunités. Cette dernière étape, nous l’espérons, devrait nous conduire au seuil de l’émergence», dixit Paul Biya.

La rupture est dans la continuité
Dans la psychologie du chef de l’Etat du Cameroun, les acquis du Gouvernement sortant sont à consolider. La structure gouvernementale reste la même, avec de petits réajustements dans la redistribution des cartes. Quelques sacrifiés (Philémon Yang, André Mama Fouda, Zacharie Perevet, etc.) quittent le navire. De nouveaux élus y embarquent, sans la conviction de pouvoir faire bouger le mammouth. Simple jeu de chaises musicales, qui laisse un arrière-goût amer à l’opinion publique.
L’élection présidentielle d’octobre dernier aura donc été une simple formalité, en vue de régulariser sur le plan légal la situation de M. Paul Biya. Car les aspirations légitimes à la rupture exprimées par la majorité des Camerounais ne trouvent pas grâce auprès de l’actuel patron du palais présidentiel d’Etoudi.

Vox populi, vox Dei
Paul Biya ne vibre pas au même diapason avec son peuple dans le flop organisationnel de la Can 2019 de football. Une certaine opinion nationale n’a eu de cesse de dénoncer les délits d’initié, les surfacturations de marchés et parfois l’incapacité des entreprises retenues à travailler dans les standards requis et les délais indiqués. Le clou de ces récriminations est pointé avec le retrait de l’organisation au pays de la Can en décembre dernier. Le rejet des responsabilités et les féroces batailles rangées entre les membres du même Gouvernement ont désabusé les populations camerounaises et les observateurs avertis. Paul Biya excelle dans le poncepilatisme. «Comme vous le savez, notre pays était engagé à accueillir le grand – rendez du football africain en 2019.

La confédération africaine de football, au regard de certaines données, a pensé qu’il fallait procéder à un glissement de date. Nous en avons pris acte». Aucun mot sur les présumés scandales allégués. Quid d’une commission d’enquête parlementaire sur cette forfaiture ? Quid de l’audit global des marchés de la Can, comme proposé par quelque ministre au plus fort de la crise des dénonciations ? Pour Paul Biya, tout va bien dans le meilleur des mondes: «Comme je l’ai déjà dit, tous les investissements liés à l’organisation de la Can seront réalisés. Je saisis cette occasion pour vous demander de rester mobilisés afin qu’à terme, la modernisation de nos infrastructures routières, ferroviaires, hospitalières et sportives liées à ce grand événement, se concrétisent : notre pays le mérite bien».

Il en est de la Can comme des autres défis qui interpellent le pays en cette nouvelle année: la crise anglophone; l’insécurité quasi chronique dans la partie septentrionale du pays du fait de Boko Haram ou des coupeurs de route; la faillite du système éducatif du pays; la corruption rampante… A l’évidence, le fossé est grandissant entre l’établishment et le peuple, dans la façon de diagnostiquer ou percevoir les maux qui minent le pays. Aussi, les dernières phrases du discours de Paul Biya le 31 décembre 2018, sonnent faux et comme un vœu pieu : «En ces temps difficiles, croyez-moi, je consacre toute ma force et toute mon expérience au service de la paix, de l’unité et du progrès de notre cher et beau pays. Je compte sur chacun de vous pour m’y aider».

Thierry Ndong Owona

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