Cameroun-Guinée Équatoriale : Une rencontre pour faire exploser les tabous

Sur instructions de leurs dirigeants respectifs, Yaoundé et Malabo discutent de vive voix des questions portant sur le tracé de leur frontière commune.

Teodoro Obiang Nguema Mbasogo

Dès ce lundi 29 et ce jusqu’au 30 juin 2020, Yaoundé sert de cadre à une réunion de concertation entre Joseph Beti Assomo et Bekale Nkogo Leandro (respectivement ministres de la Défense du Cameroun et de la Guinée Équatoriale). D’après un communiqué officiel, la rencontre bilatérale, diligentée par les présidents Paul Biya et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, porte essentiellement sur les modalités de collaboration et d’actions sécuritaires communes à la frontière entre les deux pays.

Prévus s’ouvrir à huis clos entre les experts de la défense commis par Yaoundé et Malabo, les travaux se referment (toujours à huis clos) avec une rencontre entre les deux ministres de la Défense. Comme «intermède», le protocole a prévu une concertation des chefs d’état-major des armées camerounaises et équato-guinéennes. Chaque partie a, apprend-on, désigné des officiers supérieurs et quelques civils aux profils indiqués (topographes, historiens, géostratèges, anthropologues, spécialistes du droit de la mer et autres).

Antécédants
Cette rencontre se tient au moment où les relations entre Yaoundé et Malabo sont froides, à la suite du lancement en 2019, des travaux de construction d’un mur de séparation par les autorités équato-guinéennes. Officieusement, on sait que la forteresse en construction portera le nom «Pared de integracion», ou «mur de l’intégration». Le 2 avril dernier, Paul Biya avait dépêché à la frontière ses ministres de la Défense et de l’Administration territoriale. Sur le vif, Joseph Beti Assomo et Paul Atanga Nji avaient pris note des indicateurs de l’avancée du chantier : existence d’une route bitumée et vaste opération de terrassement près de la rocade frontalière, à un jet de pierres de la localité de Kyé Ossi (Vallé du Ntem). Au passage, les deux membres du gouvernement camerounais avaient relevé que les forces militaires et les populations civiles des deux bords étaient entrées dangereusement en contact à plusieurs occasions.

Plongé dans le déni, Malabo avait voulu «étaler» sa bonne foi. D’où l’arrivée, le 10 juin 2019 à Yaoundé, d’un émissaire de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Les entretiens entre le chef de l’Etat camerounais et Baltasar Engonga Edjo’o (le ministre d’État équato-guinéen chargé de l’Intégration régionale) avaient duré près d’une heure. Le visiteur s’était lancé dans une présentation ambiguë des politiques mises en place par son pays en matière de libre circulation des biens et des personnes. Comme obstiné à polariser sa déclaration sur l’esthétique (réjouissante) des relations entre la Guinée Equatoriale et ses voisins, l’hôte de Paul Biya était resté aphone tant sur le chantier évoqué supra que sur la situation à la frontière, fermée pendant de longs mois puis réouverte au gré des humeurs des Équato-guinéens.

L’on se souvient que début 2018, sous le compas de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, Malabo dessine son schéma de sécurité avec le Cameroun. Mues par l’ambition de stopper les «hordes d’envahisseurs Camerounais», les autorités ont depuis entrepris de cadenasser l’entrée en Guinée Equatoriale via Kyé Ossi. De manière unilatérale et asymétrique, elles ont fortement militarisé le Nord-est de la partie continentale de leur pays. Se servant de systèmes sophistiqués, plus élaborés et plus complexes, elles ont institué l’«Operacion Seguiridad».

Brandissant tous les spectres, le voisin du Cameroun disait alors répondre à un éventail d’objectifs : sécuriser et surtout bien contrôler la frontière. A cette époque-là, on parlait déjà d’une réflexion très avancée sur le «nouveau plan de libre circulation».

Jean-René Meva’a Amougou

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